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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02840

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02840

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02840
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSELARL MDMH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D a demandé au tribunal administratif de la Réunion de porter le taux de la pension militaire d'invalidité qui lui a été accordée par arrêté du 30 octobre 2017 à 50 % au titre du syndrome post-traumatique et d'ordonner une expertise avant dire droit pour les infirmités résultant de la blessure reçue au dos lors de l'accident dont il a été victime le 27 février 2001.

Par un jugement n° 1901575 du 29 juin 2020, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août 2020 et 22 juin 2021, M. D, représenté par Me Moumni, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de la Réunion du 29 juin 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté ministériel du 30 octobre 2017 en tant qu'il rejette sa demande de révision de sa pension ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit ;

4°) d'enjoindre au ministre des armées de fixer le taux d'invalidité au titre du syndrome post-traumatique à 50 % ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 10 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête d'appel est recevable ;

- le jugement est insuffisamment motivé en droit ;

- les pièces médicales produites, et notamment l'expertise subie le 24 avril 2017, démontrent l'aggravation de son syndrome post-traumatique ; cette dernière expertise ne saurait être écartée au motif qu'elle a été établie plus d'un an après la demande, dès lors qu'elle a été rendue dans le cadre de l'instruction de sa demande par l'administration et qu'aucune disposition n'impose de délai pour sa réalisation ; il présente désormais un syndrome dépressif qu'il n'avait pas en 2015 ;

- la ministre ne renverse par la présomption d'imputabilité au service, découlant des dispositions de l'article L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité, pour les lombo-sciatalgies chroniques apparues à la suite d'une chute ayant occasionné un arrêt de travail de cinq mois.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 17 mai 2021 et 12 juillet 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'évaluation d'une infirmité se fait par comparaison entre la gêne fonctionnelle objectivée à la date de la demande et celle décrite dans les expertises antérieures ; ainsi que l'ont jugé les premiers juges, le syndrome dépressif est en lien avec les troubles de la personnalité déjà identifiés en 2015, et l'arrêté qui a refusé de les reconnaître imputables est devenu définitif ; le syndrome post-traumatique ne s'est pas aggravé ;

- l'infirmité relative aux lombo-sciatalgies est sans lien direct avec le service eu égard aux antécédents de M. D, tout comme l'infirmité relative aux séquelles de tassement traumatique de L1.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C A,

- les conclusions de Mme Kolia Gallier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né en 1967, s'est engagé dans l'armée de terre au 1er juin 1985 et a été radié des cadres, après avoir participé à de nombreuses opérations extérieures, le 31 août 2006 au grade de caporal-chef. Une pension militaire d'invalidité lui a été concédée, par arrêté du 19 octobre 2015, au taux de 50 % pour deux infirmités : " colite chronique " (taux de 30 %) en lien avec un séjour au Tchad et " syndrome post-traumatique. Flashs épisodiques, troubles du sommeil et conduite d'évitement " (taux de 20 %) à la suite d'une mission en ex-Yougoslavie. Le 25 mai 2016, il a demandé une révision de sa pension pour aggravation de l'infirmité liée au syndrome post-traumatique et pour reconnaissance de nouvelles infirmités, " lombo-sciatalgies chroniques " et " séquelles de tassement traumatique de L1 ", en lien avec un accident survenu le 27 février 2001. Par arrêté du 30 octobre 2017, la ministre des armées a maintenu sa pension militaire au taux de 50 % pour les deux infirmités déjà pensionnées. Par jugement du 29 juin 2020, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté la demande de M. D de porter le taux de la pension militaire d'invalidité à 50 % au titre du syndrome post-traumatique et d'ordonner une expertise avant dire droit pour les infirmités résultant de la blessure reçue au dos lors de l'accident dont il a été victime le 27 février 2001. M. D relève appel de ce jugement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Le jugement attaqué cite les dispositions des articles L. 2, L. 4 et L. 29 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, puis écarte, d'une part, la demande tendant à la révision de la pension attribuée en raison du syndrome post-traumatique en raison de l'absence de preuve d'une aggravation et, d'autre part, la demande d'expertise pour une nouvelle infirmité liée à un accident survenu le 27 février 2001, au motif que les lombo-sciatalgies chroniques ne sont pas en lien direct avec cet accident et qu'il n'est pas établi que le taux nul retenu pour les séquelles traumatiques de L1 devrait faire l'objet d'une révision. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait irrégulier car insuffisamment motivé, notamment en droit.

Sur l'aggravation de l'infirmité " syndrome post-traumatique " :

3. Aux termes de l'article L. 29 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, alors en vigueur : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. () ".

4. Il résulte de l'instruction que le ministre a maintenu le taux de 20 % attribué à l'infirmité " syndrome post-traumatique. Flashs épisodiques, troubles du sommeil et conduite d'évitement ", au motif que l'aggravation constatée était en relation médicale avec une infirmité distincte, relative à une " anxiété réactionnelle à des problèmes actuels d'ordre familiaux et professionnels sur terrain de personnalité dépendante ", qui a déjà fait l'objet d'un rejet en 2015. Si le médecin consulté par l'administration à propos d'une révision du taux de pension a effectivement relevé que des troubles de la personnalité ont sans doute été accentués du fait du désarroi lié à la névrose traumatique, il a également confirmé le diagnostic de stress post traumatique en relevant que ce syndrome mettra beaucoup de temps à s'amender et qu'il n'est pas certain qu'il puisse disparaître en totalité, et noté un retentissement thymique qui s'est mué en syndrome dépressif constitué et des symptômes importants avec une douleur morale, une impression d'anesthésie affective et une inhibition assez intense. Il conclut à un taux d'invalidité de 50 % compte tenu d'un état de stress post traumatique qui s'est grandement aggravé avec le retour à la vie civile. Ce diagnostic, posé alors même que M. D a obtenu, après plusieurs années d'attente, sa mutation professionnelle à la Réunion, et qu'il ne résulte pas de l'instruction que ses problèmes professionnels au sein de l'éducation nationale, relevés en 2015, seraient encore d'actualité à la date de sa demande, caractérise, contrairement à ce qu'a estimé la ministre, une aggravation de l'infirmité pensionnée depuis le 19 octobre 2015, exclusivement imputable au service. La circonstance que cet examen médical a été réalisé plus d'un an après la demande de révision de la pension n'est pas imputable à M. D, mais à l'administration qui, au demeurant, n'apporte aucun élément susceptible d'établir que ce diagnostic ne correspondrait pas à l'état de santé de M. D au jour de la demande. Ainsi, M. D est fondé à demander que le taux de cette infirmité soit porté à 50 %.

Sur les nouvelles infirmités :

5. Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, alors en vigueur : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service () ".

6. Si M. D soutient que les lombo-sciatalgies chroniques et les séquelles de tassement traumatique de L1 dont il souffre sont la conséquence d'une chute de hauteur survenue le 27 février 2001 au Kosovo, ayant entraîné une fracture corporéale de la première vertèbre lombaire, il ressort de l'expertise menée le 4 février 2017 et de son livret médical que M. D avait comme antécédents une dystrophie rachidienne de croissance (maladie de Scheuermann) entraînant des remaniements vertébraux dorsaux et lombaires, une lésion post-traumatique de L1 en décembre 1986, un pincement discal L5-S1 et un discret tassement séquellaire de L1 constatés en novembre 1994, ainsi que des lésions arthrosiques pluriétagées. Au surplus, le scanner réalisé à la suite de l'accident n'a pas révélé de lésion osseuse. Selon l'avis du médecin militaire, le compte-rendu d'hospitalisation du 6 au 8 mars 2001 à l'hôpital Laveran à Marseille fait état de l'absence de lésion consécutive à la chute survenue le 27 février 2001. Il ne résulte pas de l'instruction que les infirmités dont M. D se prévaut seraient en lien direct avec l'accident du 27 février 2001. Dans ces conditions, en l'absence notamment de lien de causalité établi entre l'accident et les infirmités alléguées, M. D ne peut se prévaloir de la présomption d'imputabilité au service prévue à l'article L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise sur le taux d'invalidité estimé par le médecin militaire inférieur à 10 %, la ministre des armées n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 2 précité en refusant d'admettre de nouvelles infirmités au titre du droit à pension.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté sa demande tendant à ce que le taux de la pension militaire d'invalidité au titre du syndrome post-traumatique soit porté à 50 %.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent arrêt implique que la pension militaire d'invalidité de M. D soit liquidée en tenant compte d'un taux de 50 % pour l'infirmité " syndrome post-traumatique. Flashs épisodiques, troubles du sommeil et conduite d'évitement ", à compter du 25 mai 2016, date de la demande. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre des armées d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Sur les frais liés au litige :

9. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Moumni de la somme de 1 500 euros.

DECIDE :

Article 1er : Le taux de l'infirmité " syndrome post-traumatique. Flashs épisodiques, troubles du sommeil et conduite d'évitement " est porté de 20 % à 50 %.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de liquider la pension militaire d'invalidité de M. D à compter du 25 mai 2016, en tenant compte d'un taux de 50 % pour l'infirmité mentionnée à l'article 1er, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 : Le jugement du tribunal administratif de la Réunion du 29 juin 2020 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 4 : L'Etat versera à Me Moumni la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de M. D est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D, au ministre des armées et à Me Moumni.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Catherine Girault, présidente,

Mme Anne Meyer, présidente assesseure,

M. Olivier Cotte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2022.

Le rapporteur,

Olivier A

La présidente,

Catherine Girault

La greffière,

Virginie Guillout

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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