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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX00319

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX00319

lundi 25 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX00319
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSURJOUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une requête enregistrée sous le n° 1800626, M. A E a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2016 par lequel le maire de la commune de Lacanau a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours prenant effet du 27 au 29 janvier 2016 inclus, ainsi que le titre de recette n°110 d'un montant de 330,38 euros, émis par le maire de Lacanau le 14 avril 2016 pour " Remboursement trop perçu sur salaire janvier 2016 ".

Par une requête enregistrée sous le n° 1900680, M. A E a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 30 août 2018 par laquelle le maire de la commune de Lacanau a décidé de recouvrer la somme de 58 135,28 euros au titre des rémunérations perçues entre le 1er octobre 2013 et le 31 janvier 2016 au titre de son poste de secrétaire administratif du syndicat mixte pour la collecte et le traitement des ordures ménagères des communauté de communes Médoc Cœur de presqu'ile et Médoc Atlantique (SMICOTOM), ensemble la décision du 12 décembre 2018 rejetant de son recours gracieux.

Par un jugement n° 1800626, 1900680 du 26 novembre 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 25 janvier 2016 par lequel le maire de la commune de Lacanau a infligé à M. E une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours, la décision du 30 août 2018 par laquelle le maire de la commune de Lacanau a décidé de recouvrer la somme de 58 135,28 euros au titre des rémunérations perçues entre le 1er octobre 2013 et le 31 janvier 2016 et la décision du 12 décembre 2018 rejetant son recours gracieux, et rejeté le surplus des conclusions des requêtes de M. E.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2020, la commune de Lacanau, représentée par Me Heymans, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 26 novembre 2019 ;

2°) de rejeter les demandes présentées par M. E devant le tribunal administratif de Bordeaux tendant, d'une part, à l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2016 portant exclusion temporaire de fonctions de trois jours, et du titre de recette n°110 d'un montant de 330,38 euros et, d'autre part, les décisions des 30 août et 12 décembre 2018 par lesquelles le maire de Lacanau a décidé de recouvrer la somme de 58 135,28 euros au titre des rémunérations perçues entre le 1er octobre 2013 et le 31 janvier 2016 par M. E au titre de son poste de secrétaire administratif du syndicat mixte pour la collecte et le traitement des ordures ménagères des communauté de communes Médoc Cœur de presqu'ile et Médoc Atlantique ;

3°) de mettre à la charge de M. E le paiement d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularités dès lors que les informations fournies par le tribunal sur le moyen d'ordre public, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre le titre de recette n°110 du 14 avril 2016, sur lequel il était susceptible de se fonder, n'étaient pas suffisantes pour en comprendre les raisons et a méconnu les dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative et le principe du contradictoire ;

- les premiers juges ont omis de statuer expressément sur les conclusions dirigées contre le titre de recette n°110 d'un montant de 330,38 euros, dans le dispositif de leur jugement ;

- le jugement attaqué ne contient aucune signature en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative ;

- contrairement à ce qu'a retenu le tribunal, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 25 janvier 2016 portant sanction d'exclusion temporaire de fonctions étaient irrecevables car tardives ; en effet, elle établit avoir fait remettre à M. E le même jour par un agent de police municipal contre récépissé un pli contenant un courrier l'informant des suites à donner à la procédure disciplinaire et un arrêté d'application d'une sanction disciplinaire du 1er groupe ; par ailleurs, ayant été rendu destinataire du titre de perception du 14 avril 2016 lequel constitue un acte procédant de la sanction infligée, il était réputé avoir eu connaissance de la sanction disciplinaire au plus tard à cette date ;

- c'est à tort que les premiers juges ont annulé la sanction d'exclusion temporaire de fonction au motif que les faits qui sont reprochés à M. E tenant à l'exercice sans autorisation d'une activité accessoire rémunérée ne sont pas matériellement établis ; les pièces et attestations produites par l'agent qui justifieraient de ce qu'il avait obtenu l'autorisation de son employeur pour exercer une activité accessoire rémunérée, doivent être écartées des débats, faute de respecter les exigences prescrites par l'article 202 du code de procédure civile ;

- le grief tiré de l'exercice sans autorisation d'une activité accessoire rémunérée est matériellement établi, dès lors qu'il ressort clairement de la correspondance produite entre son maire actuel et le président du SMICOTOM que M. E n'a jamais sollicité ni obtenu d'autorisation pour l'exercice d'une activité accessoire rémunérée au sein de ce syndicat intercommunal ; la circonstance que ces prétendues autorisations ne figurent pas au dossier administratif de M. E tenu par le syndicat établit a contrario que l'intéressé n'avait pas d'autorisation ;

- l'exercice sans autorisation d'une activité accessoire rémunérée en méconnaissance des dispositions de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 constitue une faute justifiant une sanction disciplinaire ;

- M. E, en sa qualité d'ancien directeur général des services, a par ailleurs manqué gravement à son devoir de réserve en s'épanchant dans la presse en tenant des propos peu amènes dans l'édition du 13 au 19 avril 2015 du journal local Médoc à l'égard de son employeur ;

- compte tenu de l'activité rémunérée de M. E au sein du SMICOTOM, elle était fondée à procéder au recouvrement des sommes irrégulièrement perçues par ce dernier dans le cadre de cette activité auprès du syndicat ;

- son action en répétition de l'indu n'était pas prescrite dans le délai de deux ans mais de cinq ans, et pouvait être engagée, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, M. E ayant dissimulé sa situation administrative à son employeur principal qui ne lui a jamais délivré d'autorisation de cumul d'activités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2021, M. E, représenté par Me Surjous, conclut au rejet de la requête de la commune de Lacanau et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le jugement attaqué n'est pas irrégulier ;

- les moyens soulevées pour contester l'annulation par le tribunal des décisions du 30 août 2018 et du 12 décembre 2018 ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure civile ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2007-658 du 2 mai 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B D,

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique,

- et les observations de Me Quevarec, représentant la commune de Lacanau, et de M. E, à titre informatif.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, directeur territorial, a occupé à compter de septembre 2001 les fonctions de directeur général des services de la commune de Lacanau par la voie du détachement sur emploi fonctionnel, auxquelles il a été mis fin en janvier 2016. Il a également exercé les fonctions de secrétaire du syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des communautés de communes Médoc Cœur de Presqu'île et Médoc Atlantique (SMICOTOM). Par un arrêté du 25 janvier 2016, le maire de la commune de Lacanau a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours prenant effet du 27 au 29 janvier 2016 inclus pour avoir, en premier lieu, exercé du 20 septembre 2001 à la date de la sanction, une activité accessoire rémunérée sans autorisation du maire et, en second lieu, manqué à son devoir de réserve. Par requête enregistrée sous le n°1800626, M. E a formé devant le tribunal administratif de Bordeaux une demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2016 ainsi que du titre de recette n°110 d'un montant de 330,38 euros, émis le 14 avril 2016 pour " Remboursement trop perçu sur salaire janvier 2016 ".

2. Par une décision du 30 août 2018, le maire de la commune de Lacanau a décidé de recouvrer la somme de 58 135,28 euros au titre des rémunérations perçues par M. E entre le 1er octobre 2013 et le 31 janvier 2016 au titre de son activité de secrétaire administratif du SMICOTOM. Par requête enregistrée sous le n°1900680, M. E a demandé l'annulation de cette décision du 30 août 2018, ensemble la décision du 12 décembre 2018 rejetant de son recours gracieux.

3. Par un jugement n°1800626 et 1900680 du 26 novembre 2019, dont la commune de Lacanau relève appel, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 25 janvier 2016 par lequel le maire de la commune de Lacanau a infligé à M. E une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours, la décision du 30 août 2018 par laquelle le maire de Lacanau a décidé de recouvrer la somme de 58 135,28 euros au titre des rémunérations perçues entre le 1er octobre 2013 et le 31 janvier 2016 et la décision du 12 décembre 2018 rejetant son recours gracieux, et a rejeté le surplus des conclusions de M. E.

Sur la régularité du jugement attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 611-7 du code de justice administrative : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, le président de la formation de jugement () en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations sur le moyen communiqué ".

5. Le président de la quatrième chambre du tribunal administratif de Bordeaux a, par lettre recommandée du 9 juillet 2019, informé M. E que le tribunal était susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public en indiquant que " le tribunal est susceptible () de relever d'office le moyen tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête contre le titre de recette n°110 du 14 avril 2016 ". Telle qu'elle formulée, cette information n'était pas suffisamment précise pour que les parties aient pu connaître le motif qui était susceptible de fonder la solution qu'elle apporterait au litige et en discuter utilement. Néanmoins, les parties n'ayant pas répondu à ce moyen d'ordre public, le tribunal, qui a rejeté les conclusions dirigées contre le titre de perception du 14 avril 2016 pour tardiveté, n'a pas ce faisant relevé ce moyen, le principe du contradictoire ne peut être regardé dans ces conditions comme ayant été méconnu. La requérante n'est, par suite, ni fondée à soutenir que le jugement attaqué a méconnu le principe du contradictoire ni qu'il serait entaché d'une omission à statuer pour n'avoir pas expressément constaté le non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre le titre de perception n°110 dans son dispositif.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ". Il ressort de l'examen de la minute du jugement attaqué que ce jugement a été signé conformément aux prescriptions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative. La circonstance que l'expédition du jugement qui a été notifiée à la commune requérante ne comporte pas ces signatures est sans incidence sur la régularité de ce jugement.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 25 janvier 2016 portant exclusion temporaire de fonctions de trois jours :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-5 de ce code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

8. Si la commune de Lacanau soutient que c'est à tort que le tribunal a retenu que les conclusions en annulation de l'arrêté du 25 janvier 2016 présentées par M. E étaient recevables, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment de cet arrêté qu'il ne comporte aucune mention relative à sa notification à son destinataire. Si la commune requérante entend justifier de la notification régulière de sa décision en produisant, comme en première instance, un extrait de main courante et un récépissé de remise en main propre contre signature à l'intéressé, le 25 janvier 2016, d'un pli par un agent de police municipale, M. E soutient qu'il contenait une lettre datée du 25 janvier 2016, par laquelle le maire l'informait de son intention de lui infliger une sanction disciplinaire en précisant que l'arrêté serait pris et " notifié dans les plus brefs délais ", et alors que le procès-verbal rempli par le policier municipal ne mentionne que la notification de ce seul courrier, ces pièces n'établissent pas la date de notification de l'arrêté du 25 janvier 2016 contesté à M. E. Contrairement à ce que soutient la commune de Lacanau, M. E ne peut davantage être réputé en avoir eu connaissance au plus tard à la date du 14 avril 2016 à laquelle le titre de perception n°110 a été émis à son encontre, dans la mesure où ce titre mentionne seulement en objet " Remboursement trop perçu sur salaire janvier 2016 " ne vise pas la décision contestée. Ce titre de perception n'est donc pas de nature à avoir déclenché le délai de recours contentieux ouvert contre l'arrêté du 25 janvier 2016. Par suite, le délai de recours contentieux de deux mois était inopposable à M. E et sa requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif le 16 février 2018, n'était pas tardive. Dès lors, la commune de Lacanau n'est pas fondée à invoquer l'irrecevabilité des conclusions d'annulation dirigées contre l'arrêté du 25 janvier 2016 contesté.

Sur la légalité des décisions en litige :

En ce qui concerne l'arrêté du 25 janvier 2016 :

9. Aux termes du I de l'article 25, dans sa rédaction alors applicable, de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public consacrent l'intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Ils ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. () / Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public peuvent toutefois être autorisés à exercer, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à titre accessoire, une activité, lucrative ou non, auprès d'une personne ou d'un organisme public ou privé, dès lors que cette activité est compatible avec les fonctions qui leur sont confiées et n'affecte pas leur exercice ". Aux termes de l'article 1er du décret du 2 mai 2007 relatif au cumul d'activités des fonctionnaires, des agents non titulaires de droit public et des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " Dans les conditions fixées au dernier alinéa du I de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et celles prévues par le présent décret, les fonctionnaires () peuvent être autorisés à cumuler une activité accessoire à leur activité principale, sous réserve que cette activité ne porte pas atteinte au fonctionnement normal, à l'indépendance ou à la neutralité du service. Cette activité peut être exercée auprès d'une personne publique ou privée. Un même agent peut être autorisé à exercer plusieurs activités accessoires ". Aux termes des dispositions de l'article 4 du même décret : " Le cumul d'une activité exercée à titre accessoire mentionnée aux articles 2 et 3 avec une activité exercée à titre principal est subordonné à la délivrance d'une autorisation par l'autorité dont relève l'agent intéressé() ". Selon son article 5 : " Préalablement à l'exercice de toute activité soumise à autorisation, l'intéressé adresse à l'autorité dont il relève, qui lui en accuse réception, une demande écrite qui comprend les informations suivantes : 1°) identité de l'employeur ou nature de l'organisme pour le compte duquel s'exerce l'activité envisagée ; / 2°) Nature, durée périodicité et conditions de rémunération de cette activité ./ Toute autre information de nature à éclairer l'autorité mentionnée au premier alinéa sur l'activité accessoire envisagée peut figurer dans cette demande à l'initiative de l'agent. L'autorité peut lui demander des informations complémentaires. ". Enfin, l'article 18 de ce décret énonce que : " la violation des règles mentionnées aux chapitres Ier à II du présent décret expose l'agent à une sanction disciplinaire ".

10. Il résulte des dispositions précitées que l'exercice d'une activité à titre accessoire est, sauf exceptions, soumise par la loi à autorisation préalable, laquelle ne peut être accordée par l'autorité dont relève l'agent qu'à la condition que cette activité accessoire soit compatible avec les fonctions qui lui sont confiées et n'affecte pas leur exercice. Afin de s'assurer que cette condition est remplie, et ainsi que le prévoit l'article 5 du décret du 2 mai 2007, l'administration se prononce au vu d'une demande écrite du fonctionnaire précisant notamment la nature, la durée, la périodicité et les conditions de rémunération de l'activité accessoire envisagée, informations constituant des éléments substantiels nécessaires à l'examen de la compatibilité de l'activité envisagée avec les fonctions confiées à l'agent.

11. Aux termes des dispositions de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ".

12. Pour prononcer l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours infligée à M. E, le maire de la commune de Lacanau a estimé que le comportement de l'intéressé était constitutif d'une faute disciplinaire par manquement au devoir de réserve et pour avoir exercé une activité accessoire rémunérée sans autorisation de son employeur principal.

13. Par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé pour erreur de fait cette sanction au motif que le grief tenant à l'exercice sans autorisation d'une activité rémunérée par M. E n'était pas établi. Il est constant que M. E a exercé, à compter du 20 septembre 2001, les fonctions accessoires de secrétaire du syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des communautés de communes Médoc Cœur de presqu'île et Médoc Atlantique, à raison d'environ dix demi-journées par an et a été rémunéré mensuellement sur la base d'un indice brut de la fonction publique. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation en date du 14 janvier 2016 rédigée par M. C, maire de la commune de Lacanau de 2001 à 2014, qu'il avait autorisé dès l'année 2001 M. E à exercer " au titre d'une activité accessoire, les fonctions de secrétariat du Syndicat Mixte de Collecte et de Traitement des Ordures Ménagères " et " renouvelé cette autorisation en Février 2009, à la demande de Monsieur E et du Président du SMICOTOM. ", dont il peut être tenu compte alors même qu'elle ne répondrait pas au formalisme requis par l'article 202 du code de procédure civile. La circonstance alléguée que cette attestation a été signée tardivement ne suffit pas à l'écarter comme dépourvue de valeur probante, alors qu'au demeurant l'ancien maire de Lacanau en a renouvelé les termes dans deux autres attestations datées du 25 janvier 2016 et du 27 janvier 2019. Par ailleurs, l'arrêté du 9 février 2009 pris par le président du syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des communautés de communes Médoc Cœur de presqu'île et Médoc Atlantique pour fixer l'indemnité allouée à M. E, mentionne " l'accord formulé par le Maire de Lacanau, employeur principal de M. A E, sur la nature, la durée, la périodicité et les conditions de rémunération de cette activité accessoire () ". La commune requérante ne conteste pas utilement la valeur probante du courrier du 17 décembre 2008 par lequel M. E a sollicité de son employeur principal le renouvellement de son autorisation d'exercice d'une activité accessoire en précisant la nature, la durée et la périodicité ainsi que les conditions de rémunération, qu'elle ne conteste pas avoir reçu en se bornant à soutenir que ce courrier ne lui a pas été adressé en recommandé avec accusé de réception. Enfin, aucune disposition du décret précité du 2 mai 2007 n'impose à l'employeur principal de transmettre l'autorisation requise à l'organisme pour le compte duquel l'activité accessoire est exercée. Par suite, la circonstance qu'en réponse à la demande du 22 janvier 2016 du maire de la commune de Lacanau, le président du syndicat mixte ait indiqué ne pas être en possession des autorisations de cumul d'activité dans le dossier individuel de M. E n'est pas de nature, contrairement à ce que soutient la commune, à établir que ces autorisations n'auraient pas existé.

14. M. E doit donc être regardé comme ayant sollicité l'octroi d'une telle autorisation auprès de la commune de Lacanau et être titulaire de cette autorisation de cumul d'activités prévue par les dispositions du décret du 2 mai 2007 citées au point 9. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés tirés de l'exercice sans autorisation d'une activité accessoire rémunérée ne peut être considérée comme établie. C'est donc à bon droit que le tribunal administratif de Bordeaux a jugé que l'arrêté du 25 janvier 2016 était entaché d'inexactitude matérielle des faits.

15. En se bornant à évoquer, sans plus de précision, les propos polémiques tenus en 2015 par M. E dans la presse locale, et compte tenu du contexte précédemment évoqué, la commune de Lacanau n'établit pas que M. E aurait méconnu son devoir de réserve et commis ainsi une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Lacanau n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé son arrêté du 25 janvier 2016 infligeant à M. E une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours.

En ce qui concerne les décisions du 30 août 2018 et du 12 décembre 2018 :

17. Dès lors que M. E a été autorisé par l'exécutif local à exercer une activité accessoire rémunérée et qu'il n'est pas contesté qu'il a effectivement exercé les fonctions accessoires en cause, compte tenu de ce qui a été dit aux points 13 à 15, le maire de Lacanau ne pouvait légalement procéder au recouvrement de la somme de 58 135,28 euros correspondant à la rémunération perçue entre le 1er octobre 2013 et le 31 janvier 2016 par M. E au titre de cette activité accessoire.

18. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont annulé les décisions du 30 août 2018, ensemble le rejet de son recours gracieux du 12 décembre 2018.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Lacanau n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision du 30 août 2018 par laquelle son maire a décidé que les sommes perçues par M. E durant la période allant du 1er octobre 2013 au 31 janvier 2016 à titre de rémunération de l'activité accessoire de secrétaire du syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des communautés de communes Médoc Cœur de presqu'île et Médoc Atlantique, ensemble le rejet de son recours gracieux du 12 décembre 2018.

Sur les frais d'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la commune de Lacanau demande le versement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la commune de Lacanau à verser à M. E la somme de 1 500 euros sur le même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Lacanau est rejetée.

Article 2 : La commune de Lacanau versera à M. E une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Lacanau et à M. A E.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 avril 2022.

La rapporteure,

Agnès DLe président,

Didier ARTUS

Le greffier,

Anthony FERNANDEZ

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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