jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX03917 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre bis (formation à 3) |
| Avocat requérant | LATOUR |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 14 septembre 2018 par laquelle le président de Bordeaux Métropole a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime son époux le 21 mars 2017 et d'enjoindre à la même autorité de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident.
Par un jugement n° 1804970 du 6 octobre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2020 et le 24 juin 2022, Mme A, représentée par Me Latour, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 6 octobre 2020 du tribunal administratif de Bordeaux ;
2°) d'ordonner une expertise médicale avant dire droit ;
3°) d'annuler la décision du 14 septembre 2018 par laquelle le président de Bordeaux Métropole a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime son époux ;
4°) d'enjoindre au président de Bordeaux Métropole de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement est insuffisamment motivé en ce qui concerne le rejet de sa demande d'expertise ;
- l'avis de la commission de réforme a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2014 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière , aucun médecin spécialiste en cardiologie n'a assisté à cette commission alors que les avis médicaux soumis à cette instance étaient insuffisants ; cette absence l'a privée d'une garantie et a entaché la procédure d'une irrégularité ;
- la décision contestée méconnait la procédure édictée par les dispositions de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004, relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, dès lors qu'il n'est pas établi que le secrétariat de la commission de réforme ait informé le médecin du service de prévention de la tenue de la réunion de la commission et de l'inscription du dossier de M. A à cette séance ; à supposer même qu'une convocation ait été effectivement adressée, il n'est pas établi qu'elle aurait été reçue suffisamment tôt pour permettre au médecin de prévention de donner un avis ;
- le tribunal a entaché son jugement d'une erreur d'appréciation en rejetant sa demande d'expertise avant dire droit alors qu'il ne disposait pas d'éléments médicaux se prononçant de manière certaine sur l'origine du décès de son mari ; elle n'est pas en mesure de fournir des éléments médicaux complémentaires concernant son mari décédé, seule la désignation d'un expert judiciaire permettra d'éclairer la juridiction ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions du II de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droits et obligation des fonctionnaires, qui prévoient que tout accident survenu dans le temps et le lieu du service est présumé imputable au service en l'absence de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; l'accident de son mari est survenu sur son lieu et ses heures de travail, pendant l'exercice de ses fonctions ; aucune faute ne peut lui être reproché et aucune circonstance particulière ne permet de détacher l'accident du service ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que les certificats médicaux présents aux dossiers sont contradictoires et ne permettent pas d'établir qu'une pathologie préexistante aurait été la cause du décès de son mari ; son époux avait une excellente hygiène de vie et une bonne condition physique ; ce sont ses conditions de travail qui sont à l'origine de son accident dès lors qu'il était confronté à une surcharge de travail due aux restriction médicales de certains agents de son service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, Bordeaux Métropole, représentée par Me Noël, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C E,
- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,
- et les observations de Me Noël, représentant Mme A, et de Me Kniès, représentant Bordeaux Métropole.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, né le 19 janvier 1962, était agent de maîtrise principal, au sein de la direction des espaces verts de Bordeaux Métropole, où il exerçait les fonctions de menuisier. Il a été victime alors qu'il était en poste sur son lieu de travail d'un accident le 21 mars 2017 ayant entrainé son décès. Sa veuve, Mme B A, a demandé à Bordeaux Métropole que le décès de son époux soit reconnu imputable au service. Après que la commission de réforme a émis, le 4 juillet 2018, un avis défavorable à la reconnaissance d'un accident de service, le président de Bordeaux Métropole a, par un arrêté en date du 14 septembre 2018, refusé de reconnaître l'imputabilité au service du décès de M. A. Mme A relève appel du jugement rendu le 6 octobre 2020 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.
3. Mme A fait valoir que l'imputabilité au service du décès de son mari doit être retenue dès lors qu'il est survenu sur son lieu et ses heures de travail, pendant l'exercice de ses fonctions, qu'aucune faute ne peut lui être reprochée et qu'aucune circonstance particulière ne permet de détacher cet évènement du service.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été retrouvé inanimé sur son lieu de travail le 21 mars 2017 alors qu'il était en train de ranger des lames de banc d'environ 5 kilogrammes chacune. Les tentatives de réanimation se sont révélées infructueuses et il a été déclaré décédé. Le rapport médico-légal réalisé les 22 mars 2017 et 31 juillet 2017 a conclu que le décès pouvait être rattaché à une défaillance cardio-respiratoire aiguë. Il précise que l'étude anatomopathologique a montré un cœur paraissant pathologique avec des lésions de fibrose ancienne sur le ventricule gauche et un athérome coronarien très important. Un second médecin, cardiologue, a également établi un rapport, le 16 janvier 2018, après avoir examiné le dossier médical de M. A ainsi que les conclusions du rapport médico-légal précité. Il mentionne que si M. A présentait des facteurs de risque du fait de son âge, d'une dyslipidémie et d'une hypertension artérielle, toutes deux traitées, les chiffres de sa tension " ne paraissent pas spécialement intenses ", qu'il avait joué au football jusqu'à l'âge de 45 ans et pratiquait le vélo, notamment au quotidien pour se rendre au travail. Il relève que le rapport du médecin légiste n'a pas mis en évidence de trace d'infarctus, si bien qu'il est selon lui " difficile de rattacher le décès à un problème cardiaque aigu ". Il mentionne enfin que M. A s'était plaint d'une surcharge de travail liée aux restrictions médicales de ses collègues.
5. Ainsi, si M. A était traité pour une hypercholestérolémie et une hypertension, cette dernière étant du reste, aux dires de l'expertise du cardiologue précitée, plutôt bien équilibrée par le traitement médicamenteux, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait présenté, antérieurement à son décès, une pathologie cardiaque lourde, ni qu'il aurait eu une mauvaise hygiène de vie. Par ailleurs, alors que Mme A fait valoir, comme cela est relevé par le rapport du cardiologue, que son époux se plaignait d'une surcharge de travail, il est constant que celui-ci a été retrouvé inanimé alors qu'il manutentionnait des pièces de 5 kilogrammes.
6. Dans ces conditions, en l'absence de toute faute personnelle et de toute circonstance particulière susceptible de détacher le décès de M. A du service, Mme A est fondée à soutenir qu'en ayant refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ce décès, le président de Bordeaux Métropole a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué ni sur les autres moyens de la requête dirigés contre la décision contestée et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 14 septembre 2018 par laquelle le président de Bordeaux Métropole a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime son époux le 21 mars 2017.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif de l'annulation qu'il prononce, le présent arrêt implique qu'il soit enjoint au président de Bordeaux Métropole de prendre un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mette à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 1 500 euros que demande Mme A sur ce fondement. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Bordeaux Métropole sur le même fondement.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 1804970 du 6 octobre 2020 du tribunal administratif de Bordeaux est annulé.
Article 2 : La décision du 14 septembre 2018 du président de Bordeaux Métropole est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au président de Bordeaux Métropole de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : Bordeaux Métropole versera la somme de 1 500 euros à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions présentées par Bordeaux Métropole sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au président de Bordeaux Métropole.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Luc Derepas, président,
M. Frédéric Faïck, président assesseur,
Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
Florence E
Le président,
Luc Derepas
La greffière,
Angélique Bonkoungou
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026