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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02705

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02705

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02705
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET TARAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C et Mme F C ont demandé au tribunal administratif de Poitiers de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2011 ainsi que des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 1702304 du 23 juin 2020, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 août 2020 et 19 avril 2021, M. et Mme C, représentés par Me Taran, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Poitiers du 23 juin 2020 ;

2°) de prononcer la décharge des impositions contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration a taxé une plus-value inexistante au moment du décès de M. G, père de Mme C, et n'a pas adressé la proposition de rectification du 17 décembre 2014 et la réponse aux observations du contribuable du 29 janvier 2015 au bon destinataire et a, ainsi méconnu le 2 de l'article 204 du code général des impôts ;

- la rectification en litige aurait dû être effectuée, non pas sur l'impôt dû au titre de leurs revenus, mais relevait d'une imposition complémentaire due par M. et Mme G.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars et 4 juin 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et qu'en tout état de cause, en vertu du principe de l'annualité de l'impôt, M. et Mme C sont redevables de l'imposition en litige au titre de l'année 2011.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Gueguein, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 juillet 2007, M. et Mme D G ont apporté à la SARL Gérard G un fonds de commerce, dont la plus-value a été placée sous le régime du report d'imposition prévu à l'article 151 octies du code général des impôts. Suite au décès de M. D G intervenu le 28 juin 2011, Mme F C, fille de M. et Mme G, a reçu, dans le cadre de la succession, 75 % des parts sociales que M. G possédait dans la SARL Gérard G. A l'issue d'un contrôle sur pièces, une proposition de rectification a été adressée à Mme C et M. B C, son époux, le 17 décembre 2014, l'administration considérant que Mme C ne bénéficiait plus, lors de la cession à titre gratuit de ses parts, du report d'imposition prévu à l'article 151 octies dès lors qu'elle ne s'était pas engagée, dans la déclaration de succession du 23 décembre 2011, à acquitter l'impôt sur la plus-value afférente aux titres cédés à la date d'un évènement ultérieur. L'administration a mis à la charge des époux C, au titre de l'année 2011, une imposition supplémentaire, au titre de la plus-value professionnelle, d'un montant de 67 991euros. M. et Mme C relèvent appel du jugement du 23 juin 2020, par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leur demande tendant à la décharge, intérêts de retard et pénalités compris, de cette cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 204 du code général des impôts : " 1. Dans le cas de décès du contribuable ou de l'un ou l'autre des époux soumis à une imposition commune, l'impôt sur le revenu est établi en raison des revenus dont le défunt a disposé pendant l'année de son décès et des bénéfices industriels et commerciaux réalisés depuis la fin du dernier exercice taxé. () 2. La déclaration des revenus imposables en vertu du présent article est produite par les ayants droit du défunt. () Les demandes d'éclaircissements et de justifications prévues par les articles L 10 et L 16 du livre des procédures fiscales ainsi que les propositions de rectification mentionnées à l'article L 57 du même livre peuvent être valablement adressées à l'un quelconque des ayants droit ou des signataires de la déclaration de succession. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'imposition sur le revenu, qui est due annuellement, est régulièrement établie, après le décès du contribuable, au nom de ses ayants droit. Par suite, et quel que soit le fait générateur ayant déclenché l'imposition due par M. et Mme C au titre de l'année 2011, c'est sans commettre d'irrégularité que l'administration a adressé la proposition de rectification à M. et Mme C, A C ne contestant pas avoir la qualité d'héritière de M. G comme le soutient l'administration sans être contestée. Ainsi, c'est également à bon droit que cette imposition complémentaire a été établie au nom du foyer fiscal de Mme C. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'administration aurait confondu le redevable et le contribuable doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

4. Aux termes de l'article 151 octies du code général des impôts : " I. Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies et réalisées par une personne physique à l'occasion de l'apport à une société soumise à un régime réel d'imposition d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité peuvent bénéficier des dispositions suivantes : a. L'imposition des plus-values afférentes aux immobilisations non amortissables fait l'objet d'un report jusqu'à la date de la cession, du rachat ou de l'annulation des droits sociaux reçus en rémunération de l'apport de l'entreprise ou jusqu'à la cession de ces immobilisations par la société si elle est antérieure. Toutefois, en cas de transmission à titre gratuit à une personne physique des droits sociaux rémunérant l'apport ou de la nue-propriété de ces droits, le report d'imposition est maintenu si le bénéficiaire de la transmission prend l'engagement d'acquitter l'impôt sur la plus-value à la date où l'un des événements prévus à la phrase précédente se réalise ; () ".

5. Il résulte de l'instruction que M. et Mme G ont apporté le 12 juillet 2007, de leur entreprise personnelle à la SARL Gérard G, un fonds de commerce dont la valeur nette s'élevait à 879 160 euros, apport rémunéré par l'attribution de 87 916 parts sociales de 10 euros chacune. A la suite de cet apport, le capital, porté à 887 160 euros, soit 88 716 parts de 10 euros, était réparti à raison de 44 158 parts pour M. G, 44 158 pour Mme G et 400 parts pour Mme C. Aux termes du traité d'apport, les apporteurs, M. et Mme G, et la bénéficiaire de l'apport, la SARL Gérard G, ont déclaré opter pour le régime spécial des plus-values prévu à l'article 151 octies du code général des impôts. En conséquence, l'imposition de la plus-value sur bien non amortissable qui s'élevait à 527 791 euros, a été reportée. Le 13 mai 2011, les associés de la SARL Gérard G ont procédé à une réduction du capital de la société de 443 580 euros en échangeant 88 716 parts sociales de 10 euros chacune entièrement libérées contre 44 358 parts sociales de même valeur entièrement libérées, puis ont ensuite procédé à une augmentation de capital de 280 000 euros par création de 28 000 parts nouvelles réparties entre les associés. Cette opération, qui a entraîné l'annulation des droits sociaux reçus par les époux G et leur fille, Mme C, en 2007, a mis fin au report de l'imposition de la plus-value en application des dispositions de l'article 151 octies du code général des impôts. Dans ces conditions, la réduction du capital opérée le 13 mai 2011, avant le décès de M. G intervenu le 28 juin 2011, constitue le fait générateur de l'imposition complémentaire mise à la charge de Mme C au titre de l'année 2011. Ainsi, les appelants sont fondés à soutenir que l'administration ne pouvait légalement fonder la taxation complémentaire en litige sur son non-engagement dans la déclaration de succession datée du 23 décembre 2011, actant la cession à titre gratuit au bénéfice de Mme C de 75 % des parts sociales détenus par M. G dans la société, dès lors qu'à cette date, le bénéfice du report était déjà éteint.

6. Toutefois, l'administration peut, à tout moment de la procédure, invoquer un nouveau motif de droit propre à justifier l'imposition, à la condition qu'une telle substitution n'ait pas pour effet de priver le contribuable d'une garantie.

7. En soutenant que même à considérer que le fait générateur de l'imposition en litige serait la réduction de capital, cette circonstance serait sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition de la plus-value au titre de l'année 2011 dès lors qu'en vertu du principe de l'annualité de l'impôt, l'impôt sur le revenu est dû chaque année en raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année, l'administration doit être regardée comme invoquant une substitution de motifs conduisant à retenir la réduction du capital opérée le 13 mai 2011 comme constituant le fait générateur de l'imposition complémentaire due au titre de l'année 2011 par les époux C. Ainsi, et alors qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce motif de report, qui justifie l'imposition comme il a été dit au point 5, et que les requérants n'ont pas été privés d'une garantie procédurale, la demande de substitution de motifs sollicitée doit être accueillie.

8. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Poitiers, par le jugement attaqué, a rejeté leur demande de décharge, intérêts et pénalités compris, de la cotisation supplémentaire d'impôt à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2011.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. et Mme C de la somme qu'ils demandent sur ce fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et Mme F C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée pour information au directeur du contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Elisabeth Jayat, présidente,

Mme Claire Chauvet, présidente-assesseure,

Mme Nathalie Gay, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Claire E

La présidente,

Elisabeth Jayat

La greffière,

Virginie Santana

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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