mercredi 11 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-19BX02983 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SCP SARTORIO-LONQUEUE-SAGALOVITSCH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A D a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de révision de son évaluation professionnelle au titre de l'année 2016.
Par un jugement n° 1704869 du 2 juillet 2019, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2019 et le 1er juillet 2020, Mme D, représentée par Me Hirtzlin-Pinçon, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 2 juillet 2019 ;
2°) d'annuler la décision implicite susmentionnée ;
3°) d'enjoindre à la commune de Toulouse de réétudier son dossier dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure car son entretien d'évaluation n'a duré que vingt minutes, une durée anormalement courte pour lui permettre d'aborder tous les points relatifs à son évaluation et d'émettre des observations ;
- elle est entachée de contradiction dans ses motifs et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa hiérarchie n'a pas pris en compte le fait qu'elle a été reconnue travailleur handicapée et qu'elle a besoin d'un poste adapté à son état de santé ; la demande de repositionnement professionnel sollicitée par la médecine du travail en juin 2016 étant restée sans suite, elle a été évaluée sur un poste non aménagé à son état de santé ;
- la fiche de poste qui tient compte des restrictions posées par le médecin du travail n'a été établie que le 27 avril 2016 et ne pouvait dès lors être prise en compte au titre de l'évaluation de la période de septembre 2015 à août 2016 ; sa hiérarchie n'a pas tenu compte du fait qu'elle allait être affectée sur un autre poste compte tenu du repositionnement professionnel rendu nécessaire par son état de santé ;
- le reproche de sa hiérarchie s'agissant de l'absence de travail en équipe est sans fondement compte tenu du fait qu'elle travaillait seule sur le site de Saint-Pierre, ses collègues se trouvant sur un autre site ; par ailleurs, l'absence d'entretien d'une machine utilisée par l'ensemble des agents ne saurait lui être reprochée à elle seule ;
- concernant son manque d'implication au travail, alors qu'il y avait sur le site de Saint-Pierre un agent en renfort depuis septembre 2015 et que cela demeurait insuffisant compte tenu de la taille des locaux, elle ne peut endosser la responsabilité du manque d'hygiène relevé par la directrice du site.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2019, la commune de Toulouse, représentée par son maire en exercice et par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B C,
- et les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D a été recrutée par la commune de Toulouse le 18 septembre 2010 en qualité d'agent contractuel pour exercer les fonctions d'agent d'entretien à l'espace danse du conservatoire à rayonnement régional. Le 29 août 2012, elle a été titularisée dans le grade d'agent technique de 2ème classe. Elle a occupé ses fonctions au sein de l'espace danse du conservatoire sur le site de Saint-Pierre jusqu'en avril 2016 puis a été réaffectée sur le site dit du Larrey avant de faire l'objet d'un repositionnement professionnel effectif à compter du 2 janvier 2017. Elle relève appel du jugement du 2 juillet 2019 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande de révision de son évaluation professionnelle au titre de la période du 1er septembre 2015 au 31 août 2016.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. / Les statuts particuliers peuvent ne pas prévoir de système de notation ". Aux termes de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu / (). / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct () ". L'article 3 du même décret dispose que : " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire () ; 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels () ; 3° La manière de servir du fonctionnaire ; 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; 5° Le cas échéant, ses capacités d'encadrement ; 6° Les besoins de formation du fonctionnaire () ; 7° Les perspectives d'évolution professionnelle du fonctionnaire en termes de carrière et de mobilité. L'agent est invité à formuler, au cours de cet entretien, ses observations et propositions sur l'évolution du poste et le fonctionnement du service ". Enfin, aux termes de l'article 4 du même décret : " Les critères à partir desquels la valeur professionnelle du fonctionnaire est appréciée, au terme de cet entretien, sont fonction de la nature des tâches qui lui sont confiées et du niveau de responsabilité assumé. Ces critères, fixés après avis du comité technique, portent notamment sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par l'agent et la réalisation des objectifs ; 2° Les compétences professionnelles et techniques ; 3° Les qualités relationnelles ; 4° La capacité d'encadrement ou d'expertise ou, le cas échéant, à exercer des fonctions d'un niveau supérieur ".
3. En premier lieu, à supposer même que l'entretien professionnel de Mme D du 24 novembre 2016 n'ait duré que vingt minutes alors qu'il est selon l'intéressée " habituel que cet entretien ait une durée comprise entre 45 et 90 minutes ", la durée de cet entretien, n'est en soi, contrairement à ce que soutient la requérante, contraire à aucune disposition ni aucun principe qui imposerait une durée minimale. En outre, si Mme D soutient qu'elle n'aurait pas eu le temps nécessaire pour faire valoir ses observations, il ressort au contraire des termes du compte-rendu d'entretien professionnel que chacun des points soumis à évaluation a été abordé au cours de l'entretien et qu'elle a pu émettre des observations. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
4. En second lieu, l'appelante soutient que sa manière de servir a été évaluée au titre d'une période au cours de laquelle la collectivité territoriale n'avait pas aménagé son poste de travail en dépit des préconisations de la médecine préventive du travail.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de Mme D s'est dégradé à partir de 2014 et que la médecine préventive du travail a en conséquence multiplié les restrictions médicales entre le 7 janvier 2014 et le 30 juin 2016 en émettant des préconisations diverses notamment relatives au port d'équipements de protection tels que des lunettes et des chaussures de sécurité adaptées, à la limitation du port de charges, à l'interdiction d'effectuer certains mouvements et en juin 2016, à un repositionnement professionnel. Afin de tenir compte des restrictions posées par la médecine du travail, à la suite de l'étude ergonomique réalisée le 7 avril 2015 par l'institut spécialisé " In situ Ergonomie " auquel la commune de Toulouse a fait appel, cette dernière a procédé, dès le mois de juin 2015, au recrutement d'un agent supplémentaire pour apporter un renfort à mi-temps à Mme D, au cours de l'été 2015, et a mis à sa disposition une mono-brosse pour l'entretien des tapis de danse, une auto-laveuse, un aspirateur supplémentaire et un meuble de stockage d'une hauteur adaptée. Au mois d'octobre 2015, elle l'a équipée de nouvelles chaussures de sécurité, puis réaffectée en avril 2016 sur le site du Larrey, plus facile d'entretien.
6. D'autre part, il ressort de la fiche d'évaluation de Mme D que sa hiérarchie lui reproche son isolement du reste de l'équipe et une insuffisante implication dans son travail. Si Mme D soutient que ses collègues étaient affectés sur un autre site, ce qui serait de nature à expliquer son isolement, cette affirmation ne repose sur aucun élément tangible alors qu'il ressort au contraire des pièces du dossier qu'elle disposait au moins d'un agent venu en renfort à mi-temps pour l'aider depuis juin 2015. Par ailleurs, compte tenu des mesures d'aménagement successives de son poste, exposées au point précédent, l'affirmation selon laquelle son insuffisante implication dans le travail s'expliquerait uniquement par l'impossibilité physique d'accomplir les tâches assignées n'est pas avérée. Enfin, le changement d'affectation dans le cadre du repositionnement professionnel à compter de juin 2016 n'avait pas à être pris en compte au titre de l'évaluation professionnelle effectuée pour l'année 2016 écoulée.
7. Il suit de là que l'évaluation de Mme D, qui n'est entachée d'aucune contradiction dans ses motifs, ne procède pas d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa manière de servir.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais liés à l'instance. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Toulouse au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Mme D versera à la commune de Toulouse la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A D et à la commune de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Karine Butéri, présidente,
M. Olivier Cotte, premier conseiller,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2022.
La rapporteure,
Caroline C
La présidente,
Karine ButériLa greffière,
Catherine Jussy La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026