jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX03083 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre bis (formation à 3) |
| Avocat requérant | SCP MOREAU NASSAR HAN KWAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'une part, d'annuler la décision du maire du Port du 21 juillet 2017 refusant de proposer son inscription au tableau annuel d'avancement de grade pour l'année 2017, et la décision du 19 mars 2018 rejetant son recours gracieux et, d'autre part, d'enjoindre à la commune du Port de procéder à son inscription rétroactive sur le tableau d'avancement pour l'année 2017.
Par un jugement n° 1800385 du 11 juin 2020, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2020, M. C, représenté par Me Han Kwan, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 11 juin 2020 du tribunal administratif de La Réunion ;
2°) d'annuler les décisions des 21 juillet 2017 et 19 mars 2018 ayant refusé son inscription au tableau annuel d'avancement de grade pour l'année 2017 ;
3°) d'enjoindre à la commune du Port de procéder à son inscription rétroactive sur le tableau d'avancement pour l'année 2017 ;
4°) de mettre à la charge de la commune du Port la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les premiers juges ont omis de se prononcer sur l'insuffisance de motivation des décisions attaquées ; ce faisant, ils ont méconnu l'article L. 9 du code de justice administrative ;
- aucun tableau d'avancement au grade d'adjoint technique territorial principal de 2ème classe pour 2017 n'a été publié et porté à sa connaissance, et il n'a pas davantage été informé du refus d'inscription et des délais et voies de recours ; sa requête est donc recevable à l'encontre de la décision en litige, qui lui fait grief dès lors qu'un agent public est recevable à contester le refus de l'inscrire sur un tableau d'avancement qui ne comporte pas le nombre maximal d'agents susceptibles d'être promouvables ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées quant aux raisons qui ont conduit l'administration à ne pas l'inscrire au tableau d'avancement ;
- la commission administrative paritaire (CAP) n'a pas disposé des documents nécessaires à sa complète information sur sa valeur professionnelle, en violation de l'article 35 du décret du 17 avril 1989 et de l'article 8 du décret du 16 décembre 2014, dès lors qu'elle n'a pas été destinataire des compte-rendu d'entretien professionnel des années 2009 à 2014 ni de ceux postérieurs à 2014 en raison de l'absence de tout entretien ; la commune n'établit pas avoir fourni à la CAP les éléments d'appréciation et les éléments factuels sur lesquels elle s'est fondée pour établir ses propositions ;
- alors qu'il était le seul candidat remplissant les conditions statutaires pour l'avancement au grade d'adjoint technique territorial principal de 2ème classe pour la procédure au choix au titre de l'année 2017, le refus de la commune est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; il n'est en effet pas justifié, alors d'une part, que n'ayant effectué aucun entretien professionnel depuis plus de trois ans, elle n'a pas pu procéder à un examen de sa valeur professionnelle, et d'autre part, que ses évaluations antérieures sont très bonnes ; il n'a jamais fait l'objet d'aucune sanction, l'avertissement du 3 octobre 2016, au demeurant fondé sur ses activités syndicales, n'ayant pas été inscrit à son dossier individuel ; le refus attaqué est en réalité fondé sur des critères étrangers à ses mérites professionnels ;
- les décisions contestées sont entachées de détournement de pouvoir, car fondées sur son activité syndicale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B D,
- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, est adjoint technique territorial de 2ème classe au sein de la commune du Port (La Réunion) où il exerce les fonctions de conseiller de prévention depuis le 1er juillet 2013. Par une décision du 21 juillet 2017, confirmée le 19 mars 2018 en réponse à un recours gracieux, la commune a refusé de proposer l'inscription de M. C au tableau d'avancement au grade d'adjoint technique territorial principal. M. C relève appel du jugement rendu le 11 juin 2020 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 21 juillet 2017 et du 19 mars 2018.
Sur les fins de non-recevoir :
2. Le juge d'appel, auquel est déféré un jugement ayant rejeté au fond des conclusions sans que le juge de première instance ait eu besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées devant lui, ne peut faire droit à ces conclusions qu'après avoir écarté expressément ces fins de non-recevoir, alors même que le défendeur, sans pour autant les abandonner, ne les aurait pas reprises en appel.
3. La commune du Port avait soulevé devant les premiers juges une fin de non-recevoir tirée de ce que M. C n'était pas recevable à demander l'annulation d'un tableau d'avancement en tant qu'il n'y figure pas, dès lors que seul le tableau d'avancement lui-même est attaquable en raison de son caractère indivisible. Cependant, il est constant que M. C était le seul candidat remplissant les conditions statutaires pour obtenir la promotion au grade convoité au titre de l'année 2017 et que l'administration n'a élaboré aucun tableau d'avancement. Dans ces conditions, M. C est recevable à contester devant le juge de l'excès de pouvoir les décisions du 21 juillet 2017 et du 19 mars 2018 par lesquelles le maire du Port a refusé de le proposer à l'inscription au tableau d'avancement, qui ne présentent pas le caractère de mesures préparatoires.
4. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par la commune du Port ne peuvent qu'être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. D'une part, aux termes de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. () Il a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents ; / 2° Soit par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après une sélection par voie d'examen professionnel () ". ". Aux termes de l'article 80 de la même loi : " Le tableau annuel d'avancement mentionné au 1° et au 2° de l'article 79 est arrêté par l'autorité territoriale dans les conditions fixées par chaque statut particulier () ".
6. D'autre part, en vertu de l'article 34 du décret du 17 avril 1989, relatif aux commissions administratives paritaires des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, les commissions administratives paritaires sont consultées préalablement à l'établissement des tableaux d'avancement. Aux termes de l'article 35 du même décret : " Toutes facilités doivent être données aux commissions administratives paritaires par les collectivités et établissements pour leur permettre de remplir leurs attributions. En outre, communication doit leur être donnée de toutes les pièces et documents nécessaires à l'accomplissement de leur mission () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Pour l'établissement du tableau d'avancement prévu à l'article 80 de la loi du 26 janvier 1984 () il est procédé à une appréciation de la valeur professionnelle du fonctionnaire, compte tenu notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ; / 2° Des propositions motivées formulées par le chef de service ; / 3° Et, pour la période antérieure à la mise en place de l'entretien professionnel, des notations. / Les fonctionnaires sont inscrits au tableau d'avancement par ordre de mérite ou sur la liste d'aptitude. () ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'inscription au tableau d'avancement, qui ne constitue pas un droit, relève d'une appréciation comparée et approfondie des seuls mérites et de la qualité des services des agents promouvables. A cette fin, l'administration doit procéder à la consultation préalable de la commission administrative paritaire et mettre ainsi à la disposition de cette instance les éléments d'information nécessaires à l'appréciation des mérites des agents susceptibles d'être inscrits au tableau.
8. Il ressort des pièces du dossier que la commune s'est bornée, devant les premiers juges, à produire une pièce intitulée " avancement de grade 2017 ", sur laquelle figure le seul nom de M. C accompagnée d'un avis du chef de service ainsi libellé : " Non. Agent qui est en mesure d'être plus opérationnel sur les missions de conseiller ", suivi des avis également défavorables du directeur, du directeur général adjoint et d'un simple visa du directeur général des services. A supposer que cette pièce ait été adressée à la commission administrative paritaire, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier, elle ne comporte pas d'éléments suffisamment précis qui aurait permis à cette instance de se prononcer en connaissance de cause sur les mérites de M. C.
9. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission administrative paritaire ait été destinataire de tout autre élément qui lui aurait permis de rendre un avis éclairé sur la situation de M. C qui soutient notamment, sans être contesté, n'avoir fait l'objet d'aucune évaluation professionnelle depuis 2014, soit au cours des trois années qui ont précédé la consultation, en 2017, de l'instance paritaire.
10. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la consultation de la commission administrative paritaire a été irrégulièrement effectuée, faute pour celle-ci d'avoir eu à sa disposition les éléments lui permettant d'émettre un avis éclairé sur son aptitude à l'avancement.
11. Dans la mesure où M. C était le seul agent de la commune du Port à pouvoir bénéficier d'un avancement de grade au titre de l'année 2017, l'irrégularité commise l'a privé d'une garantie. Cette irrégularité justifie l'annulation de la décision du maire portant refus d'inscription au tableau d'avancement.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué, que M. C est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande. Ce jugement doit être annulé ainsi que les décisions en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent arrêt, il y a seulement lieu d'enjoindre à la commune du Port de réexaminer la situation de M. C au titre de son inscription éventuelle au tableau d'avancement de grade d'adjoint technique territorial principal pour l'année 2017. Cet examen interviendra dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Port une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 1800385 du 11 juin 2020 du tribunal administratif de La Réunion est annulé.
Article 2 : Les décisions du 21 juillet 2017 et du 19 mars 2018 du maire de la commune du Port sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la commune du Port de réexaminer la situation de M. C au titre de son inscription éventuelle au tableau d'avancement au grade d'adjoint technique territorial principal pour l'année 2017 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : La commune du Port versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. C est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et à la commune du Port.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Frédéric Faïck, président,
Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,
Mme Pauline Reynaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
Florence D
Le président,
Frédéric Faïck
La greffière,
Angélique Bonkoungou
La République mande et ordonne au préfet de la Réunion en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026