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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02846

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02846

mardi 11 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02846
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantGERNEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 19 mars 2018 et du 4 octobre 2018 et l'avenant n°1 du 14 septembre 2018 à la convention du 29 juillet 2015 par lesquels le ministre de l'intérieur l'a maintenu en position de mise à disposition, à temps plein, auprès du préfet de la Gironde, en tant qu'ils lui refusent le bénéfice de la bonification spéciale de retraite accordée aux fonctionnaires actifs de la police nationale.

Par un jugement n° 1805420 du 22 juin 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé les arrêtés du 19 mars 2018 et du 4 octobre 2018 ainsi que l'avenant du 18 septembre 2018 en tant qu'ils prévoient que M. B ne bénéficie pas de la bonification spéciale de retraite dite " bonification du cinquième " et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2020, le ministre de l'intérieur demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 22 juin 2020 du tribunal administratif de Bordeaux ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ; le tribunal n'a pas explicité le raisonnement l'ayant conduit à estimer que la bonification du cinquième ne constituait pas une législation indépendante de la loi du 11 janvier 1984 et à rejeter sa demande de substitution de base légale ;

- il résulte des termes de la loi du 8 avril 1957 que le législateur a entendu attribuer, à titre d'avantage spécial, une bonification de retraite aux seuls fonctionnaires exerçant effectivement leurs fonctions dans les services actifs de la police nationale, en vue de compenser la pénibilité qui s'attache à l'exercice de ces fonctions ; si un fonctionnaire mis à disposition est réputé occuper son emploi, il ne satisfait cependant pas à la condition d'exercice effectif dans un service actif de la police nationale ; le tribunal a ainsi commis une erreur de droit en jugeant que les dispositions de la loi du 11 janvier 1984 n'étaient pas indépendantes de celles de la loi du 8 avril 1957 ; le législateur n'a jamais entendu faire bénéficier la bonification du cinquième aux fonctionnaires de police mis à disposition dans un service autre qu'un service actif de la police nationale ;

- le maintien des avantages spéciaux au profit des agents détachés résulte des dispositions de l'article L. 73 du code des pensions civiles et militaires de retraite ; aucune disposition analogue n'a cependant été prévue pour les fonctionnaires mis à la disposition d'une autre administration ;

- il sollicite une substitution de base légale, la même décision étant légalement fondée sur les dispositions de l'article 1er de la loi du 8 avril 1957, et une substitution de motif, M. B n'ayant pas effectivement exercé ses fonctions en position d'activité dans des services actifs de la police nationale durant la période de mise à disposition ; contrairement à ce qu'a estimé le tribunal, il aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur la base légale et le motif appropriés ; le silence de l'arrêté initial de mise à disposition quant à la bonification en cause ne saurait être interprété comme valant maintien de cette bonification au titre de la période de mise à disposition ;

- il reprend l'argumentation développée en première instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2021, M. B, représenté par Me Gernez, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est suffisamment motivé ;

- une convention de mise à disposition n'a pas pour objet de modifier le statut du fonctionnaire au regard de ses droits à pension, l'agent demeurant dans son corps d'origine et étant réputé occuper son emploi ; la bonification particulière accordée aux fonctionnaires actifs de la police nationale n'est pas exclue lorsque lesdits fonctionnaires sont placés en position administrative de mise à disposition, ainsi que l'a d'ailleurs jugé la cour administrative de Lyon ;

- la bonification spéciale de retraite instituée par la loi du 8 avril 1957 ne constitue pas une législation indépendante de la loi du 11 janvier 1984 ; le raisonnement par analogie avec la situation des fonctionnaires détachés proposée par le ministre est erronée ; la position de détachement, dans laquelle le fonctionnaire est placé hors de son corps d'origine, ne saurait se confondre avec celle de mise à disposition ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle des dispositions spécifiques ont prévu le maintien, sous conditions, de la bonification au bénéfice des fonctionnaires détachés ;

- le tribunal a rejeté à juste titre la demande de substitution de base légale demandée en première instance ; le fondement légal invoqué par le ministre ne saurait fonder le refus de maintien de bonification en litige ; comme l'a relevé le tribunal, la

suppression de cette bonification est intervenue plus de trois ans après le début de la mise à disposition.

Par une ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2022.

Par un courrier du 14 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande de première instance.

Par un mémoire enregistré le 16 septembre 2022, M. B a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite

- la loi n° 57-444 du 8 avril 1957 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 54-832 du 13 août 1954 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D A,

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, commandant de la police nationale, a, par arrêté du ministre de l'intérieur du 29 juillet 2015, été mis à disposition du préfet de la région Gironde du 1er septembre 2014 au 31 août 2017 pour exercer les fonctions de délégué du préfet dans les quartiers de la rive gauche de l'agglomération bordelaise. Par des arrêtés du ministre de l'intérieur des 19 mars et 4 octobre 2018, cette mise à disposition a été renouvelée pour la période du 1er septembre 2017 au 31 août 2020 et un avenant à la convention de mise à disposition signé 14 septembre 2018. Par un jugement du 22 juin 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a, sur la demande de M. B, annulé ces arrêtés des 19 mars et 4 octobre 2018 et cet avenant en tant qu'ils prévoient que l'intéressé ne bénéficie pas de la bonification spéciale de retraite prévue à l'article 1er de la loi du 8 avril 1957 instituant un régime particulier de retraites en faveur des personnels actifs de la police. Le ministre de l'intérieur relève appel de ce jugement.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 8 avril 1957 instituant un régime particulier de retraites en faveur des personnels actifs de la police : " Les agents des services actifs de police de la préfecture de police, soumis à la loi n° 48-1504 du 28 septembre 1948 dont la limite d'âge était, au 1er décembre 1956, égale à cinquante-cinq ans, bénéficient, à compter du 1er janvier 1957, s'ils ont droit à une pension d'ancienneté ou à une pension proportionnelle pour invalidité ou par limite d'âge, d'une bonification pour la liquidation de ladite pension, égale à un cinquième du temps qu'ils ont effectivement passé en position d'activité dans des services actifs de police. Cette bonification ne pourra être supérieure à cinq annuités () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " I - Dans la limite maximum d'une proportion de 20 p.100 de l'effectif des personnels satisfaisant, au 1er janvier de l'année considérée, aux conditions prévues au paragraphe II ci-dessous, pourront annuellement être admis à la retraite, sur leur demande, avec attribution d'une pension d'ancienneté, les agents appartenant aux catégories énumérées à l'article 1er, premier alinéa. / II - Les agents visés au paragraphe I devront justifier, au 1er janvier de l'année considérée, de vingt-cinq années de services effectifs ouvrant droit aux bonifications précitées ou de services militaires obligatoires et se trouver à moins de cinq ans de la limite d'âge de leur grade ". L'emploi de commandant de police figure à la rubrique 7688 du tableau de la catégorie active établi par décret en Conseil d'État du 13 août 1954 et annexé au code des pensions civiles et militaires de retraite.

3. La bonification spéciale de retraite prévue par les dispositions précitées n'entre dans aucun des cas pour lesquels les textes relatifs au régime des pensions civiles et militaires de retraite prévoient une procédure de validation détachable de la liquidation de la pension. Ainsi, c'est seulement à l'occasion de la liquidation de sa pension de retraite que M. B sera, le cas échéant, recevable à demander le bénéfice de cette bonification. Dès lors, les arrêtés et avenant en litige, qui se bornent à informer M. B qu'il ne pourra pas bénéficier de cette bonification au titre de la période de sa mise à disposition, ne lui font pas grief. Sa demande présentée devant le tribunal administratif n'était, par suite, pas recevable.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué ni sur les autres moyens de la requête, que le ministre de l'intérieur et des Outre-mer est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé ses arrêtés du 19 mars 2018 et du 4 octobre 2018 ainsi que l'avenant du 18 septembre 2018 en tant qu'ils prévoient que M. B ne bénéficie pas de la bonification spéciale de retraite dite " bonification du cinquième ".

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 1805420 du 22 juin 2020 du tribunal administratif de Bordeaux est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Bordeaux et ses conclusions d'appel sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à M. C B.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

Marie-Pierre Beuve A

Le président,

Didier Artus

Le greffier,

Anthony Fernandez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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