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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX03231

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX03231

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX03231
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre bis (formation à 3)
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D épouse B a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler la décision du 2 février 2018 par laquelle le président du conseil départemental de la Corrèze a prononcé son licenciement ainsi que la décision du 1er juin 2018 portant rejet de son recours gracieux, et de condamner le département de la Corrèze à lui verser la somme de 29 962,23 euros correspondant aux indemnités auxquelles elle était en droit de prétendre du fait de son licenciement.

Par un jugement n° 1801193 du 30 juillet 2020, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2020 sous le n° 20BX03231, Mme A D épouse B, représentée par Me Bru-Servantie, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges du 30 juillet 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 2 février 2018 par laquelle le président du conseil départemental de la Corrèze a prononcé son licenciement ainsi que la décision du 1er juin 2018 portant rejet de son recours gracieux ;

3°) de condamner le département de la Corrèze à lui verser la somme de 29 962,23 euros correspondant aux indemnités auxquelles elle était en droit de prétendre du fait de son licenciement ;

4°) de mettre à la charge du département de la Corrèze la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- les décisions du 2 février 2018 et du 1er juin 2018 ont été prises par une autorité incompétente ;

- le président du conseil départemental de la Corrèze a commis une erreur de droit en appliquant les dispositions du code du travail, alors qu'en sa qualité d'agent public, sa situation relevait de l'article R. 422-11 du code de l'action sociale et des familles ;

- le président du conseil départemental de la Corrèze a commis une erreur de droit, dès lors que le licenciement pour " motif personnel " n'est pas au nombre de ceux qui peuvent justifier une telle meure, au regard des dispositions de l'article L. 1226-2-1 du code du travail ; ce motif contrevient également aux dispositions de l'article R. 422-11 du code de l'action sociale et des familles ;

- le département de la Corrèze n'a pas cherché à procéder à son reclassement avant de la licencier, les propositions de reclassement qui lui ont été faites ne correspondant pas à son profil et à ses qualifications ;

- les agissements répétés du département de la Corrèze caractérisent un harcèlement moral, responsable de l'avis médical d'inaptitude, ayant entraîné son licenciement ;

- en conséquence, elle est en droit de prétendre à une indemnité compensatrice de préavis équivalent à deux mois de salaires, pour un montant de 2 210,65 euros, ainsi qu'à une indemnité de licenciement d'un montant de 1 223,82 euros ;

- elle est également fondée à solliciter une indemnité pour " licenciement nul " équivalente à six mois de salaire, pour un montant de 26 527,76 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2022, le département de la Corrèze, représenté par Me Poput, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E F,

- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D épouse B bénéficie d'un agrément en qualité d'assistante familiale délivré par le département de la Corrèze le 18 juillet 2013, et a été engagée par un contrat du 28 mars 2014 pour l'accueil d'un enfant. Le 15 novembre 2017, Mme D épouse B a été déclarée inapte de manière totale et définitive à l'exercice de ses fonctions d'assistante familiale par un médecin de l'association interentreprises pour la santé au travail en Corrèze. Par une décision du 2 février 2018, le président du conseil départemental de la Corrèze a licencié Mme D épouse B pour " motif personnel (inaptitude physique) ". Par une décision du 1er juin 2018, le président du conseil départemental de la Corrèze a rejeté le recours gracieux formé par l'intéressée. Mme D épouse B relève appel du jugement du 30 juillet 2020 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant, d'une part, à l'annulation des décisions du 2 février et 1er juin 2018, d'autre part, à la condamnation du département de la Corrèze à lui verser la somme de 29 962,23 euros correspondant aux indemnités auxquelles elle prétend avoir droit du fait de son licenciement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 2 février et 1er juin 2018 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3221-3 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental est seul chargé de l'administration. () / Le président du conseil départemental est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme C G, directrice de l'action sociale, des familles et de l'insertion du département de la Corrèze, signataire de la décision du 2 février 2018, bénéficiait d'une délégation de signature consentie par le président du conseil départemental de la Corrèze, en vertu d'un arrêté du 1er février 2018 portant organisation des services et délégations de signatures, aux fins de signer notamment les actes relevant de la direction, dont font partie les décisions de licenciement des assistantes familiales. La circonstance que la procédure de licenciement ait été engagée par un autre agent de la direction est à cet égard sans influence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision du 2 février 2018 doit être écarté.

4. D'autre part, l'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision du 1er juin 2018 de rejet du recours gracieux doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1226-2-1 du code du travail : " Lorsqu'il est impossible à l'employeur de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement. / L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, () / S'il prononce le licenciement, l'employeur respecte la procédure applicable au licenciement pour motif personnel prévue au chapitre II du titre III du présent livre ". Aux termes de l'article R. 422-1 du code de l'action sociale et des familles, inclus dans le Chapitre II " Assistants maternels et assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public " du Titre II du Livre IV de ce code : " Les () assistants familiaux des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale sont soumis aux dispositions du présent chapitre et aux dispositions des articles 16,19,31,37,38 et 41 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 () et relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale. () / S'appliquent également aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public les articles suivants du livre VII, titre VII, chapitre III du code du travail : D. 773-6, D. 773-13 à D. 773-15, D. 773-17 à D. 773-20 ". Selon l'article R. 422-11 du même code inclus dans le même chapitre II du Titre II du Livre IV : " L'assistante ou l'assistant maternel définitivement inapte pour raison de santé à reprendre son service à l'issue d'un congé de maladie, de maternité ou d'adoption est licencié. Le licenciement ne peut toutefois intervenir avant l'expiration d'une période de quatre semaines sans rémunération suivant la fin du congé de maternité ou d'adoption ".

6. Il résulte des motifs du jugement attaqué que le tribunal a estimé que le licenciement en litige trouvait son fondement légal dans les dispositions précitées de l'article R. 422-11 du code de l'action sociale et des familles qui pouvaient être substituées à celles de l'article L. 1226-1 du code du travail retenu à tort dans la décision attaquée. A cette fin, le tribunal a relevé, en premier lieu, que Mme D B ayant la qualité d'assistante familiale auprès du département de la Corrèze, sa situation était régie par l'article R. 422-11, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'avait pour effet de priver Mme D épouse B d'aucune garantie, et, en troisième lieu, que l'administration disposait du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Dès lors, Mme D B, qui ne critique pas la substitution de base légale ainsi opérée par les premiers juges, ne peut plus utilement soutenir devant la cour que le président du conseil départemental de la Corrèze aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en se fondant sur les dispositions du code du travail qui ne sont pas applicables à sa situation.

7. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort des pièces du dossier, en particulier des motifs de la décision du 2 février 2018, que le licenciement de Mme D épouse B a été prononcé du fait de l'inaptitude physique définitive et totale de l'intéressée, préalablement constatée par le médecin du travail, à reprendre ses fonctions d'assistante familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que le motif de ce licenciement n'est pas au nombre de ceux que les dispositions de l'article R. 422-11 du code de l'action sociale et des familles permettent de retenir ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement. Ni la qualité d'agent non-titulaire des assistants familiaux, ni les conditions particulières d'exercice de cette profession, ne font obstacle à l'application de ce principe général du droit.

9. Ainsi que le fait valoir le département de la Corrèze, compte tenu de l'inaptitude totale et définitive de Mme D épouse B à l'exercice de ses fonctions d'assistante familiale, il n'était pas possible de la reclasser sur un poste similaire à celui qu'elle occupait précédemment. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que lors d'un entretien du 15 janvier 2018 et par courrier du 17 janvier 2018, le département de la Corrèze a proposé à Mme D épouse B, en vue de son reclassement, un poste de " gestionnaire de paie et comptable " ainsi qu'un poste de gestionnaire de ressources humaines, conformes aux recommandations faites par le médecin du travail dans son avis du 15 novembre 2017, lequel préconisait un reclassement sur un poste de type administratif sans effort physique et sans station debout prolongée. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient Mme D épouse B, le département de la Corrèze a respecté son obligation de rechercher un reclassement préalable avant de prononcer son licenciement.

10. En cinquième et dernier lieu, Mme D épouse B soutient que son licenciement est dû aux agissements de son employeur, constitutifs de harcèlement moral. A l'appui de cette allégation, la requérante se borne à faire état de ce qu'aucun enfant ne lui a été confié pendant plusieurs mois, d'un retard dans le versement de sa rémunération à la suite de sa déclaration d'inaptitude physique, ce que le département de la Corrèze conteste, et de la circonstance qu'elle avait déjà fait l'objet d'une convocation à un entretien préalable à un licenciement en février 2017. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à établir que Mme D épouse B aurait été victime d'un harcèlement moral à l'origine directe de son avis d'inaptitude médicale puis de son licenciement. Le moyen invoqué doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 2 février 2018 et 1er juin 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. En premier lieu, l'article L. 1226-14 du code du travail, dont se prévaut la requérante, n'est pas au nombre de ceux auquel renvoie l'article R. 422-1 du code de l'action sociale et des familles, lequel définit les règles applicables aux assistants familiaux. Par suite, Mme D épouse B ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions du code du travail pour soutenir que, même en l'absence de faute du département, elle serait fondée à obtenir le bénéfice de l'indemnité compensatrice et de l'indemnité spéciale de licenciement.

13. En second lieu, en soutenant qu'elle est fondée à solliciter une indemnité pour " licenciement nul ", Mme D épouse B doit être regardée comme cherchant à engager la responsabilité du département de la Corrèze sur le terrain de la faute. De telles conclusions doivent être rejetées dès lors que, ainsi qu'il a été dit, le licenciement prononcé n'est entaché d'aucune illégalité fautive.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté ses demandes indemnitaires.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Corrèze, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D épouse B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, non plus, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D épouse B le versement de la somme demandée par le département de la Corrèze en application de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Corrèze en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A D épouse B et au département de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Frédéric Faïck, président,

Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Pauline FLe président,

Frédéric Faïck La greffière,

Angélique Bonkoungou

La République mande et ordonne au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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