jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX03098 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre bis (formation à 3) |
| Avocat requérant | BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
L'établissement public national à caractère industriel et commercial SNCF Réseau a saisi le tribunal administratif de Pau de deux demandes tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2018 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a retiré sa décision tacite de non-opposition à une déclaration préalable déposée pour l'installation d'une clôture, et s'est opposé à cette déclaration préalable.
Par un jugement n° 1801033, 1902011 du 10 juillet 2020, le tribunal a annulé l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il porte retrait de la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable déposée par SNCF Réseau et rejeté le surplus de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2020, la société anonyme SNCF Réseau, représentée par Me Boissy, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement n° 1801033, 1902011 du 10 juillet 2020 en tant qu'il rejette sa demande d'annulation de la décision d'opposition à déclaration préalable ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il porte opposition à déclaration préalable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que le tribunal a jugé que la requête de SNCF Réseau, enregistrée sous le n° 1902011, était tardive en faisant une application erronée de la décision du Conseil d'Etat, statuant au contentieux, n° 387763 du 13 juillet 2016 relative au délai raisonnable de recours fixé à un an sauf circonstances particulières ; le tribunal ne pouvait juger que la seule mention de l'avis défavorable de l'ABF dans les visas de la décision d'opposition à déclaration préalable permettait à SNCF Réseau d'avoir connaissance de cet avis ; il aurait dû tenir compte de circonstances particulières qui font obstacle au déclenchement du délai et qui résultent de l'absence de mention des voies et délais de recours et de l'absence de notification de l'avis de l'ABF;
- contrairement à ce qu'a jugé le tribunal, l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'était pas requis en application de l'article L. 621-30-II du code du patrimoine ; le projet n'est situé dans les abords d'aucun monument historique, lesquels se trouvent soit à plus de 500 mètres de ce projet, soit ne sont pas en situation de covisibilité vis-à-vis de celui-ci ; les éléments versés au dossier de première instance l'établissent pour chacun des monuments historiques concernés, à savoir les remparts et la prison des évêques, la maison de Mansart et l'église d'Uhart-Cize ; le tribunal a ainsi commis une erreur de fait dont il a déduit à tort que l'avis de l'ABF était requis ;
- au fond, la déclaration préalable en litige est illégale compte tenu de ses moyens soulevés en première instance.
Par ordonnance du 5 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 février 2022 à 12h00.
Le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a présenté un mémoire le 14 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- les autres pièces du dossier ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B A,
- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,
- et les observations de Me Dubois représentant SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 septembre 2017, SNCF Réseau a déposé un dossier de déclaration préalable, qu'elle a complété le 15 novembre 2017, prévoyant l'installation de clôtures pour sécuriser les emprises ferroviaires de la gare de Saint-Jean-Pied-de-Port. Par un arrêté du 31 janvier 2018, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé de s'opposer à ce projet. Puis, le 7 mars 2018, le préfet a retiré la décision de non-opposition tacite dont SNCF Réseau avait, selon lui, bénéficié le 15 janvier 2018, retiré son arrêté du 31 janvier 2018 et, conformément à l'avis défavorable au projet rendu par l'architecte des bâtiments de France, s'est opposé à la déclaration préalable.
2. Par une première requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Pau le 14 mai 2018 sous le n° 1801033, SNCF Réseau a demandé l'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 mars 2018 portant retrait de la décision de non-opposition tacite à la déclaration préalable et opposition à cette déclaration. Par une seconde requête, présentée au tribunal le 9 septembre 2019 et enregistrée sous le n° 1902011, SNCF Réseau, qui avait entre-temps saisi le préfet de région d'un recours contestant l'avis de l'architecte des bâtiments de France, a demandé également l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2018. Par un jugement du 10 juillet 2020, le tribunal administratif de Pau a annulé l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il a retiré la décision tacite de non-opposition, au motif qu'il n'avait pas été précédé d'une procédure contradictoire, et rejeté le surplus de la demande. SNCF Réseau relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande et sollicite de la cour l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il s'est opposé à sa déclaration préalable.
Sur la fin de non-recevoir retenue par le tribunal administratif de Pau :
3. Pour rejeter comme irrecevables les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il s'opposait à la déclaration préalable après l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, le tribunal a jugé que SNCF Réseau avait saisi tardivement le préfet de région du recours, organisé par l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, contre cet avis. Il en a déduit que cette mise en œuvre tardive d'un recours administratif préalable n'avait pas prorogé le délai de recours contentieux dont disposait SNCF Réseau à l'encontre de la décision en litige.
4. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". Aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, () la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. ".
5. Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être délivrées qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les décisions de non-opposition à déclaration préalable portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.
6. Au soutien de son moyen tiré de ce que son projet n'est pas concerné par le champ de protection de monuments historiques, et qu'en conséquence ni l'avis de l'architecte des bâtiments de France ni la saisine du préfet de région contre cet avis n'étaient requis, SNCF Réseau a produit, en première instance et en appel, des vues aériennes et des photographies. Il ressort de ces éléments que l'église d'Uhart-Cize se trouve à plus de cinq cents mètres du lieu d'implantation du projet en cause. Si, en revanche, les autres monuments historiques concernés, à savoir la Maison de Mansart, la Prison des Evêques et les Remparts, se situent à moins de cinq cents mètres du projet, les éléments produits au dossier par SNCF Réseau ne font pas apparaître l'existence d'une co-visibilité entre ces édifices et le projet, lesquels sont séparés entre eux par des îlots bâtis relativement denses qui s'étalent sur plusieurs centaines de mètres. Pas plus en première instance qu'en appel, l'Etat n'a produit d'éléments permettant d'estimer qu'en réalité, le projet en litige était bien visible depuis les monuments considérés ou en même temps que lui, une telle conclusion ne pouvant être déduite de la seule circonstance que l'architecte des bâtiments de France ait été consulté sur le projet en cause. Dans ces conditions, ni l'avis de l'architecte des bâtiments de France ni la saisine du préfet de région contre cet avis ne s'imposaient contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif de Pau.
7. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été notifiée à SNCF Réseau le 12 mars 2018 avec la mention des voies et délais de recours. En conséquence, SNCF Réseau disposait d'un délai franc de deux mois à compter du 12 mars 2018 pour demander l'annulation de cette décision conformément aux dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Dès lors que le dernier jour de ce délai était le dimanche 13 mai 2018, il a été prolongé jusqu'au premier jour ouvré suivant, soit le 14 mai 2018. La requête n° 1801033 ayant été présentée au tribunal administratif de Pau le 14 mai 2018 précisément, la fin de non-recevoir tirée de sa tardiveté doit être écartée.
8. Il résulte de ce qui précède que SNCF Réseau est fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Pau a rejeté comme tardives ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il s'opposait à sa déclaration préalable. Le jugement attaqué est, par suite, entaché d'irrégularité et il y a lieu, dès lors, d'annuler son article 2 et d'évoquer dans cette mesure.
Sur la légalité de l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il s'oppose à la déclaration préalable :
9. En premier lieu, le dossier de déclaration préalable déposé par SNCF Réseau comportait un formulaire renseignant le lieu d'implantation du projet, sa nature, une vue aérienne de ce lieu, un plan de situation, un plan de coupe ainsi qu'un document graphique faisant apparaître la future clôture. Contrairement à ce qu'a estimé le préfet dans les motifs de sa décision, ces éléments étaient suffisants pour permettre d'apprécier la nature et les caractéristiques du projet.
10. En deuxième lieu, il résulte des points 5 et 6 ci-dessus, qu'en s'opposant au projet après avoir relevé qu'il se situait dans le champ de visibilité de monuments historiques protégés et que l'architecte des bâtiments de France avait émis un avis conforme défavorable, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a entaché sa décision d'illégalité.
11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet de clôture déclaré par SNCF Réseau porterait une atteinte particulière aux monuments historiques existants compte tenu de sa nature, de sa localisation et de la présence d'îlots urbanisés venant s'intercaler entre ce projet et ces monuments sur plusieurs centaines de mètres. Par ailleurs, si le préfet s'est également opposé à la déclaration préalable en relevant que " la clôture coupe le quartier dans son usage courant, qu'un projet d'aménagement est envisagé sur la friche ferroviaire, que des locaux d'activités tertiaires sont déjà installés et que les liaisons fonctionnelles doivent être assurées avec un maillage piéton entre quartiers ", de tels motifs, en eux-mêmes ne se rapportent pas à la protection de l'intérêt des lieux avoisinants, des paysages urbains ou à la conservation des perspectives monumentales. Ils ne sont ainsi pas pertinents au regard de la nature de la protection instituée par les dispositions réglementaires précitées. Par suite, le préfet ne pouvait légalement s'opposer au projet en litige en faisant application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
13. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît susceptible de fonder l'annulation de la décision d'opposition en litige.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 7 mars 2018 doit être annulé en tant qu'il s'oppose à la déclaration préalable présentée par SNCF Réseau.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Il y a lieu de faire application de ces dispositions en mettant à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par SNCF Réseau et non compris dans les dépens.
DECIDE
Article 1er : L'article 2 du jugement n°1801033,1902011 du tribunal administratif de Pau du 10 juillet 2020, et l'arrêté du 7 mars 2018 en tant qu'il s'oppose à la déclaration préalable présentée par SNCF Réseau, sont annulés.
Article 2 : L'Etat versera à SNCF Réseau la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société anonyme SNCF Réseau et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie pour information en sera délivrée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Frédéric Faïck, président,
Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,
Mme Pauline Reynaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le premier assesseur,
Florence Rey-GabriacLe président-rapporteur,
Frédéric A
La greffière,
Angélique Bonkoungou
La République mande et ordonne ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°20BX03098
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026