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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX01698

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX01698

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX01698
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre bis (formation à 3)
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par deux demandes distinctes, M. B A a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler la décision du 5 décembre 2017 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Aubusson l'a placé en congés d'office à compter du 2 janvier 2018 afin de solder, avant son licenciement intervenant le 7 février 2018, ses droits à congés annuels pour l'année 2018, ses droits à congés au titre de la réduction du temps de travail pour l'année 2017 et les jours inscrits sur son compte épargne-temps, ainsi que la décision du 8 janvier 2018 portant rejet de son recours gracieux. Il a aussi demandé au tribunal d'annuler la décision du 7 novembre 2017 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Aubusson a prononcé son licenciement, ainsi que la décision du 8 mars 2018 portant rejet implicite de son recours gracieux.

Par un jugement n° 1800105, 1800700 du 19 mars 2020, le tribunal administratif de Limoges a annulé la décision de licenciement du 7 novembre 2017 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Aubusson a licencié M. A, et la décision du 8 janvier 2018 portant rejet du recours gracieux formé par l'intéressé, seulement en tant que le licenciement est intervenu à une date qui ne tient pas compte de ses droits à congés, puis a rejeté le surplus des conclusions de M. A.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2020, et des mémoires en réplique enregistrés le 26 novembre 2021 et le 4 avril 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A, représenté par Me Chartier, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 19 mars 2020 du tribunal administratif de Limoges en tant qu'il a rejeté le surplus de ses conclusions ;

2°) d'annuler la décision du 7 novembre 2017 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Aubusson a prononcé son licenciement, ainsi que la décision implicite du 8 mars 2018 de rejet de son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aubusson la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement n'est pas suffisamment motivé ;

- la décision en litige a été prise en considération de la personne et non dans l'intérêt du service ; le principe du contradictoire, qui s'applique pour une telle décision, a été méconnu ; de même, le principe des droits de la défense et le droit de l'agent à la communication de son dossier ont été méconnus ;

- les démarches de reclassement dont le centre hospitalier se prévaut ont été effectuées sans même qu'il en ait été informé, ce qui l'a privé d'une garantie, et avant même que la commission médicale de l'établissement, qui a formulé un avis défavorable au licenciement de deux chirurgiens orthopédistes, ait été réunie ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors que la mauvaise situation financière du service de chirurgie orthopédique n'est pas établie et qu'elle serait en outre exclusivement issue des mauvais choix stratégiques de l'établissement ; le fait que le centre hospitalier ait recruté un troisième chirurgien orthopédique montre que la mauvaise situation financière alléguée n'est pas établie ; l'activité orthopédique était importante au sein de l'hôpital et justifiait le maintien des deux chirurgiens licenciés ;

- l'obligation de reclassement a été méconnue ; contrairement à ce qu'ont retenu les premiers juges, le centre hospitalier était tenu de le reclasser ; il n'a pas effectué une recherche loyale, individualisée et sérieuse des possibilités de reclassement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 octobre 2021 et le 1er février 2022, le centre hospitalier (CH) d'Aubusson, représenté par Me Doudet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C D,

- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,

- et les observations de Me Rouget, substituant Me Chartier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été recruté en qualité de chirurgien orthopédiste par le centre hospitalier d'Aubusson par un contrat à durée indéterminée du 1er juin 2013. Aux motifs que le service de chirurgie orthopédique avait réalisé un faible nombre d'actes au cours des années 2015, 2016 et 2017 et connaissait un important déficit de fonctionnement, la directrice du centre hospitalier d'Aubusson a, en concertation avec l'agence régionale de santé, mis en œuvre une réorganisation de ce service. Dans ce cadre, la directrice a notamment proposé au docteur A, par un courrier du 7 juillet 2017, une modification de son contrat tendant à réduire de 80 % sa quotité de travail, la nouvelle quotité de 20 % étant censée correspondre au travail effectif constaté dans la structure. M. A ayant refusé cette modification de son contrat par un courrier du 23 août 2017, il a été licencié par une décision de la directrice du centre hospitalier d'Aubusson du 7 novembre 2017. M. A a demandé au tribunal administratif de Limoges l'annulation de cette dernière décision. Il relève appel du jugement rendu le 19 mars 2020 par lequel le tribunal a seulement annulé la décision du 7 novembre 2017 en tant qu'elle est intervenue à une date qui ne tient pas compte de ses droits à congés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 6152-610 du code de la santé publique : " () Lorsque la situation de l'activité dans la structure le justifie, une modification de la quotité de travail () peut être proposée par le directeur d'établissement, après avis () de la commission médicale locale d'établissement, à un praticien () qui bénéficie () d'un contrat à durée indéterminée. A compter de la proposition de modification, l'intéressé dispose d'un mois pour la refuser. En cas de refus, le directeur propose prioritairement à ce praticien une nouvelle affectation. A défaut, il est fait application des dispositions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 6152-629 ". Selon le deuxième alinéa de l'article R. 6152-629 de ce code : " () Le praticien attaché qui bénéficie () d'un contrat à durée indéterminée peut être licencié, après avis de la commission médicale d'établissement () Le préavis est alors de trois mois. La décision de licenciement prononcée par le directeur est motivée ".

Ces dispositions permettent au directeur du centre hospitalier, en cas de refus du praticien attaché d'accepter une modification de sa quotité de travail définie dans son contrat de recrutement et justifiée par la situation de l'activité de l'établissement, de procéder à son licenciement.

3. En premier lieu, à supposer que le centre hospitalier aurait entamé des démarches en vue de reclasser M. A sur un autre poste avant même d'émettre sa proposition de réduction de son temps de travail et avant que la commission médicale d'établissement (CME) n'ait rendu son avis sur cette proposition, une telle circonstance est, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure de licenciement. Au demeurant les articles R. 6144-1 à R. 6144-6 du code de la santé publique, qui définissent les attributions de la CME, ne prévoient pas que celle-ci soit consultée sur les démarches de reclassement effectuées par l'employeur.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des éléments comptables et financiers concordants qui y sont versés, que le service de chirurgie orthopédique dans lequel était affecté M. A était confronté à un déficit structurel important et durable. Il est constant que M. A a refusé la proposition de réduction de sa quotité de travail que lui a adressée le centre hospitalier en application des dispositions précitées de l'article R. 6152-610 du code de la santé publique. En l'absence de possibilité de reclassement, son licenciement a été décidé, pour un motif de nature économique, par application des dispositions précitées de l'article R. 6152-629 du même code. Aucune disposition législative ou réglementaire, et notamment celles de l'article R. 6152-628 du code de la santé publique, ne prévoit que le licenciement d'un médecin qui a refusé une modification de son contrat de travail fondée sur des motifs tirés de l'intérêt du service soit précédé d'une procédure contradictoire préalable. Par ailleurs, la décision de licenciement en litige ayant été prise en raison de la situation financière du service et non en considération de la personne de M. A, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que cette décision aurait dû être prise dans le respect du principe général des droits de la défense.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le service de chirurgie orthopédique a présenté des résultats nettement déficitaires de 242 858 euros en 2015 et de 255 400 euros en 2016 qui ont affecté l'équilibre budgétaire général de l'hôpital. Cette situation déficitaire, qui s'est renouvelée en 2017 sans perspective d'amélioration, trouvait notamment son origine dans le faible nombre d'actes accomplis par ce service, qui se sont élevés à 55 en 2014, à 83 en 2015 et à 46 en 2016, ce qui ne permettait pas, entre autres, de couvrir les charges de fonctionnement, parmi lesquelles figuraient les rémunérations des deux chirurgiens orthopédistes attachés à ce service. Si le requérant conteste la réalité des difficultés financières alléguées par le centre hospitalier en faisant valoir que de nouveaux chirurgiens orthopédistes ont été recrutés, il ressort des pièces du dossier qu'ont été conclues en avril 2018 et mars 2019 avec d'autres établissements de santé de simples conventions mettant à la disposition du centre hospitalier des médecins pour exercer quelques jours par mois une activité de consultation orthopédique. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité des choix budgétaires et financiers effectués par la direction du centre hospitalier. Dans ces conditions, le motif d'ordre économique qui fonde la décision de licenciement en litige n'est entaché ni d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation.

6. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, conformément au dernier alinéa de l'article R. 6152-610 du code de la santé publique, et après que M. A eut refusé la proposition de réduction de sa quotité de travail, la directrice du CH d'Aubusson a, avant de prononcer le licenciement en litige, cherché si l'intéressé pouvait bénéficier en priorité d'une nouvelle affectation dans les services de l'hôpital. Il ressort des pièces du dossier qu'en l'absence de poste adapté aux compétences de M. A et disponible, aucune proposition d'affectation n'a pu être adressée. Par ailleurs, et alors qu'il n'était pas tenu de le faire dans le cadre défini par les dispositions précitées des articles R. 6152-610 et R. 6152-629 du code de la santé publique, le CH d'Aubusson a, par des courriers du 28 avril 2017, demandé au centre hospitalier universitaire de Limoges, au centre hospitalier de Tulle, au centre hospitalier de Guéret et au centre hospitalier de Montluçon s'ils étaient susceptibles d'accueillir le docteur A dans leurs effectifs, ce qui ne s'est pas avéré possible. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier d'Aubusson n'aurait pas effectué une recherche de reclassement de façon sérieuse, loyale et individualisée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges, qui a suffisamment motivé son jugement et n'a pas méconnu les règles de la dévolution de la charge de la preuve, a rejeté le surplus de sa demande.

Sur les frais de l'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée, ainsi que les conclusions présentées par le centre hospitalier d'Aubusson sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au centre hospitalier d'Aubusson.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Frédéric Faïck, président,

Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 octobre 2022.

La rapporteure,

Florence D

Le président,

Frédéric Faïck

La greffière,

Angélique Bonkoungou

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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