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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX00786

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX00786

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX00786
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantARMOUDOM;LOMARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B D a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du maire de Saint-Denis du 6 juin 2018 portant nomination en qualité de rédacteur territorial stagiaire en tant qu'il fixe ses droits à rémunération, et d'enjoindre à la commune de Saint-Denis de procéder à un nouveau reclassement sur la base de l'indice brut 591, indice majoré 498, et de lui attribuer une indemnité compensatrice de 164,76 euros.

Par un jugement n° 1801017 du 5 décembre 2019, le tribunal administratif de La Réunion a annulé l'arrêté du maire de Saint-Denis du 6 juin 2018 portant nomination de Mme D en qualité de rédacteur territorial stagiaire en tant qu'il fixe ses droits à rémunération par référence à l'indice brut 373, indice majoré 344, afférent au 2ème échelon du grade de rédacteur territorial à compter du 1er mars 2018, en enjoignant à la commune de régulariser la situation pécuniaire de Mme D en lui allouant une rémunération fixée sur la base de l'indice brut 446, indice majoré 392, et a rejeté ses conclusions tendant au bénéfice d'une indemnité compensatrice.

Procédures devant la cour :

I) Par une requête, enregistrée le 4 mars 2020, sous le n° 20BX00786, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1801017 du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion ;

2°) de rejeter la demande présentée par Mme D devant le tribunal administratif ;

3°) de mettre à la charge de Mme D la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le droit au maintien de la rémunération, issu des dispositions de l'article 23 II du décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de catégorie B de la fonction publique territoriale n'a pas été méconnu ; la rémunération de Mme D avant sa nomination comme fonctionnaire stagiaire avait été établie, dans le cadre d'un accord intersyndical conclu le 13 décembre 1999, en y intégrant artificiellement une majoration du fait de son affectation en outre-mer, et de fait, elle a bénéficié de la prime de " vie chère " ; en retenant volontairement un indice de rémunération faible, auquel s'ajoute la prime de " vie chère ", au stade de son reclassement, comme l'atteste la fiche de paie de juin 2018 de l'intéressée mentionnant le versement de la majoration de traitement, qui était nécessairement incluse dans sa rémunération comme contractuel, elle doit être regardée comme ayant respecté l'esprit de l'article 23 II du décret du 22 mars 2010, tel qu'explicité par la réponse ministérielle à la question écrite n° 350, publiée au Journal officiel au 3 octobre 2017, en lui assurant un niveau de rémunération équivalent ;

- l'indice de rémunération fixé par le tribunal, comme l'indice brut dont Mme D revendique le bénéfice, lui confèrerait une rémunération, augmentée de la prime de vie chère, sans rapport avec son grade et son emploi et entraînerait une rupture d'égalité de traitement entre agents publics ;

- la demande d'allocation d'une indemnité compensatrice présentée par Mme D n'est pas fondée dès lors qu'elle ne remplit pas les conditions posées par l'article 135 de la loi du 26 janvier 1984.

II) Par une requête, enregistrée le 6 mars 2020 sous le n° 20BX00821, Mme D, représentée par Me Lomari, demande à la cour :

1°) de réformer ce jugement du tribunal administratif de La Réunion du 5 décembre 2019 en tant que, à son article 2, il fixe sa rémunération à compter du 1er mars 2018 sur la base de l'indice brut 446, indice majoré 392 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Denis de fixer sa rémunération sur la base de l'indice brut correspondant au dernier échelon de son grade, soit l'indice brut 591, indice majoré 498, et de lui attribuer une indemnité compensatrice brute mensuelle de 299,52 euros dans un délai de quinze jours à compter de l'arrêt à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ayant perçu une rémunération mensuelle moyenne d'un montant de 2 629,89 euros brut au cours des douze derniers mois, elle pouvait prétendre à un reclassement sur la base de l'indice brut 675 (IM 562) nonobstant les règles de plafonnement, et à tout le moins un reclassement sur la base de l'indice brut 591 (IM 498) conformément à l'article 23 II du décret du 22 mars 2010 ; l'indice de rémunération ne peut être inférieur à l'indice équivalent perçu avant sa nomination comme fonctionnaire stagiaire ; selon ces dispositions, seuls sont exclus du calcul de la rémunération après intégration les accessoires liés à la situation familiale, au lieu d'affectation et au transport, de sorte que l'indemnité de fonction de 482,60 euros qu'elle percevait comme agent contractuel devait nécessairement être prise en compte dans le calcul de la rémunération ainsi maintenue ; en ôtant du traitement brut perçu avant intégration l'équivalent de cette indemnité de fonction, pour fixer sa rémunération sur la base d'un indice brut de 373 (IM 344), la commune de Saint-Denis a commis une erreur de droit ;

- en décidant qu'elle pouvait seulement prétendre à un reclassement sur la base de l'indice brut 446 (IM 392), le tribunal a fait une application erronée de l'article 23 II du décret du 22 mars 2010 ; l'article 23 II en vigueur à la date de l'arrêté contesté, issu du décret du 12 mai 2016, ne prend plus en compte le seul " traitement " mais la " rémunération " antérieure ;

- l'indice de reclassement retenu dans l'arrêté litigieux lui allouant une rémunération inférieure à 95 % de ce qu'elle percevait en qualité d'agent contractuel, elle est en droit de prétendre à une indemnité compensatrice de 299,90 euros brut mensuelle en application de l'article 135 de la loi du 26 janvier 1984 et du décret du 18 février 1986.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2021, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, conclut à titre principal au rejet de la requête de Mme D, à titre subsidiaire, à la confirmation du jugement attaqué en tant qu'il lui a enjoint de fixer sa rémunération à compter du 1er mars 2018 sur la base de l'indice brut 446, indice majoré 392, et rejeté le surplus des conclusions indemnitaires présentées par Mme D, et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2022 à 12 heures.

III) Par un courrier, enregistré le 4 juin 2020, Mme D a demandé à la cour l'ouverture d'une procédure en exécution du jugement n° 1801017 du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion.

Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, décidé l'ouverture, sous le n° 21BX02818, d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire, s'il y a lieu, les mesures qui seraient nécessaires à l'exécution de ce jugement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, conclut à ce que la cour constate qu'elle a exécuté le jugement du 5 décembre 2019, au rejet de la demande d'exécution présentée par Mme D et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le jugement dont l'exécution est demandée ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 82-1105 du 23 décembre 1982 ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le décret n° 86-227 du 18 février 1986 ;

- le décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 ;

- le décret n° 2010-330 du 22 mars 2010 ;

- le décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012 ;

- le décret n° 2016-594 du 12 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A C,

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D était employée par la commune de Saint-Denis depuis plusieurs années en qualité d'agent contractuel exerçant des fonctions de rédactrice et de gestionnaire paie-carrière. En dernier lieu, sa rémunération brute était fixée à 1 836 euros, outre une indemnité de fonction de 482 euros. Par arrêté du 6 juin 2018, elle a été nommée rédactrice territoriale stagiaire à compter du 1er mars 2018. Selon l'article 2 de cet arrêté, son reclassement a été effectué au 2ème échelon du grade de rédacteur, soit à l'indice brut 373, indice majoré 344. Par un recours gracieux formé le 26 juillet 2019, Mme D a contesté ce reclassement. Ce recours gracieux ayant été implicitement rejeté, l'intéressée a saisi le tribunal administratif de La Réunion d'une demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2018 en tant qu'il fixe sa rémunération et en tant qu'il lui refuse le bénéfice d'une indemnité compensatrice. Par jugement n° 1801017 du 5 décembre 2019, ce tribunal a annulé l'arrêté du maire de Saint-Denis du 6 juin 2018 en tant qu'il fixe la rémunération de Mme D à compter du 1er mars 2018, en enjoignant à la commune de régulariser la situation pécuniaire de cette dernière en lui allouant une rémunération fixée sur la base de l'indice brut 446, indice majoré 392, et a rejeté le surplus des conclusions de sa requête.

2. Par une requête enregistrée sous le n° 20BX00786, la commune de Saint-Denis conclut à l'annulation de ce jugement et au rejet de la demande présentée par Mme D devant le tribunal administratif. Par une requête enregistrée sous le n° 20BX00821, Mme D conclut à la réformation de ce jugement en tant que, à son article 2, il fixe sa rémunération à compter du 1er mars 2018 sur la base d'indices de rémunération erronés ne la faisant pas bénéficier du maintien à titre personnel de la rémunération qu'elle percevait antérieurement en qualité d'agent contractuel, en enjoignant à la commune de fixer sa rémunération sur la base de l'indice brut correspondant au dernier échelon de son grade, soit l'indice brut 591, indice majoré 498, et de lui attribuer une indemnité compensatrice brute mensuelle de 299,52 euros. Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, décidé l'ouverture, sous le n° 21BX02818, d'une procédure juridictionnelle, à la demande de Mme D, en vue de prescrire, s'il y a lieu, les mesures qui seraient nécessaires à l'exécution de ce jugement. Par un mémoire en défense, la commune de Saint-Denis fait valoir qu'elle justifie l'exécution du jugement dont Mme D demande l'exécution en produisant un arrêté n°1738/DRH/2020 du 14 septembre 2020, annulant l'arrêté du 6 juin 2018 et portant nomination de Mme D au grade de rédacteur stagiaire, et un arrêté n°1741/DRH/2020 du 14 septembre 2020, modifiant l'arrêté du 21 juin 2019 portant titularisation au grade de rédacteur et un bulletin de paie de régularisation de septembre 2020.

3. Les requêtes enregistrées sous les n°s 20BX00786, 20BX0821, et 21BX02818 concernent le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.

Sur la légalité de l'arrêté du 6 juin 2018 :

En ce qui concerne le maintien de la garantie de rémunération à titre personnel :

4. En vertu de l'article 20 du titre Ier du statut général de la fonction publique auquel renvoie l'article 87 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 mars 2010 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de catégorie B de la fonction publique territoriale : " Chaque cadre d'emplois comprend trois grades ou assimilés : / Les premier et deuxième grades comportent treize échelons ; / Le troisième grade, grade le plus élevé, comporte onze échelons ". Aux termes de l'article 14 du même décret : " Les personnes qui justifient, avant leur nomination dans l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, de services accomplis en tant qu'agent public non titulaire () sont classées, lors de leur nomination, dans le premier grade à un échelon déterminé en prenant en compte les services accomplis dans un emploi de niveau au moins équivalent à celui de la catégorie B à raison des trois quarts de leur durée () ".

5. Aux termes de son article 23, dans sa version en vigueur au 1er janvier 2017 : " () II. - Les agents qui avaient, avant leur nomination dans l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, la qualité d'agent contractuel de droit public, classés en application de l'article 14 () à un échelon doté d'un indice brut conduisant à une rémunération inférieure à celle dont ils bénéficiaient avant leur nomination conservent à titre personnel le bénéfice d'un indice brut fixé de façon à permettre le maintien de leur rémunération antérieure (). Toutefois, l'indice brut ainsi déterminé ne peut excéder l'indice brut afférent au dernier échelon du grade dans lequel ils sont classés. / () La rémunération prise en compte pour l'application du premier alinéa correspond à la moyenne des six meilleures rémunérations perçues en cette qualité pendant les douze mois précédant la nomination. Cette rémunération ne prend en compte aucun élément accessoire lié à la situation familiale, au lieu de travail et aux frais de transport. / Les agents contractuels, dont la rémunération n'est pas fixée par référence expresse à un indice, conservent à titre personnel le bénéfice de cette rémunération dans les mêmes limites et conditions que celles énumérées aux trois alinéas précédents ".

6. Il résulte des dispositions précitées que l'agent intégrant en qualité de stagiaire un cadre d'emplois de fonctionnaires de catégorie B de la fonction publique territoriale à un échelon doté d'un indice brut conduisant à une rémunération inférieure à celle qu'il percevait avant sa nomination conserve à titre personnel le bénéfice d'un indice brut fixé de façon à permettre le maintien de sa rémunération antérieure.

7. Ces mêmes dispositions prévoient que la rémunération antérieure doit être évaluée au regard des six meilleures rémunérations mensuelles perçues dans le dernier emploi sur une période de douze mois précédant la nomination, sans qu'il y ait lieu de tenir compte pour déterminer cette rémunération des éléments accessoires liés à la situation familiale, au lieu de travail et aux frais de transport. En l'espèce, la rémunération brute de Mme D à prendre en compte pour l'application du premier aliéna du II de l'article 23 s'élève à la somme non contestée de 2 630,21 euros.

8. La commune de Saint-Denis soutient en appel que les modalités de calcul du traitement à devoir à Mme D, telles que retenues par le tribunal administratif au point 4 de son jugement, sont erronées en ce qu'elles ne déduisent pas de la rémunération qu'elle percevait comme agent contractuel la majoration de traitement, dite " prime de vie chère " alors que les dispositions précitées permettent de prendre en compte des indemnités et majoration de traitement appliquées à compter de son intégration pour maintenir sa rémunération au même niveau que précédemment.

9. Il ressort des pièces du dossier et notamment des douze derniers bulletins de paie sur la période précédant son intégration que la rémunération de Mme D en qualité de contractuel, qui n'avait pas de base indiciaire, était composée d'un " traitement forfaitaire " de 1 836,85 euros et d'une " indemnité de fonction " de 482,60 euros. Il ressort également des pièces du dossier que l'arrêté en litige a reclassé Mme D à compter du 1er mars 2018 au 2ème échelon de son grade sur la base de l'indice brut 373, indice majoré 344, correspondant à un traitement mensuel de 1 612 euros. S'il est exact que ce traitement indiciaire est inférieur au montant du " traitement forfaitaire " que percevait Mme D comme agent contractuel, toutefois, il ressort du bulletin de paie du mois de juin 2018 produit par l'intéressée que la commune de Saint-Denis a entendu compenser les conséquences de ce reclassement en conservant à Mme D, après son intégration, une rémunération brute globale d'un montant de 2 714 euros, laquelle est supérieure à la moyenne des six meilleures rémunérations perçues en qualité de contractuel, de 2 630,21 euros, mentionnée au point 7.

10. Dès lors, en fixant le traitement indiciaire applicable à Mme D par référence à l'indice brut 373, indice majoré 344, afférent au 2ème échelon de son grade de rédacteur territorial, qui le fait pas obstacle à la conservation par l'agent à titre personnel d'une rémunération équivalente, sinon supérieure, à celle que l'intéressée percevait en qualité d'agent contractuel, la commune de Saint-Denis a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article 23 II du décret du 22 mars 2010.

11. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Denis est fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de La Réunion a annulé son arrêté du 6 juin 2018 en tant qu'il fixe la rémunération de Mme D au motif qu'il retenait un indice de rémunération erroné, et lui a enjoint de procéder au reclassement de Mme D au 2ème échelon du grade 1 de rédacteur territorial à l'indice brut 446, indice majoré 392.

12. Toutefois, il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner l'autre moyen soulevé par Mme D devant le tribunal administratif.

En ce qui concerne le refus implicite du bénéfice de l'indemnité compensatrice :

13. En application de l'article 135 de la loi du 26 janvier 1984, les agents intégrés dans la fonction publique territoriale reçoivent une rémunération qui ne peut être inférieure à 95 % de la rémunération antérieure lorsque l'intégration porte sur un cadre d'emplois de catégorie B, et perçoivent, le cas échéant, une indemnité compensatrice dont le plafond est fixé par référence au dernier échelon du grade le plus élevé du cadre d'emplois.

14. Il résulte de ce qui précède que la rémunération à laquelle Mme D est en droit de prétendre au titre de sa nomination en qualité de fonctionnaire stagiaire de catégorie B à compter du 1er mars 2018 est plus élevée que celle qu'elle percevait antérieurement en qualité de contractuel.

15. Ainsi, Mme D n'est pas fondée à demander le bénéfice de l'indemnité compensatrice prévue à l'article 135 de la loi du 26 janvier 1984. Par suite, ses conclusions en annulation du refus implicite de faire droit à sa demande ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

16. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation du rejet implicite du recours gracieux de Mme D tendant au versement d'une indemnité compensatrice brute de 299,52 euros par mois n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées par Mme D tendant, d'une part, à ce que sa rémunération soit majorée sur la base de l'indice brut 675, indice majoré 562, supérieur à l'échelon terminal de son grade ou, à tout le moins, à l'indice brut 591, indice majoré 498 et, d'autre part, à l'annulation du rejet implicite de sa demande tendant au bénéfice de l'indemnité compensatrice, doivent être rejetées.

Sur l'exécution du jugement attaqué :

17. Le présent arrêt annulant le jugement attaqué du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion et rejetant la demande présentée par Mme D devant le tribunal administratif, ses conclusions tendant à l'exécution du jugement attaqué sont devenues sans objet.

Sur les frais d'instance :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant au remboursement des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 1801017 du 5 décembre 2019 du tribunal administratif de La Réunion est annulé.

Article 2 : La demande présentée par Mme D devant le tribunal administratif de La Réunion et le surplus de ses conclusions d'appel sont rejetés.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n°21BX02818 à fin d'exécution du jugement visé à l'article 1er, ci-dessus présentées par Mme D.

Article 4 : Les conclusions présentées par Mme D et par la commune de Saint-Denis au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B D et à la commune de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Agnès CLe président,

Didier ARTUS

Le greffier,

Anthony FERNANDEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

4

N°s 20BX00786, 20BX00821, 21BX02818

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