Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La commune de Pino a demandé au tribunal administratif de Bastia, à titre principal, de condamner la SA Axa France Vie à lui verser la somme totale de 52 927,22 euros en remboursement des sommes qu’elle a réglées au titre des traitements d’un de ses agents victime d’un accident de service et en réparation du préjudice résultant pour elle du refus de cette société de prendre en charge ces frais ou, à titre subsidiaire, d’ordonner avant dire droit une expertise médicale afin de déterminer la date de consolidation de l’état de santé de l’agent concerné.
Par un jugement n° 2100853 du 10 avril 2025, le tribunal administratif de Bastia a fait droit partiellement à cette demande et condamné la société Axa France Vie à verser à la commune de Pino la somme de 51 862,46 euros.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2025, la société Axa France Vie, représentée par Me Maurice (SELARL Riva & associés), demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par la commune de Pino devant le tribunal administratif de Bastia ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pino la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
à titre principal, elle n’est tenue de payer les prestations que jusqu’à la date de consolidation de l’état de santé de l’agent, au plus tard ;
le tribunal a dénaturé les termes du contrat, lesquels sont parfaitement clairs ;
il devait appliquer l’article 22 du contrat, lequel complète et prime sur l’article 16 ;
à titre subsidiaire, le montant des indemnités allouées doit être limité à 50 862,45 euros ;
la demande formée au titre du préjudice tiré du refus de paiement doit être rejetée dès lors qu’elle n’a fait preuve d’aucune mauvaise foi.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2025, la commune de Pino, représentée par Me Vital Durand, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu’une expertise médicale soit ordonnée avant dire droit afin de déterminer la date de consolidation de l’état de santé de son agent ;
3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Axa France Vie au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- rien, dans les clauses du contrat, ne permet d’établir que le versement des prestations est lié à l’absence de consolidation de l’état de santé de l’agent communal ;
- les autres moyens présentés à l’appui de la requête d’appel sont infondés.
Par une lettre du 21 juillet 2025, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici le 30 juin 2026 et que l’instruction était susceptible d’être close par ordonnance à compter du 6 octobre 2025.
Par une ordonnance du 19 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Un mémoire, enregistré pour la société Axa France Vie le 27 mars 2026, n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Célie Simeray, rapporteure,
- les conclusions de M. François Point, rapporteur public,
- et les observations de Me Ferranda, représentant la société Axa France Vie, et de Me Caldesaigues, représentant la commune de Pino.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Pino a souscrit, le 8 décembre 2006, auprès de la société Axa France Vie, un contrat de prévoyance garantissant le remboursement des frais et traitements supportés par la commune en sa qualité d’employeur en cas de décès de l’un de ses agents, d’incapacité de travail non imputable au service, d’accident ou de maladie imputable au service, de maternité, d’adoption ou de paternité pour ses agents. Par un courrier du 25 mars 2019, la société Axa France Vie a averti la commune de Pino qu’à compter du 18 mars 2015, elle ne prendrait plus en charge les frais relatifs à l’accident de trajet, reconnu imputable au service, dont l’un de ses agents avait été victime le 14 septembre 2012. Par un courrier du 10 mars 2021, la commune de Pino a contesté cette décision. Par une lettre du 20 mai 2021, la société Axa France Vie a réitéré sa position et refusé de prendre en charge ces frais au-delà du 18 mars 2015, date de consolidation de l’état de santé de l’agent concerné. Par le jugement attaqué, dont la société Axa France Vie relève appel, le tribunal administratif de Bastia a condamné la société Axa France Vie à verser à la commune de Pino la somme de 51 862,46 euros en remboursement des traitements versés à son agent et en réparation du préjudice subi en raison du refus de paiement opposé par cette société.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la responsabilité contractuelle de la société Axa France Vie :
2. Aux termes de l’article 16 des conditions générales du contrat de prévoyance souscrit par la commune de Pino auprès de la société Axa France Vie, lequel figure dans la partie « dispositions communes aux garanties » : « Le montant de nos prestations ainsi que le détail des documents nécessaires à leur règlement sont indiqués aux titres IV et V. / Elles vous sont versées par l’intermédiaire de votre Comptable Public lorsqu’un risque garanti par ce contrat se réalise pendant la période de garantie. Nous remboursons directement les prestations en nature au praticien. Le paiement des prestations périodiques cesse : (…) / - au jour où l’agent est reconnu médicalement apte au travail ; - à la date de l’avis du Comité Médical Départemental ou de la Commission Départementale de Réforme se prononçant pour une reprise du travail moyennant un reclassement ou un aménagement de poste (…) ». Aux termes de l’article 22 du même contrat, relatif à « la garantie incapacité de travail pour accident ou maladie imputables au service », et figurant dans sa partie « dispositions spécifiques à chaque garantie pour votre personnel affilié à la CNRACL » : « Cette garantie a pour objet le remboursement des indemnités journalières et des prestations en nature que vous avez versées conformément à vos obligations statutaires à vos agents assurés en cas d’incapacité totale de travail résultant d’une maladie professionnelle ou d’un accident de service, survenus durant la période d’assurance./ (…) 2. Montant de la garantie - (…) / Nous remboursons les honoraires médicaux et les frais de soins de santé directement entraînés par l’accident ou la maladie, qu’il y ait eu ou non un arrêt de travail. Ces prestations sont versées jusqu’à ce que l’état de votre agent soit consolidé, même après résiliation du contrat, et ce tant que dure votre obligation statutaire (y compris pour les agents entrant dans la catégorie mutés, en disponibilité, démissionnaires, radiés des cadres ou retraités). / (…) Nous cessons les versements lorsque votre agent est en mesure de reprendre son service, et au plus tard à la date de sa consolidation ou de sa mise à la retraite. (…) congé suite à accident de service ou maladie contractée en service : le montant de l’indemnité journalière est égal à : - 100 % du traitement journalier et de la NBI journalière ; - 100 % de l’indemnité journalière de résidence ; - 100 % du supplément familial de traitement journalier. Le jour de l’accident n’est pas pris en compte pour son calcul (…) mi-temps thérapeutique suite à un accident de service ou maladie professionnelle : le montant de l’indemnité journalière, versée pendant une période maximale d’un an, est égal à : - 50 % du traitement journalier ; - 50 % de l’indemnité journalière de résidence ; - 50 % du supplément familial de traitement journalier ». Dans une partie intitulée « synthèse de nos garanties - Agents titulaires et stagiaires à temps complet et temps non complet (plus de 28h00 hebdomadaires) » de ces conditions générales, est indiqué que les garanties du contrat souscrit en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle sont : « - Frais médicaux, chirurgicaux, etc., liés à l’accident ; - Plein traitement jusqu’à la reprise des fonctions ou mise à la retraite pour invalidité ». Enfin, le contrat précise, en préambule, que les conditions particulières « précisent, complètent les conditions générales ou y dérogent. (…) ».
3. En l’espèce, il est constant que l’agent pour lequel la prise en charge des prestations de santé ont été sollicitées a été déclaré, par une nouvelle expertise médicale du 6 février 2019, consolidé à la date du 18 mars 2015. Après avis de la commission départementale de réforme du 21 juin 2016, l’intéressé a repris ses fonctions à mi-temps thérapeutique au 7 septembre 2016 puis à temps complet au 7 septembre 2017.
4. Il résulte de l’article 22 des conditions générales précité, lequel porte spécifiquement sur la garantie applicable aux accidents de service et prime donc, ainsi que le fait valoir la société Axa France Vie, sur l’article 16, relatif aux dispositions communes à toutes les garanties couvertes par le contrat, que le versement des prestations cesse lorsque l’agent est en mesure de reprendre son service. Si cet article ajoute que les prestations cessent « au plus tard, à la date de sa consolidation », cette mention s’entend nécessairement de l’hypothèse, étrangère au cas d’espèce, où l’état consolidé de l’agent ne permet pas d’envisager une reprise des fonctions. En outre, la mention de la date de consolidation n’apparaît pas dans les autres clauses du contrat, notamment l’article 16 relatif aux dispositions communes à toutes les garanties ainsi que la synthèse des garanties, lesquelles mentionnent également une prise en charge des prestations jusqu’à la date où l’agent est apte à reprendre ses fonctions. Ainsi, les stipulations précitées du contrat doivent s’interpréter comme garantissant le versement des prestations à la commune jusqu’à la reprise des fonctions de l’agent. Dans ces conditions, la commune de Pino est fondée à soutenir que la société Axa France Vie devait prendre en charge le versement des indemnités journalières jusqu’au 7 septembre 2016, date de reprise de ses fonctions à mi-temps thérapeutique.
5. Enfin, il résulte des stipulations précitées de l’article 22 du contrat que la société Axa France Vie devait également prendre en charge les indemnités journalières relatives au mi-temps thérapeutique de l’agent concerné pendant une période maximale d’un an.
6. Par suite, c’est à bon droit que le tribunal administratif de Bastia a jugé que la responsabilité contractuelle de la société Axa France Vie était engagée et que celle-ci devait garantir la commune du remboursement des frais qu’elle a déboursés pour son agent du 18 mars 2015 au 6 septembre 2016, période durant laquelle il était placé en congé de maladie imputable au service, ainsi que du 7 septembre 2016 au 6 septembre 2017, période durant laquelle il était placé en mi-temps thérapeutique avant la reprise de ses fonctions au 7 septembre 2017, laquelle n’excède pas la limite d’un an prévue au contrat.
En ce qui concerne le montant des sommes dues :
S’agissant du montant de la garantie applicable :
7. Il résulte de l’instruction que la commune a versé à son agent, pour la période du 19 mars 2015 au 6 septembre 2016 inclus la somme totale de 37 550,36 euros et, pour la période durant laquelle il était placé en mi-temps thérapeutique, soit du 7 septembre 2016 au 6 septembre 2017, la somme totale de 26 624,16 euros, ces sommes correspondant au versement intégral du traitement indiciaire, de l’indemnité de résidence et du supplément familial de traitement. Ainsi, en application de l’article 22 du contrat, la société Axa France Vie devait garantir la commune de Pino à hauteur de 100 % du traitement indiciaire, de l’indemnité de résidence et du supplément familial de traitement pour la période du 19 mars 2015 au 6 septembre 2016, soit la somme de 37 550,36 euros, et à hauteur de 50 % pour la période du 7 septembre 2016 au 6 septembre 2017, soit la somme de 13 312,10 euros. La société Axa France Vie n’est donc pas fondée à se plaindre de ce que le tribunal l’a condamnée à verser à la commune de Pino la somme totale de 50 862,46 euros.
S’agissant du préjudice lié au refus de paiement de la société Axa France Vie :
8. Il ne résulte pas de l’instruction que la société appelante, qui a pu légitimement opposer à la commune son interprétation des clauses contractuelles, lesquelles étaient peu claires, pour refuser de garantir son assuré et qui a au demeurant accepté, le 30 novembre 2018, le recours à une médiation portant sur l’organisation d’une contre-expertise médicale aux fins de déterminer la date de consolidation de l’état de santé de l’agent, qui était alors le seul élément contesté par la commune, aurait faire preuve de mauvaise foi en refusant de verser les prestations à la commune au-delà de la date du 18 mars 2015. Par suite, il y a lieu d’infirmer le jugement attaqué en ce qu’il condamne la société Axa France Vie au versement d’une indemnité de 1 000 euros en réparation d’un préjudice dont la consistance même, au demeurant, n’est pas clairement précisée par la commune de Pino.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’ordonner une expertise médicale, que la société Axa France Vie est seulement fondée à demander que la somme mise à sa charge par le jugement attaqué au bénéfice de la commune de Pino soit ramenée de 51 862,46 euros à 50 862,46 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions de la société Axa France Vie tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Cette société n’étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Pino ne peuvent quant à elles qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La somme de 51 862,46 euros que la société Axa France Vie a été condamnée à verser à la commune de Pino par le jugement n° 2100853 du 10 avril 2025 du tribunal administratif de Bastia est ramenée à 50 862,46 euros.
Article 2 : Le jugement n° 2100853 du 10 avril 2025 du tribunal administratif de Bastia est réformé en ce qu’il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête, ainsi que les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Axa France Vie et à la commune de Pino.
Délibéré après l’audience du 14 avril 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2026.