jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX02319 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Océan Indien du 19 septembre 2017 prononçant à son encontre la sanction d'interdiction d'exercice de toute activité privée de sécurité pour une durée de deux ans et lui infligeant une pénalité financière de 12 000 euros, la délibération de la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du 2 avril 2018 prononçant à son encontre la sanction d'interdiction d'exercice de toute activité privée de sécurité pour une durée de deux ans, et la délibération de la CNAC du 22 mai 2018 prononçant à son encontre la sanction d'interdiction d'exercice de toute activité privée de sécurité pour une durée de deux ans et lui infligeant une pénalité financière de 12 000 euros, et d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer un agrément pour exercer des prestations de sécurité.
Par un jugement n° 1800686 du 23 juin 2020, le tribunal a annulé la délibération de la CNAC du 22 mai 2018 en tant qu'elle a prononcé une interdiction d'exercice d'une durée de deux ans et une pénalité financière de 12 000 euros, et a rejeté le surplus de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2020, le CNAPS, représenté par la SELARL Claisse et Associés, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. B devant le tribunal ;
3°) de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est irrégulier dès lors qu'il n'est pas établi que la minute aurait été signée ;
- la société Austral Télésurveillance Océan Indien (ATOI) dirigée par M. B a exercé une activité de surveillance et de gardiennage jusqu'à sa liquidation judiciaire malgré la notification d'un refus d'autorisation le 3 mars 2017 ; les premiers juges ont commis une erreur de droit en tenant compte de l'absence d'avantage retiré du manquement pour examiner la proportionnalité de la sanction disciplinaire ;
- contrairement à ce qu'a retenu le tribunal, les circonstances que l'exercice de l'activité sans autorisation n'a duré que quelques mois et que M. B cherchait à préserver l'emploi dans l'entreprise n'étaient pas de nature à justifier une sanction et une pénalité financière moins sévères ;
- il s'en rapporte à ses écritures de première instance en ce qui concerne les autres moyens invoqués par M. B devant le tribunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2020, M. B, représenté par la SELARL Bachou Avocat, conclut au rejet de la requête et demande à la cour d'annuler les délibérations de la CLAC du 19 septembre 2017 et de la CNAC des 2 avril et 22 mai 2018, et de mettre à la charge de la CNAPS de l'Océan Indien une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les moyens invoqués par le CNAPS ne sont pas fondés ;
- la procédure devant la CLAC a méconnu les droits de la défense et le principe du contradictoire prévu à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la convocation lui a été adressée moins d'un mois avant la séance et que le report qu'il a demandé en raison de son empêchement lui a été refusé ;
- l'interdiction d'exercice d'une durée de deux ans et la pénalité financière de 12 000 euros lui ont été infligées sans qu'il soit recherché si le refus d'agrément et la mauvaise gestion de la société lui étaient imputables ;
- il n'avait pas fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle et l'irrégularité du transfert du siège social ne lui était pas imputable ; la poursuite de son activité a été autorisée par le tribunal de commerce le 3 mai 2017, ce qui démontre sa bonne foi et sa préoccupation de préserver les emplois de ses salariés ; l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure prévoit que le montant des pénalités financières est fonction des avantages tirés du manquement ; la décision du CNAPS était disproportionnée et empêchait la survie de la société.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Gallier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Monney, représentant le Conseil national des activités privées de sécurité.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 mai 2017, des agents du service central du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) ont constaté que la société Austral Télésurveillance Océan Indien (ATOI), qui avait fait l'objet d'un refus d'autorisation d'exercer des prestations de sécurité privée par une décision de la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Océan Indien notifiée le 3 mars 2017, poursuivait l'exercice de cette activité. Par une délibération
du 19 septembre 2017, la CLAC a prononcé à l'encontre de M. B, gérant de cette société, une sanction disciplinaire d'interdiction d'exercer toute activité prévue aux articles L. 611-1 et L. 621-1 du code de la sécurité intérieure pour une durée de deux ans, et lui a infligé une pénalité financière de 12 000 euros. M. B a présenté un recours devant la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC), laquelle, lors de sa séance du 12 avril 2018, a confirmé cette sanction et cette pénalité financière, et lui a notifié sa décision à deux reprises, d'abord avec une signature de son vice-président à la date du 2 avril 2018 en omettant de mentionner la pénalité financière, puis avec une signature à la date du 22 mai 2018 en mentionnant la sanction disciplinaire et la pénalité financière. M. B a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler la délibération de la CLAC du 19 septembre 2017 ainsi que les délibérations de la CNAC des 2 avril et 22 mai 2018, et d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer un agrément pour exercer des prestations de sécurité. Par un jugement du 23 juin 2020, dont le CNAPS relève appel, le tribunal a regardé les conclusions à fin d'annulation comme dirigées contre la délibération de la CNAC du 22 mai 2018 qui s'était substituée aux précédentes délibérations de la CLAC et de la CNAC, a annulé cette délibération en tant qu'elle a prononcé une sanction disciplinaire et une pénalité disproportionnées, et a rejeté le surplus de la demande
de M. B.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience. " D'autre part, aux termes de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif : " Durant la période comprise entre le 12 mars 2020 et la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire déclaré dans les conditions de l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 susvisée, il est dérogé aux dispositions législatives et réglementaires applicables aux juridictions administratives dans les conditions prévues au présent titre. ". Aux termes de l'article 12 de la même ordonnance : " Par dérogation aux articles R. 741-7 à R. 741-9 du code de justice administrative, la minute de la décision peut être signée uniquement par le président de la formation de jugement. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la minute du jugement attaqué du 23 juin 2020, date antérieure à la cessation de l'état d'urgence sanitaire, a été signée par le seul président de la formation de jugement, conformément aux dispositions dérogatoires citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
4. Aux termes de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure : " Tout manquement aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques applicables aux activités privées de sécurité peut donner lieu à sanction disciplinaire. / () / Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis sont, compte tenu de la gravité des faits reprochés : l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder cinq ans. En outre, les personnes morales et les personnes physiques non salariées peuvent se voir infliger des pénalités financières. Le montant des pénalités financières est fonction de la gravité des manquements commis et, le cas échéant, en relation avec les avantages tirés du manquement, sans pouvoir excéder 150 000 €. Ces pénalités sont prononcées dans le respect des droits de la défense. "
5. L'article L. 612-9 du code de la sécurité intérieure subordonne à une autorisation l'exercice des activités ayant pour objet la surveillance ou le gardiennage. Aux termes de
l'article R. 631-22 du même code : " () Les entreprises et leurs dirigeants ne concluent un contrat de prestation ou n'acceptent un mandat qu'à condition de savoir satisfaire aux obligations légales propres à l'exercice des métiers concernés (). / Lorsqu'ils ne répondent plus aux conditions légales pour exercer leur activité de sécurité privée, notamment en cas de suspension ou de retrait des autorisations et agréments afférents, ils doivent sans délai en informer leurs clients ou mandants. / (). "
6. M. B était gérant de la société ATOI qui exerçait une activité de surveillance et de gardiennage et employait 29 salariés. L'associé majoritaire et précédent gérant ayant fait l'objet d'une interdiction temporaire d'exercer toute activité de sécurité pour une durée
de 48 mois par une délibération de la CLAC Océan Indien du 27 octobre 2016, les services
du CNAPS, par un courrier du 7 décembre 2016, ont invité M. B à régulariser la situation de la société en déposant une demande d'autorisation, ce qu'il a fait, et sa demande a été rejetée par une décision notifiée le 3 mars 2017. Le contrôle du CNAPS a eu lieu le 11 mai 2017 alors qu'une procédure de liquidation judiciaire était en cours, un administrateur judiciaire ayant été désigné le 3 mai 2017 après le dépôt d'une déclaration de cessation de paiement le 27 avril 2017. M. B a déclaré, lors de son audition par les contrôleurs du CNAPS le 11 mai 2017,
que 24 salariés travaillaient malgré la notification du refus de renouvellement de l'autorisation d'exercice de la société, et qu'il avait informé verbalement ses clients de cette situation, mais non par écrit. La méconnaissance des dispositions des articles L. 612-9 et R. 631-22 du code de la sécurité extérieure est ainsi établie, ce qui pouvait donner lieu à une sanction disciplinaire
et à une pénalité financière. Toutefois, la gravité des faits s'apprécie au regard des circonstances de l'espèce, de sorte que les premiers juges n'ont pas commis d'erreur de droit en tenant compte de ce que M. B n'avait pas retiré d'avantage des manquements commis pour apprécier la proportionnalité non seulement de la pénalité financière, mais aussi de la sanction disciplinaire. Contrairement à ce que soutient le CNAPS, le tribunal n'a pas fait une inexacte appréciation des circonstances particulières de la poursuite sans autorisation, pour une durée limitée, d'une activité dont la cessation était proche, en estimant que la sanction d'interdiction d'exercice d'une durée de deux ans et la pénalité financière de 12 000 euros présentaient un caractère disproportionné.
7. Il résulte de ce qui précède que le CNAPS n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a annulé la délibération de la CNAC du 22 mai 2018 en tant qu'elle a prononcé à l'encontre de M. B une sanction disciplinaire et une pénalité financière disproportionnées.
8. Le CNAPS, qui est la partie perdante, n'est pas fondé à demander l'allocation d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances
de l'espèce, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B à l'occasion du présent litige.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête du CNAPS est rejetée.
Article 2 : Le CNAPS versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de
l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au Conseil national des activités privées de sécurité
et à M. C B.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Catherine Girault, présidente,
Mme Anne Meyer, présidente-assesseure,
M. Olivier Cotte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La rapporteure,
Anne A
La présidente,
Catherine GiraultLa greffière,
Virginie Guillout
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026