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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX00776

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX00776

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX00776
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantARMOUDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du maire de Saint-Denis du 16 octobre 2018 portant nomination en qualité de rédacteur territorial principal de 2ème classe stagiaire en tant qu'il fixe ses droits à rémunération et d'enjoindre à la commune de Saint-Denis de procéder à un nouveau reclassement sur la base de l'indice brut 608, indice majoré 511.

Par un jugement n° 1900641 du 5 décembre 2019, le tribunal administratif de La Réunion a annulé l'arrêté du maire de Saint-Denis du 16 octobre 2018 en tant qu'il fixe la rémunération de M. C à compter du 29 septembre 2018 par référence à l'indice brut 377, indice majoré 347, afférent au 1er échelon de son grade, en enjoignant à la commune de régulariser la situation pécuniaire de M. C en lui allouant une rémunération fixée sur la base de l'indice brut 608, indice majoré 511.

Procédures devant la cour :

I) Par une requête, enregistrée le 3 mars 2020 sous le n° 20BX00776, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1900641 du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. C devant le tribunal administratif ;

3°) de mettre à la charge de M. C la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le droit au maintien de la rémunération, issu des dispositions de l'article 23 du décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de catégorie B de la fonction publique territoriale n'a pas été méconnu ; la rémunération de M. C avant sa nomination comme fonctionnaire stagiaire avait été établie, dans le cadre d'un accord intersyndical conclu le 13 décembre 1999, en y intégrant artificiellement une majoration du fait de son affectation en outre-mer, et de fait, il a bénéficié de la prime de " vie chère " ; en retenant volontairement un indice de rémunération faible, auquel s'ajoute la prime de " vie chère ", au stade de son reclassement, comme l'atteste la fiche de paie de décembre 2018 de l'intéressé mentionnant le versement de la majoration de traitement, qui était incluse dans sa rémunération comme contractuel, elle doit être regardée comme ayant respecté l'esprit de l'article 23 II du décret du 22 mars 2010, tel qu'explicité par la réponse ministérielle à la question écrite n° 350, publiée au Journal officiel au 3 octobre 2017, en lui assurant un niveau de rémunération équivalent ;

- l'indice de rémunération fixé par le tribunal, comme l'indice brut dont M. C revendique le bénéfice, lui confèrerait une rémunération, augmentée de la prime de vie chère, sans rapport avec son grade et son emploi et entrainerait une rupture d'égalité de traitement entre agents publics.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2020, M. C, représenté par Me Dugoujon, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête de la commune de Saint-Denis, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à la confirmation du jugement attaqué et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête de la commune de Saint-Denis est irrecevable, dès lors qu'elle se borne à reproduire l'argumentation développée dans son mémoire en défense en première instance et ne comporte aucune critique du jugement ;

- les moyens soulevés par la commune de Saint-Denis ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 17 janvier 2022 à 12 heures.

II) Par un courrier, enregistré le 18 mai 2020, M. C a demandé à la cour l'ouverture d'une procédure en exécution du jugement n° 1900641 du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion.

Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, décidé l'ouverture, sous le n° 21BX02819, d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire, s'il y a lieu, les mesures qui seraient nécessaires à l'exécution de ce jugement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, conclut à ce que la cour constate qu'elle a exécuté le jugement du 5 décembre 2019, au rejet de la demande d'exécution présentée par M. C et à ce qu'il soit mis à la charge de ce dernier la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le jugement dont l'exécution est demandée ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 82-1105 du 23 décembre 1982 ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le décret n° 86-227 du 18 février 1986 ;

- le décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 ;

- le décret n° 2010-330 du 22 mars 2010 ;

- le décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012 ;

- le décret n° 2016-594 du 12 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B D,

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.

Une note en délibéré présentée par la SELARL Dugoujon a été enregistrée dans le dossier 20BX00776 le 08 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était employé par la commune de Saint-Denis depuis plusieurs années en qualité d'agent contractuel exerçant des fonctions de technicien préventeur. En dernier lieu, sa rémunération brute était fixée à 2 392 euros. Par arrêté du 16 octobre 2018, il a été nommé rédacteur territorial principal de 2ème classe stagiaire à compter du 29 septembre 2018. Selon l'article 2 de cet arrêté, son reclassement a été effectué au 1er échelon du grade de rédacteur principal de 2ème classe, soit à l'indice brut 377, indice majoré 347. Par un recours gracieux formé le 13 décembre 2018, M. C a contesté ce reclassement. Ce recours ayant été implicitement rejeté, l'intéressé a saisi le tribunal administratif de La Réunion d'une demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2018 en tant qu'il fixe son reclassement indiciaire. Par jugement n° 1900641 du 5 décembre 2019, ce tribunal a annulé l'arrêté du maire de Saint-Denis du 16 octobre 2018 en tant qu'il fixe la rémunération de M. C à compter du 29 septembre 2018, en enjoignant à la commune de régulariser la situation pécuniaire de ce dernier en lui allouant une rémunération fixée sur la base de l'indice brut 608, indice majoré 511.

2. Par une requête enregistrée sous le n° 20BX00776, la commune de Saint-Denis conclut à l'annulation de ce jugement qui a annulé l'arrêté de son maire du 16 octobre 2018 en tant qu'il fixe la rémunération de M. C à compter du 29 septembre 2018 en lui enjoignant de régulariser la situation pécuniaire de ce dernier. Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, décidé l'ouverture, sous le n° 21BX02819, d'une procédure juridictionnelle, à la demande de M. C, en vue de prescrire, s'il y a lieu, les mesures qui seraient nécessaires à l'exécution de ce jugement. Par un mémoire en défense, la commune de Saint-Denis fait valoir qu'elle justifie l'exécution du jugement dont M. C demande l'exécution en produisant un arrêté n°1724/DRH/2020 du 14 septembre 2020, annulant l'arrêté du 16 octobre 2018 et portant nomination de M. C au grade de rédacteur principal de 2ème classe stagiaire, et un arrêté n°1726/DRH/2020 du 14 septembre 2020, modifiant l'arrêté du 21 juin 2019 portant titularisation au grade de rédacteur et un bulletin de paie de régularisation de septembre 2020.

3. Les requêtes enregistrées sous les n°s 20BX00776 et 21BX02819 sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.

Sur la recevabilité de la requête d'appel de la commune de Saint-Denis :

4. M. C soutient que la requête de la commune de Saint-Denis serait irrecevable en ce qu'elle ne comporterait aucune critique du jugement attaqué mais se bornerait à reprendre l'argumentation développée par la commune de Saint-Denis en première instance. Toutefois, il résulte des termes mêmes du mémoire d'appel de la commune de Saint-Denis qu'il ne saurait être regardé comme constituant la seule reproduction de son mémoire de première instance et qu'il énonce à nouveau l'argumentation qui lui paraissait devoir fonder le rejet de la demande présentée par M. C devant le tribunal administratif contre son arrêté. Une telle motivation répond aux conditions posées par l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête d'appel de la commune de Saint-Denis ne peut être accueillie.

Sur la légalité de l'arrêté du 16 octobre 2018 :

5. En vertu de l'article 20 du titre Ier du statut général de la fonction publique auquel renvoie l'article 87 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 mars 2010 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de catégorie B de la fonction publique territoriale : " Chaque cadre d'emplois comprend trois grades ou assimilés : / Les premier et deuxième grades comportent treize échelons ; / Le troisième grade, grade le plus élevé, comporte onze échelons ". Aux termes de l'article 14 du même décret : " Les personnes qui justifient, avant leur nomination dans l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, de services accomplis en tant qu'agent public non titulaire () sont classées, lors de leur nomination, dans le premier grade à un échelon déterminé en prenant en compte les services accomplis dans un emploi de niveau au moins équivalent à celui de la catégorie B à raison des trois quarts de leur durée () ".

6. Aux termes de son article 23, dans sa version en vigueur au 1er janvier 2017 : " () II. - Les agents qui avaient, avant leur nomination dans l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, la qualité d'agent contractuel de droit public, classés en application de l'article 14 () à un échelon doté d'un indice brut conduisant à une rémunération inférieure à celle dont ils bénéficiaient avant leur nomination conservent à titre personnel le bénéfice d'un indice brut fixé de façon à permettre le maintien de leur rémunération antérieure (). Toutefois, l'indice brut ainsi déterminé ne peut excéder l'indice brut afférent au dernier échelon du grade dans lequel ils sont classés. / () La rémunération prise en compte pour l'application du premier alinéa correspond à la moyenne des six meilleures rémunérations perçues en cette qualité pendant les douze mois précédant la nomination. Cette rémunération ne prend en compte aucun élément accessoire lié à la situation familiale, au lieu de travail et aux frais de transport. / Les agents contractuels, dont la rémunération n'est pas fixée par référence expresse à un indice, conservent à titre personnel le bénéfice de cette rémunération dans les mêmes limites et conditions que celles énumérées aux trois alinéas précédents ".

7. Il résulte des dispositions précitées que l'agent intégrant en qualité de stagiaire un cadre d'emplois de fonctionnaires de catégorie B de la fonction publique territoriale à un échelon doté d'un indice brut conduisant à une rémunération inférieure à celle qu'il percevait avant sa nomination conserve à titre personnel le bénéfice d'un indice brut fixé de façon à permettre le maintien de sa rémunération antérieure.

8. Ces mêmes dispositions prévoient que la rémunération antérieure doit être évaluée au regard des six meilleures rémunérations mensuelles perçues dans le dernier emploi sur une période de douze mois précédant la nomination, sans qu'il y ait lieu de tenir compte pour déterminer cette rémunération des éléments accessoires liés à la situation familiale, au lieu de travail et aux frais de transport. En l'espèce, la rémunération brute de M. C à prendre en compte pour l'application du premier aliéna du II de l'article 23 s'élève à la somme non contestée de 2 394, 56 euros.

9. La commune de Saint-Denis soutient en appel que les modalités de calcul du traitement à devoir à M. C, telles que retenues par le tribunal administratif au point 4 de son jugement, sont erronées en ce qu'elles ne déduisent pas de la rémunération qu'il percevait comme agent contractuel la majoration de traitement, dite " prime de vie chère " alors que les dispositions précitées permettent de prendre en compte les indemnités et majoration de traitement appliquées à compter de son intégration pour maintenir sa rémunération au même niveau que précédemment.

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment des douze derniers bulletins de paie sur la période précédant son intégration que la rémunération de M. C en qualité de contractuel, qui n'avait pas de base indiciaire, était composée d'un " traitement forfaitaire " de 2 390,12 euros. Il ressort également des pièces du dossier que l'arrêté en litige a reclassé M. C à compter du 29 septembre 2018 au 1er échelon de son grade de rédacteur principal de 2ème classe sur la base de l'indice brut 377, indice majoré 347, correspondant à un traitement brut mensuel de 1 626,05 euros. S'il est exact que ce traitement indiciaire est inférieur au montant du " traitement forfaitaire " que percevait M. C comme agent contractuel, toutefois, il ressort du bulletin de paie du mois de décembre 2018 produit par l'intéressé que la commune de Saint-Denis a entendu compenser les conséquences de ce reclassement en conservant à M. C, après son intégration, une rémunération brute globale d'un montant de 2 475,18 euros, laquelle est supérieure à la moyenne des six meilleures rémunérations perçues en qualité de contractuel, de 2 394, 56 euros, mentionnée au point 8.

11. Dès lors, en fixant le traitement indiciaire applicable à M. C par référence à l'indice brut 377, indice majoré 347, afférent au 1er échelon de son grade de rédacteur territorial principal de 2ème classe, qui ne fait pas obstacle à la conservation par l'agent à titre personnel d'une rémunération équivalente, sinon supérieure à celle que l'intéressé percevait en qualité d'agent contractuel, la commune de Saint-Denis a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article 23 II du décret du 22 mars 2010.

12. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Denis est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a annulé l'arrêté du 16 octobre 2018 portant nomination de M. C en qualité de rédacteur territorial principal de 2ème classe stagiaire en tant qu'il fixe ses droits à rémunération par référence à l'indice brut 377, indice majoré 347 et lui a enjoint de procéder au reclassement de M. C au 1er échelon du grade de rédacteur principal de 2ème classe à l'indice brut 608, indice majoré 511, et à demander l'annulation de ce jugement ainsi que le rejet de la demande présentée en première instance par M. C.

Sur l'exécution du jugement attaqué :

13. Le présent arrêt annulant le jugement attaqué du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion et rejetant la demande présentée par M. C devant le tribunal administratif, ses conclusions tendant à l'exécution du jugement attaqué sont devenues sans objet.

Sur les frais d'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant au remboursement des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 1900641 du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. C devant le tribunal administratif de La Réunion et le surplus de ses conclusions d'appel sont rejetés.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n°21BX02819 à fin d'exécution du jugement visé à l'article 1er, ci-dessus présentées par M. C.

Article 4 : Les conclusions présentées par M. C et par la commune de Saint-Denis au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et à la commune de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Agnès DLe président,

Didier ARTUS

Le greffier,

Anthony FERNANDEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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N°s 20BX00776, 21BX02819

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