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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX04126

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX04126

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX04126
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantSCP SARTORIO-LONQUEUE-SAGALOVITSCH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SCI Sofia a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 28 février 2019 par laquelle le vice-président de Bordeaux Métropole a rejeté sa demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole en tant qu'il

grève la parcelle cadastrée section AI n°138 d'une servitude d'espace boisé classé et d'enjoindre au président de Bordeaux Métropole de procéder à cette abrogation.

Par un jugement n° 1901611 du 12 novembre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 décembre 2020, le 5 mars 2021 et le 24 août 2021, la SCI Sofia, représentée par Me Delavallade, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 12 novembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision expresse de rejet opposé à son recours gracieux sollicitant l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, en ce qu'il a grevé la parcelle AI 138 d'un espace boisé classé ;

3°) d'enjoindre au président de Bordeaux Métropole de convoquer le conseil de Bordeaux Métropole aux fins d'approuver, par délibération, l'abrogation du plan local d'urbanisme aux fins de suppression totale de l'espace boisé classé grevant la parcelle AI 138 ; à défaut d'enjoindre à Bordeaux Métropole de convoquer une assemblée délibérante pour délibérer sur l'abrogation partielle de ce classement en tant qu'il dépasse 1000 m2;

4°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est fondée sur l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme en raison de l'illégalité du classement de la parcelle AI 138 ;

- cette décision méconnaît l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme en l'absence de possibilité matérielle de créer un espace boisé sur cette parcelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le déboisement et l'aménagement du terrain, réalisés en 2005 avant le premier classement en espace boisé classé, rend tout boisement impossible ; en outre la surface concernée est désormais bâtie à la suite d'un permis de construire délivré en 2018 ; cette servitude est contraire à la destination de la parcelle et de la zone qui sont industrielle et commerciale ainsi qu'au parti pris de densification des constructions, alors que la collectivité ne peut la contraindre à replanter des arbres ; la métropole ne peut se prévaloir des objectifs climatiques prévus dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de 2016 dès lors qu'il convient de prendre en compte la seule motivation de la délibération de 2006 décidant du classement de la parcelle en espace boisé classé ;

- à minima, le classement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'est pas limité aux parties non goudronnées.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2021, Bordeaux Métropole, représentée par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Sofia en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A B,

- les conclusions de M. Romain Roussel, rapporteur public,

- et les observations de Me Richardeau, représentant Bordeaux Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Sofia est propriétaire de la parcelle cadastrée section AI n°138 située 11 bis rue du Meilleur Ouvrier de France à Mérignac (33). Par un courrier du 29 janvier 2019, elle a saisi la métropole de Bordeaux d'une demande d'abrogation du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, adopté par une délibération n° 2016-777 du 16 décembre 2016, en tant qu'il a classé une partie de cette parcelle comme espace boisé classé. Elle a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler le refus qui lui a été opposé par une décision adressée par un courrier du 28 février 2019 reçue le 4 mars 2019. Elle relève appel du jugement par lequel le tribunal a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements ". Un tel classement n'est pas subordonné à la valeur du boisement existant, ni même à l'existence d'un tel boisement à la date d'établissement du plan local d'urbanisme.

3. Le plan local d'urbanisme révisé de Bordeaux Métropole approuvé par la délibération du 16 décembre 2016 a maintenu en espace boisé classé une portion de 3 953 m² de la parcelle en cause, d'une superficie totale 12 467 m², qui avait fait l'objet de ce classement lors de l'approbation du premier plan local d'urbanisme le 16 décembre 2006. Il ressort des pièces du dossier que cette parcelle se situe dans la zone US8 du plan local d'urbanisme, définie par le rapport de présentation comme une zone urbaine spécifique à vocation économique, qu'elle supporte deux bâtiments et des hangars exploités par la société Matériaux Bois Export (MBE) et la société Matériaux Bois d'Aquitaine (MBA) et qu'elle jouxte d'autres terrains où sont érigés des bâtiments à usage industriel ou commercial. Dès lors que le classement en espace boisé classé n'est pas subordonné à l'existence d'un boisement, la société Sofia ne peut utilement se prévaloir du déboisement et du goudronnage de cette zone réalisés durant l'été 2005, ni de l'impossibilité de reboisement qui en résulterait, au demeurant non établie. Elle ne peut davantage utilement se prévaloir de la présence sur cette zone d'un hangar non clos, d'une surface de plancher de 1 360 m², dès lors que ce projet n'a été autorisé par le maire de Mérignac sur l'emprise de l'espace boisé classé qu'en raison de son absence de fondations et de son caractère entièrement démontable, ce qui permettait de considérer qu'il n'était pas de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création de boisements au sens de l'article L.113-2 du code de l'urbanisme. Contrairement à ce que soutient la requérante, le caractère industriel et commercial de la zone ne fait pas obstacle, par lui-même, à la présence d'un espace boisé classé, qui peut être créé dans tout type de zone. Il ressort également des pièces du dossier que l'orientation n°1 du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme approuvé en 2016, qui seul peut être pris en compte pour apprécier le parti d'aménagement retenu par les auteurs de ce plan, prévoit de " développer la présence végétale au sein des quartiers ", notamment par la prise en compte des espaces de nature fragmentés en milieu urbain et l'intégration de la nature en ville, et de " s'adapter au changement climatique " par le " maintien ou [la] réalisation au sein des quartiers, d'espaces de nature et de traitements végétalisés () permettant de réguler les pics de chaleur et de réduire les apports solaires en été ". Le rapport de présentation prévoit pour sa part, au titre des objectifs pour le classement en espace boisé classé, la préservation de la nature en ville, notamment en raison de son effet climatique et de son intérêt paysager, en retenant parmi les critères de classement le maintien de l'équilibre entre espaces bâtis et espaces ouverts et la protection contre les nuisances en bordure d'infrastructures. Il ressort enfin des pièces du dossier que la parcelle AI 138 comporte une frange végétale dans son extrémité sud-ouest qui jouxte la parcelle AI 102 restée en grande partie à l'état naturel, elle-même contigüe à un espace boisé classé situé le long de l'avenue John Fitzgerald Kennedy, qui est bordée sur son autre côté par la parcelle 319 également boisée. Dès lors, compte tenu des caractéristiques de la parcelle et de la zone, et du parti d'aménagement retenu, le maintien de la totalité de cet espace boisé classé dans le plan local d'urbanisme adopté par la délibération du 16 décembre 2016 n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que la société Sofia n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du président de Bordeaux Métropole rejetant sa demande d'abrogation du plan local d'urbanisme approuvé le 16 décembre 2016 en tant qu'il classe une partie de la parcelle AI 138 en espace boisé classé. Ses conclusions à fin d'annulation de ce jugement doivent, par suite, être rejetées ainsi que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Bordeaux Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCI Sofia au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Sofia la somme de 1 500 euros à verser à Bordeaux Métropole au titre des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SCI Sofia est rejetée.

Article 2 : La SCI Sofia versera à Bordeaux Métropole la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la SCI Sofia et à Bordeaux Métropole.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Christelle BLa présidente,

Marianne Hardy

La greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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