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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02143

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02143

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02143
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSCP PIELBERG KOLENC;CABINET PRIM GENY & THOMAS AVOCATS;GALLARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D C a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler, d'une part, l'arrêté du 18 mai 2018 par lequel le président de la caisse des écoles de Thuré l'a maintenue en disponibilité à compter du 19 mai 2018 et, d'autre part, l'arrêté du 3 août 2018 par lequel la même autorité l'a maintenue en disponibilité à compter du 21 juin 2018.

Par un jugement du 25 mars 2020 procédant à la jonction des requêtes, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2020, Mme C, représentée par Me Menard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 25 mars 2020 du tribunal administratif de Poitiers ;

2°) d'annuler les arrêtés du président de la caisse des écoles de Thuré en date des 18 mai 2018 et 3 août 2018 ;

3°) d'enjoindre au président de la caisse des écoles de Thuré de réexaminer sa situation et de lui verser un traitement ou une allocation de retour à l'emploi dont elle devait bénéficier depuis le 19 mai 2018 ;

4°) de mettre à la charge de la caisse des écoles de Thuré une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas justifié que son signataire bénéficiait d'une délégation de signature régulière ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté de placement en disponibilité d'office sans traitement est entaché d'erreur de droit dès lors qu'un agent qui sollicite sa réintégration sur son poste trois mois avant la fin de la période de disponibilité a droit aux allocations chômage ;

- l'arrêté de placement en disponibilité d'office sans traitement et sans allocation chômage est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le placement en disponibilité d'office sans traitement la met dans une situation financière très précaire.

Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2020, le président de la caisse des écoles de Thuré, représenté par la SCP KPL avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du tribunal judiciaire de Bordeaux du 20 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B A,

- et les conclusions de Mme Florence Madelaigue, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe territoriale d'animation exerçant ses fonctions au sein de la caisse des écoles de Thuré (Vienne), a été placée à plusieurs reprises en congé de maladie ordinaire entre le 5 août 2016 et le 15 février 2017. Par un arrêté du 22 juin 2017, elle a été placée à sa demande en disponibilité pour convenances personnelles pour une durée d'un an à compter du 19 mai 2017. Par une lettre en date du 31 janvier 2018 reçue le 1er février 2018, Mme C a sollicité sa réintégration à temps complet, à compter du 19 mai 2018. Par un courrier en date du 20 mars 2018, le président de l'établissement a donné un avis favorable à cette demande de réintégration et a proposé à l'intéressée le seul poste vacant correspondant à son grade à savoir son ancien poste d'animatrice. Par un courrier du même jour, elle a été invitée à se présenter le 9 avril 2018 à un rendez-vous médical avec le médecin agréé. A la suite du constat par ce praticien de l'inaptitude physique de Mme C à l'exercice de ses anciennes fonctions et dans l'attente de l'avis du comité médical, elle a été maintenue en disponibilité sans traitement à compter du 19 mai 2018, par un arrêté du 18 mai 2018 du président de la caisse des écoles, celui-ci ayant parallèlement saisi le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Vienne afin qu'il propose à l'intéressée tout emploi vacant correspondant à son grade. Après que le comité médical a rendu, le 21 juin 2018, un avis d'inaptitude définitive de Mme C à l'exercice de ses fonctions, le président de la caisse des écoles a engagé une procédure de reclassement et a maintenu cette dernière en disponibilité pour raison de santé par un arrêté du 3 août 2018. Par un jugement du 25 mars 2020, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté la demande d'annulation des arrêtés du 18 mai 2018 et du 3 août 2018. Mme C relève appel de ce jugement.

2. En premier lieu, Mme C reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les moyens invoqués en première instance tirés de l'incompétence de l'auteur des arrêtés litigieux et de l'insuffisance de leur motivation. Elle n'apporte en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal administratif a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () Le fonctionnaire mis en disponibilité, () de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n'a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l'établissement d'origine doit être proposée au fonctionnaire ". Aux termes de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " Sauf dans le cas où la période de mise en disponibilité n'excède pas trois mois, le fonctionnaire mis en disponibilité sur sa demande fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son cadre d'emplois d'origine trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité. / La réintégration est subordonnée à la vérification par un médecin agréé et, éventuellement, par le comité médical compétent, de l'aptitude physique du fonctionnaire à l'exercice des fonctions afférentes à son grade. / Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 () / Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date, s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique est soit reclassé dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, soit mis en disponibilité d'office dans les conditions prévues à l'article 19, soit, en cas d'inaptitude physique à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié ". En prévoyant que la disponibilité se poursuit " jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 ", les auteurs du décret du 13 janvier 1986 ont seulement entendu se référer aux règles qui, dans cet article, fixent les conditions selon lesquelles des emplois sont proposés aux agents par le centre national de la fonction publique territoriale ou le centre local de gestion, indépendamment des règles relatives à la prise en charge et à la rémunération des agents par ces mêmes organismes. Il suit de là que, jusqu'à son reclassement ou, le cas échéant, son licenciement, l'agent ne bénéficie de la part du centre d'aucune rémunération.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les travailleurs involontairement privés d'emploi, () aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". Aux termes de l'article L. 5424-1 du même code : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'État et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui a formulé une demande de réintégration avant l'expiration de la période de mise en disponibilité, a été maintenue en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984. Il résulte des dispositions énoncées au point 3 que jusqu'à son reclassement elle ne pouvait bénéficier d'aucune rémunération de la part du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Vienne saisi par le président de la caisse des écoles de Thuré. La circonstance qu'elle se serait trouvée dans une situation précaire du fait d'un placement en disponibilité d'office sans rémunération est sans incidence sur la légalité de cette position.

6. Par ailleurs, Mme C ne peut utilement soutenir qu'elle a été illégalement privée de l'allocation de retour à l'emploi dès lors que les arrêtés en litige du 18 mai 2018 et du 3 août 2018 la maintenant en disponibilité n'ont ni pour objet ni pour effet de lui refuser le bénéfice d'une telle allocation.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le président de la caisse des écoles de Thuré au même titre.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du président de la caisse des écoles de Thuré présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D C et au président de la caisse des écoles de Thuré.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Florence Demurger, présidente,

Mme Karine Butéri, présidente-assesseure,

M. Anthony Duplan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

Karine A

La présidente,

Florence Demurger

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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