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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02493

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02493

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02493
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantVERDIER JACQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux du 20 avril 2018 confirmant la sanction prononcée le 21 mars 2018 par le président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré de quatorze jours de cellule disciplinaire dont six avec sursis, et de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices subis.

Par un jugement n° 1801177 du 4 juin 2020, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2020, M. C, représenté par Me Verdier, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 4 juin 2020 ;

2°) d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux du 20 avril 2018 ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de son placement en quartier disciplinaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure en ce que le compte-rendu d'incident qui permet l'engagement de la procédure disciplinaire n'est pas signé, de sorte que cet acte est inexistant ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure en raison d'une méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale ; la convocation devant la commission de discipline ne précise pas la qualification juridique appropriée des faits reprochés ; cette irrégularité, qui n'a pas été rectifiée par la tenue d'une nouvelle séance de la commission de discipline avec l'envoi, vingt-quatre heures auparavant, d'une convocation régulière, méconnaît les droits de la défense et entache nécessairement la décision prise sur recours ;

- les faits reprochés ont été inexactement qualifiés, la détention d'un téléphone portable devant être regardée comme une infraction du premier degré et non du second degré ;

- sa demande indemnitaire est recevable dès lors que la condition de liaison du contentieux ne lui est pas opposable, le préjudice qu'il subit résultant de l'illégalité de la décision dont il demande l'annulation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable ; la circonstance qu'elles ont été présentées dans la même instance que celle où il est demandé l'annulation de la sanction n'est pas de nature à dispenser l'intéressé de l'obligation de lier le contentieux ;

- aucune disposition n'impose que le nom ou la signature de l'agent auteur du compte-rendu d'incident figure sur celui-ci ; l'occultation de son nom est autorisée par les dispositions de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale ; sa qualité figure en revanche sur le compte-rendu ; les pièces produites permettent de s'assurer de la régularité de la composition de la commission de discipline ;

- la nouvelle qualification juridique des faits relatifs à la détention d'espèces retenue par les membres de la commission de discipline n'est pas de nature à avoir méconnu le principe du contradictoire, dès lors que la décision en litige ne la retient pas ; la faute retenue par le directeur interrégional des services pénitentiaires justifiait à elle seule la sanction prononcée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E B,

- les conclusions de Mme Kolia Gallier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, alors incarcéré à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, a fait l'objet, le 21 mars 2018, d'une sanction de quatorze jours de cellule disciplinaire, dont six avec sursis, après la découverte, lors de la fouille de sa cellule, d'un téléphone portable, d'un chargeur de téléphone et de deux billets de cinquante euros. Il a exercé contre cette décision de la commission de discipline le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur. Par décision du 20 avril 2018, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a rejeté son recours et confirmé la sanction. Par le jugement du 4 juin 2020 dont M. C relève appel, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande d'annulation de cette dernière décision, ainsi que sa demande indemnitaire.

Sur la légalité de la décision du 20 avril 2018 :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. () ". L'institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En outre, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

3. Aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

4. La circonstance que le compte-rendu d'incident établi le 15 mars 2018 ne soit pas signé par son auteur est sans incidence sur la légalité de la décision prise au terme de la procédure. Au demeurant, aucune disposition n'impose une telle signature. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est l'auteur de ce document et dont le nom a été occulté par l'administration, n'a pas siégé au sein de la commission de discipline qui a eu à connaître des faits reprochés à M. C.

5. Aux termes des dispositions du I de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la convocation de M. C devant la commission de discipline retenait, comme fondement des poursuites, les dispositions du 10° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale. Si la commission de discipline y a ajouté, dans sa décision du 21 mars 2018, deux autres fondements, à savoir les dispositions du 9° de l'article R. 57-7-2 et celles du 7° de l'article R. 57-7-1, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a, à la suite du recours administratif de M. C, réformé la décision sur ce point, au motif que le détenu n'avait pas été mis en mesure de préparer sa défense sur ces deux nouvelles qualifications. Cette dernière décision s'étant substituée à la décision de la commission de discipline, M. C n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées du I de l'article R. 57-7-16 auraient été méconnues.

7. Aux termes de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : () 10° De détenir des objets ou substances interdits par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement ou par toute autre instruction de service ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service, hors les cas prévus aux 7°, 8° et 9° de l'article R. 57-7-1 () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 de ce code, alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion d'une fouille de la cellule de M. C réalisée le 15 mars 2018, il a été découvert, dans le double fond de son bureau, un téléphone portable avec son chargeur, ainsi que deux billets de cinquante euros. La détention d'argent ou d'un téléphone portable est interdite en détention, en application de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale prévoyant le règlement intérieur type des établissements pénitentiaires. Ces faits sont constitutifs d'une faute disciplinaire de 2ème degré, sans qu'ait d'incidence la circonstance que la possession d'un téléphone portable, considéré comme un objet dangereux, aurait également pu justifier une faute disciplinaire de premier degré. Par suite, les faits reprochés n'ont pas été inexactement qualifiés.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté ses conclusions aux fins d'annulation.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Pour rejeter la demande indemnitaire présentée par M. C, les premiers juges se sont fondés sur l'absence de liaison du contentieux faute de demande préalable. Il ressort toutefois du recours administratif reçu par le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux le 27 mars 2018 que M. C avait présenté une demande tendant au versement d'une indemnité en raison du préjudice subi. Par suite, M. C est fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté ses conclusions indemnitaires pour irrecevabilité.

11. Il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par M. C devant le tribunal administratif de Poitiers.

12. Il résulte de ce qui précède que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux du 20 avril 2018 n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité en réparation du préjudice qu'il aurait subi du fait de l'illégalité de cette décision.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande d'annulation de la décision du 20 avril 2018, ni à demander le versement d'une indemnité.

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 4 juin 2020 est annulé en tant qu'il a rejeté pour irrecevabilité les conclusions indemnitaires présentées par M. C.

Article 2 : La demande indemnitaire présentée par M. C en première instance et le surplus de ses conclusions d'appel sont rejetés.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Catherine Girault, présidente,

Mme Anne Meyer, présidente assesseure,

M. Olivier Cotte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

Olivier B

La présidente,

Catherine Girault

La greffière,

Virginie Guillout

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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