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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX04265

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX04265

mardi 21 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX04265
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantGERBET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société E a demandé au tribunal administratif de la Guyane de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015.

Par un jugement n° 1801002 du 26 novembre 2020, le tribunal administratif de la Guyane a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2020 et le 25 octobre 2021, la société E, représentée par Me Gerbet, doit être regardée comme demandant à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1801002 du tribunal administratif de la Guyane du 26 novembre 2020 ;

2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à l'occasion de la vérification de sa comptabilité, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de sa gérante, Mme E, a irrégulièrement été mis en œuvre ;

- la charte du contribuable vérifié lui a été remise tardivement, le 10 octobre 2016, après plusieurs demandes de la part de sa gérante ;

- le versement de loyers aux parents de Mme E pour la mise à disposition d'un box ainsi que la totalité des honoraires de remplacement du docteur C constituent des charges déductibles de son bénéfice net ;

- la ligne comptable libellée " régularisation clients 2014 / compta inventaire " créditant le compte courant d'associé de Mme E n'est pas constitutive d'une dette injustifiée ;

- les intérêts de l'avance de trésorerie accordée à la SCI MMD ne peuvent porter que sur le solde résultant des comptes 467 et 401 de cette société.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin et 29 novembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au non-lieu partiel à statuer, à hauteur, en droits et pénalités, du dégrèvement accordé en cours d'instance à la société et au rejet du surplus de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2015-1785 du 29 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B D,

- et les conclusions de Mme Cécile Cabanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société E, qui exploite un cabinet dentaire à Cayenne, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. A l'issue des opérations de contrôle, elle s'est vue notifier, par une proposition de rectification du 13 décembre 2016, des rectifications envisagées en matière d'impôt sur les sociétés résultant, notamment, de la remise en cause de la déductibilité de certaines charges, de la constatation d'un passif injustifié et de la réintégration d'intérêts sur avance de trésorerie. La société E relève appel du jugement du 26 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de la Guyane a rejeté sa demande tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a, en conséquence, été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 21 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement partiel des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en litige, correspondant à la réintégration d'intérêts sur avance de trésorerie, pour un montant de 620 euros en droits et 47 euros en pénalités. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions et pénalités sont ainsi devenues sans objet et les moyens dirigés contre le jugement sur ce point, inopérants.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, si la société E soutient qu'à l'occasion de la vérification de sa comptabilité, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de sa gérante, Mme E, aurait irrégulièrement été engagé, cette circonstance, à la supposer avérée, n'aurait d'incidence que sur la régularité de la procédure d'imposition mise en œuvre à l'endroit de la gérante, qui est un contribuable distinct. Dès lors, le moyen est inopérant et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " / () / Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration. ". Aux termes de l'article L. 47 du même livre : " () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / () / L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande. () ". En application des dispositions de l'article 86 de la loi du 29 décembre 2015 de finances pour 2016, ces dernières dispositions s'appliquent aux avis de vérification adressés ou remis à compter du 1er janvier 2016.

5. L'avis de vérification du 18 août 2016 adressé à la société E mentionne que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, millésime mai 2016 ainsi que son erratum, est consultable sur le site www.impots.gouv.fr ou peut être remise sur simple demande du contribuable. Il est constant que, par un courrier électronique du 6 octobre 2016, la gérante de la société requérante a demandé à la vérificatrice de lui adresser un exemplaire de la charte, qui lui a été remis en main propre, sous format papier, le 10 octobre suivant. Si la société E soutient que cette remise est tardive, dès lors que les opérations de contrôle avaient débuté plus d'un mois auparavant, elle n'établit pas, en tout état de cause, qu'ainsi qu'elle l'allègue, elle aurait précédemment sollicité à plusieurs reprises sa transmission sans que cette demande soit satisfaite. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature / () ".

7. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

8. De première part, le service a refusé d'admettre la déduction en charge d'un montant de 9 960 euros au titre de chacun des exercices vérifiés, correspondant, selon la société, au montant annuel de loyers versés aux parents de sa gérante pour la mise à disposition d'un box situé à Remire Montjoly. Si la société requérante soutient que ce local est utilisé pour entreposer du matériel de chirurgie et d'implantologie dentaire ainsi que des archives, elle ne produit aucun justificatif de cette écriture comptable tels qu'un contrat de bail, des quittances de loyer ou des extraits de ses comptes bancaires, de nature à justifier du versement effectif de loyers et, partant, du principe même et du montant de la charge dont la déduction a été refusée par l'administration. A cet égard, la seule production d'un contrat établi le 15 octobre 2021, actant l'existence d'un prêt d'argent consenti par les parents de Mme E à cette dernière pour un montant équivalent aux loyers prétendument dus par la société, n'est pas de nature à justifier du principe même de la déductibilité de la charge en cause et de son montant au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015. Dès lors, à supposer même que l'occupation effective du box soit en lien avec l'activité de la société E, c'est à bon droit que le service a refusé d'admettre en déduction la charge correspondante.

9. De seconde part, au titre de l'exercice clos en 2014, la société a comptabilisé en charge plusieurs règlements correspondant à des honoraires rétrocédés au bénéfice d'un associé-collaborateur, le docteur C, pour un montant total de 64 429,85 euros. A l'examen des fiches de redevances d'honoraires fournies par la société en cours de contrôle, le service a constaté que le montant des rétrocessions effectivement versées à l'intéressé s'élève à 43 030,85 euros, soit une différence de 21 399 euros qui a été regardée comme ne présentant pas un caractère déductible. La société, qui ne conteste pas cet écart, soutient que cette erreur de comptabilisation est imputable à son expert-comptable et que la somme de 21 399 euros correspond en réalité à des rétrocessions effectuées au bénéfice d'un autre médecin, le docteur A, remplaçant du docteur C. Toutefois, ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges, au cours de l'exercice 2014, le docteur A atteste, en réponse à une demande de renseignements adressée par le service, avoir perçu uniquement la somme de 96 435,69 euros, d'ores et déjà inscrite dans la comptabilité de la société requérante. Dès lors, en l'absence de tout autre élément de nature à en établir la réalité, la somme de 21 399 euros attribuée au docteur C ne peut être considérée comme une charge déductible du bénéfice de la société E.

10. En second lieu, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

11. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a estimé que la somme de 48 672,38 euros inscrite le 31 décembre 2014 au crédit du compte courant d'associé de Mme E, ayant pour libellé " régularisation clients 2014 / compta inventaire ", afin de solder des comptes clients, devait être regardée comme un passif injustifié qu'elle a, en conséquence, réintégré dans le résultat de l'exercice. La société requérante, qui admet ne pas pouvoir expliquer cette écriture comptable et l'impute à une erreur de son expert-comptable, ne justifie pas l'inscription de cette dette au passif de son bilan et, notamment, le lien entre l'abandon de ses créances clients et la dette constatée à l'endroit de sa gérante, en se bornant à des considérations comptables d'ordre général sans rapport avec une telle justification. Dès lors, c'est à bon droit que le service a procédé à la rectification en cause.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guyane a rejeté le surplus de sa demande. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société E tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, pour un montant de 620 euros en droits et 47 euros en pénalités.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société E est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la SELARL E et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-ouest.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Luc Derepas, président de la cour,

Mme Evelyne Balzamo, présidente de chambre,

M. Michaël Kauffmann, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le rapporteur,

Michaël D Le président,

Luc Derepas

Le greffier,

Christophe Pelletier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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