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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02196

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02196

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02196
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre bis (formation à 3)
Avocat requérantPAYET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B D a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision implicite par laquelle le syndicat intercommunal du secteur scolaire (SISS) de Langon a rejeté sa demande présentée le 8 avril 2018 de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie et, à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer si l'affection dont elle souffre est imputable au service.

Par un jugement n° 1802156 du 16 juin 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2020, un mémoire en communication de pièces enregistré le 8 septembre 2020, un mémoire complémentaire enregistré le 24 janvier 2022, et un mémoire enregistré le 23 juin 2022, Mme D, représentée par Me Payet, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 juin 2020 du tribunal administratif de Bordeaux ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le syndicat intercommunal du secteur scolaire de Langon a rejeté sa demande présentée le 8 avril 2018 de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa lombo-sciatique et de sa tendinopathie ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer si l'affection dont elle souffre est imputable au service ;

4°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal du secteur scolaire de Langon, outre les entiers dépens en ce compris les frais d'expertise, la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en vertu de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, ses pathologies doivent être reconnues comme une maladie professionnelle, telle que désignée par les tableaux n° 97 et 98 mentionnés à l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;

- en tout état de cause, il existe un lien direct entre son activité professionnelle et ses pathologies, comme elle le démontre en produisant les attestations de divers praticiens qui se prononcent en faveur de l'imputabilité au service de sa maladie ; elle conteste donc l'avis défavorable de la commission de réforme, et également les rapports du Dr A sur lesquels s'est fondée cette commission ;

- à titre subsidiaire, elle demande que soit ordonnée, avant-dire droit, une expertise aux fins de déterminer l'existence d'une imputabilité au service de sa maladie.

Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2020, la caisse des dépôts, gestionnaire de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL), demande à la cour de prononcer sa mise hors de cause dans cette affaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le syndicat intercommunal du secteur scolaire (SISS) de Langon, représenté par Me Bach, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte aucune critique du jugement et qu'en outre, la décision implicite de rejet née le 8 avril 2018 est confirmative de celle née le 17 février 2017, qui n'a pas été contestée dans le délai raisonnable d'un an ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C E,

- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,

- et les observations de Me Payet, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, agent de maîtrise née en 1970, a été affectée au syndicat intercommunal du secteur scolaire (SISS) de Langon à compter du 1er novembre 1996 en qualité de conductrice d'autocars de transports scolaires et de voyageurs. Elle a aussi occasionnellement exercé, après sa titularisation le 1er septembre 1999, des fonctions de conductrice de fourgons et de camions divers jusqu'en 2003. Souffrant d'une lombosciatique gauche et d'une tendinopathie associée, elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 12 février 2016, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé du 12 février 2017 au 14 février 2018. Elle s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé pour la période du 3 février 2016 au 31 janvier 2021 par la maison départementale des personnes handicapées de la Gironde. Elle a enfin été admise à la retraite pour invalidité à compter du 1er novembre 2017. Par deux lettres du 16 novembre 2016 et du 6 février 2018, Mme D a demandé à son employeur la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie. La commission départementale de réforme des agents des collectivités territoriales a émis, le 3 mai 2017, un avis défavorable à la demande de Mme D qui a, en définitive, fait l'objet d'une décision implicite de rejet de la part de son employeur. Mme D relève appel du jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 16 juin 2020 qui a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 issus de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives à la santé et à la sécurité au travail dans la fonction publique: " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () IV. Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () ". Ces dispositions permettent aux fonctionnaires de bénéficier de la présomption d'imputabilité pour toutes les pathologies inscrites dans les tableaux mentionnés à l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale.

3. Cependant, comme l'ont déjà relevé à juste titre les premiers juges, il ressort des pièces du dossier que la pathologie de Mme D, qui a été placée en congé pour maladie à compter du 12 février 2016, et dont la pathologie a été constatée par le médecin de prévention le 17 novembre 2016, a nécessairement été diagnostiquée au plus tard à cette dernière date, à laquelle ses droits éventuels doivent être regardés comme constitués, soit avant l'entrée en vigueur des dispositions de l'article 21 bis précité de la loi du 13 juillet 1983 issues de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Par suite, Mme D n'est pas régie par les dispositions de cet article 21 bis, et elle ne peut en conséquence se prévaloir des tableaux 97 et 98 de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la requérante bénéficie d'une présomption légale d'imputabilité de sa maladie au service doit être écarté.

4. Il s'ensuit également que la situation de Mme D est régie par les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents certificats médicaux produits par Mme D que celle-ci, présentait, en 2016, une lombosciatique gauche invalidante " évoluant depuis une quinzaine d'années " associée à une tendinopathie du moyen fessier gauche, ce qui fait remonter sa pathologie au début des années 2000. Dans son rapport du 8 février 2016, destiné à déterminer l'aptitude de l'intéressée à ses fonctions, le médecin expert mandaté par l'administration a relevé que, compte-tenu de son arthropathie du pied droit, " les douleurs qui arrivent en moins d'une heure empêchent une gestuelle efficace entre l'accélérateur et le frein " et " augmentent rapidement du fait des montées et descentes du car et des vibrations ", si bien que " en compensation sont apparues des douleurs au niveau du membre inférieur gauche et une cruralgie et/ou sciatique en liaison avec des débords discaux L4-L5 et L5-S1 ". Cela étant, si la pathologie dont souffre Mme D est apparue postérieurement à l'exercice de ses fonctions de conductrice, il n'est pas établi au dossier, et notamment par le rapport précité, qu'elle serait en lien direct avec l'exercice de ses fonctions. A cet égard, comme l'ont déjà relevé les premiers juges, si les certificats médicaux délivrés le 17 novembre 2016 et le 26 janvier 2017 par le médecin de prévention, le 4 novembre 2016 par le médecin généraliste de la requérante et le 28 novembre 2016 par son médecin rhumatologue, confirment l'évolution depuis quinze ans de la lombosciatique et de la tendinopathie, ils ne font état que d'un lien possible et non pas direct et certain entre les pathologies de Mme D et son activité professionnelle. Quant à la consultation médicale effectuée par la requérante le 8 septembre 2020, au surplus non-contradictoirement, elle ne permet pas de retenir de manière suffisamment directe et certaine l'imputabilité au service de ses pathologies. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait un lien direct entre les pathologies survenues à la requérante et son activité professionnelle. Par suite, c'est à bon droit que le président du SISS de Langon a refusé de reconnaître l'origine professionnelle de l'état de santé de Mme D.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir, ni d'ordonner une expertise médicale, que Mme D n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du SISS de Langon qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du SISS de Langon tendant à l'application de ces dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête n° 20BX02196 de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SISS de Langon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B D, au syndicat intercommunal du secteur scolaire de Langon et à la caisse des dépôts et consignations de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Frédéric Faïck, président,

Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 octobre 2022.

La rapporteure,

Florence E

Le président,

Frédéric Faïck La greffière,

Angélique Bonkoungou

La République mande et ordonne au ministre de la transformation et de la fonction publique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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