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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-25MA03373

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA03373

vendredi 6 février 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-25MA03373
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCABINET GUISIANO - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure :

M. C... B... a demandé au tribunal administratif de Toulon d’annuler l’arrêté n° 02698 du 1er juillet 2025 par lequel le président du conseil d’administration du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Var a prononcé la résiliation de son engagement en qualité de sapeur-pompier volontaire, d’annuler l’ensemble des décisions subséquentes prises en exécution de cet arrêté et de condamner le SDIS du Var à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral et matériel subi.

Par une ordonnance n° 2503138 du 15 octobre 2025, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon a donné acte du désistement de la requête de M. B....


Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2025, M. B..., représenté par Me Caïs, demande à la cour :

1°) d’annuler l’ordonnance n° 2503138 du 15 octobre 2025 prise par le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon :


2°) de renvoyer l’affaire à ce même tribunal.

Il soutient que :

- l’ordonnance contestée fait application des dispositions de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative alors que la notification de l’ordonnance de référé qui lui avait adressée le 26 août 2025 faisait expressément référence aux dispositions de l’article R. 612-5-2 de ce code ;
- il a, le 9 septembre 2025, exercé un pourvoi en cassation contre l’ordonnance de référé rendue par le tribunal administratif de Toulon n° 2503141 le 26 août 2025, d’où il suit qu’en application de l’article R. 612-5-2 précité, il n’était pas tenu de confirmer le maintien de sa requête au fond ;
- il n’avait reçu du tribunal aucune information quant à la possible application de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative ;
- le lendemain de la prise de l’ordonnance attaquée, le tribunal lui a adressé le mémoire en défense produit par le SDIS en l’invitant à y répondre, le cas échéant, dans les meilleurs délais, de sorte qu’il pouvait légitimement penser que l’instruction de l’affaire demeurait ouverte.


Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2025, le SDIS du Var, représenté par Me Guisiano, de la SELARL CABINET GUISIANO, s’en rapporte à la décision de la cour et ne fait valoir aucune autre observation.


Un mémoire, présenté pour le SDIS du Var et enregistré le 12 décembre 2025, n’a pas été communiqué.


Par une lettre du 19 décembre 2025, M. B... a été invité à produire des pièces en vue de compléter l’instruction.


M. B... a produit les pièces demandées, qui ont été enregistrées et communiquées le 23 suivant.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- les conclusions de M. Gautron, rapporteur public ;
- et les observations de Me Caïs, avocate de M. B....




Considérant ce qui suit :

Par un arrêté en date du 1er juillet 2025, le président du conseil d’administration du SDIS du Var a infligé à M. B..., sapeur-pompier volontaire, une sanction disciplinaire consistant en la résiliation de son engagement de sapeur-pompier volontaire.


M. B... a, d’une part, demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulon de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de cet arrêté. Cette demande a été rejetée par une ordonnance n° 2503141 du 26 août 2025. M. B... a, d’autre part, saisi le juge du fond du même tribunal d’une demande d’annulation de cet arrêté. Par une ordonnance n° 2503138 du 15 octobre 2025, dont M. B... relève appel, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon a, sur le fondement de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative, donné acte du désistement de sa requête au fond.


Sur la régularité de l’ordonnance attaquée :

D’une part, aux termes de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative : « Lorsque l'état du dossier permet de s'interroger sur l'intérêt que la requête conserve pour son auteur, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction, peut inviter le requérant à confirmer expressément le maintien de ses conclusions. La demande qui lui est adressée mentionne que, à défaut de réception de cette confirmation à l'expiration du délai fixé, qui ne peut être inférieur à un mois, il sera réputé s'être désisté de l'ensemble de ses conclusions. ».


À l’occasion de la contestation en appel de l’ordonnance prenant acte du désistement d’un requérant en l’absence de réponse à l’expiration du délai qui lui a été fixé, il incombe au juge d’appel, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l’intéressé a reçu la demande mentionnée par les dispositions de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative, que cette demande fixait un délai d’au moins un mois au requérant pour répondre et l’informait des conséquences d’un défaut de réponse dans ce délai et que le requérant s’est abstenu de répondre en temps utile, et d’apprécier si le premier juge, dans les circonstances de l’affaire, a fait une juste application des dispositions de l’article R. 612-5-1.


D’autre part, l’article R. 612-5-2 du code de justice administrative dispose : « En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté ».



Il résulte de ces dispositions que, pour ne pas être réputé s’être désisté de sa requête à fin d’annulation ou de réformation, le requérant qui a présenté une demande de suspension sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit, si cette demande est rejetée au motif qu’il n’est pas fait état d’un moyen propre à créer, en l'état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, confirmer, par un écrit dénué d’ambiguïté, le maintien de sa requête à fin d’annulation ou de réformation, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance du juge des référés, sous réserve que cette notification l’informe de cette obligation et de ses conséquences. Toutefois, il ne peut être réputé s’être désisté de sa requête s’il a exercé un pourvoi en cassation contre l’ordonnance du juge des référés dans le délai de recours en cassation ou s’il a formé une demande d’aide juridictionnelle à cette fin dans ce même délai.


En l’espèce, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon a, sur le fondement de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative, donné acte à M. B... du désistement de sa requête au fond.


Il résulte de l’instruction que, par une ordonnance n° 2503141 du 26 août 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Toulon a rejeté la demande de M. B... tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté du 1er juillet 2025 du président du conseil d’administration du SDIS du Var, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au motif qu'il n'était pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Par un courrier du même jour, le tribunal a notifié à M. B... cette ordonnance du 26 août 2025, en précisant qu'en application de l’article R. 612-5-2 du code de justice administrative, il serait réputé s'être désisté de sa requête à fin d’annulation, sauf pourvoi en cassation, à défaut de confirmation du maintien dans le délai d'un mois.


M. B... n’a ainsi ni reçu la demande mentionnée par les dispositions de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative, ni n’a été informé du délai d’au moins un mois pour y répondre et des conséquences d’un défaut de réponse dans ce délai. Par suite, c’est de manière irrégulière que le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon a fait application de ces dispositions pour prendre l’ordonnance attaquée.


En outre et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. B... a, le 9 septembre 2025, exercé un pourvoi en cassation contre l’ordonnance de référé rendue par le tribunal administratif de Toulon n° 2503141 le 26 août 2025. Dès lors qu’il a exercé ce pourvoi dans le délai de recours en cassation, cette circonstance faisait obstacle à ce qu’il soit regardé comme étant réputé s’être désisté de sa requête. Il suit de là qu’à supposer même que le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon ait entendu faire application des dispositions de l’article R. 612-5-2 du code de justice administrative, les conditions requises à cet effet n’étaient pas réunies.


Dans ces conditions, M. B... est fondé à soutenir que l’ordonnance attaquée lui a irrégulièrement donné acte du désistement de sa requête, au motif qu’il n’avait pas confirmé son maintien. Par suite, l’ordonnance du 15 octobre 2025 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon doit être annulée.

Comme le demande M. B..., il y a lieu de renvoyer l’affaire devant le tribunal administratif de Toulon pour qu’il soit à nouveau statué sur sa demande.



D É C I D E :


Article 1er : L’ordonnance n° 2503138 du 15 octobre 2025 prise par le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon est annulée.


Article 2 : M. B... est renvoyé devant le tribunal administratif de Toulon pour qu’il soit statué sur sa demande.


Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C... B... et au service départemental d’incendie et de secours du Var.



Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

- Mme Cécile Fedi, présidente de chambre,
- Mme Lison Rigaud, présidente-assesseure,
- M. Jérôme Mahmouti, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2026.


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