mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX00963 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SCP YVES RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a demandé au tribunal administratif de Limoges de fixer définitivement, en application de l'article R. 541-4 du code de justice administrative, le montant de la dette de l'Etat à l'égard de M. A B au titre de la réparation de son préjudice né du défaut d'affiliation aux régimes général et complémentaire de retraite dans l'exercice de son mandat sanitaire à la somme de 96 939, 96 euros.
Par un jugement n° 1701148 du 28 décembre 2020, le tribunal administratif de Limoges a fixé le montant définitif de la dette de l'Etat au titre de la réparation du préjudice causé à M. B du fait de l'absence de son affiliation aux régimes général et complémentaire de retraite dans l'exercice de son mandat sanitaire à la somme de 96 939, 96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2011.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2021, M. B, représentée par Me Richard, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges du 28 décembre 2020 ;
2°) de fixer définitivement le montant de la dette de l'Etat à 299 679, 70 euros, à parfaire, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2011, date de réception de sa demande à l'administration ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie de l'étendue de son préjudice en produisant les justificatifs des revenus qu'il a perçus au titre du mandat sanitaire exercé avant 1990, qu'il a été en mesure de retrouver ;
- en cas d'impossibilité de démontrer le montant de la rémunération perçue par un vétérinaire au titre de son mandat sanitaire, le préjudice subi du fait de l'absence d'affiliation au régime général de la sécurité sociale et à l'IRCANTEC, qui ne correspond pas au montant des cotisations non payées mais à des dommages-intérêts, doit être déterminé sur la base de l'assiette forfaitaire visée à l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale ; la circulaire ministérielle du 6 mars 2013 et l'instruction ministérielle n° 2013-2 du 9 avril 2013 recommandent dans cette hypothèse le recours à une évaluation forfaitaire pour les périodes d'activités de mandat sanitaire manquantes ; il est fondé à bénéficier de ce mécanisme d'évaluation forfaitaire s'agissant des années pour lesquelles il n'a pas pu retrouver le montant des sommes perçues au titre du mandat sanitaire ; il remplit la condition tenant à une durée minimale d'activité fixée à l'article R. 351-11 du code de sécurité sociale, dès lors que l'exercice du mandat sanitaire porte sur une période d'activité supérieure à 90 jours, qu'il s'agisse des opérations de prophylaxie collective pour lesquelles les périodes d'activité diffèrent selon les animaux et s'agissant des opérations de police sanitaire qui se poursuivent toute l'année ;
- les premiers juges n'ont pas analysé l'ensemble des éléments qu'il avait produits pour justifier de la réalité de l'exercice de son mandat sanitaire et des revenus tirés de cet exercice au titre des années 1979, 1980, 1981, 1982, 1983, 1985, 1986 et 1989 ; il a apporté des éléments circonstanciés, en particulier les documents établis par son ancien associé et par le groupement départemental de défense contre les maladies des animaux ; il verse en outre en appel son avis d'imposition sur les revenus de l'année 1986 ;
- l'évaluation de son préjudice doit tenir compte des salaires qu'il a perçus au titre du mandat sanitaire exercé avant 1990 mais versés au cours des années 1990 à 1992 ; il produit ses avis d'impôt sur le revenu correspondants ; les salaires mentionnés sur ces avis d'impôt ont été tirés de son mandat sanitaire dès lors qu'aucun salaire n'est mentionné sur son relevé de carrière au titre des mêmes années ;
- actualisé au 31 janvier 2021, son préjudice s'élève à 299 679, 70 euros, sauf à parfaire au regard d'une modification du taux de rachat des cotisations sociales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés et se rapporte à ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pèche maritime ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 89-412 du 22 juin 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy,
- et les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a exercé la profession de vétérinaire à titre libéral jusqu'au 1er janvier 2007, date de son admission à la retraite. Il a accompli, à compter de l'année 1970, dans le département de l'Indre, des actes de prophylaxie collective et de police sanitaire en vertu d'un mandat sanitaire dont il avait été investi, rémunérés par l'Etat. Le 20 décembre 2011, il a sollicité l'indemnisation des préjudices résultant de son absence d'affiliation au régime général de sécurité sociale ainsi qu'à l'institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques (IRCANTEC) pendant la période au cours de laquelle il avait exercé des missions au titre de son mandat sanitaire, soit du 4 septembre 1970 au 31 décembre 1989. Il a refusé la proposition d'indemnisation qui lui a été faite par l'Etat.
2. Par une ordonnance n° 1601159 du 3 janvier 2017, le juge des référés du tribunal administratif de Limoges a condamné l'Etat à verser à M. C une provision de 233 403,86 euros en réparation du préjudice subi du fait du défaut de versement des cotisations patronales au régime général d'assurance vieillesse et au régime de retraite complémentaire auxquels il devait être affilié en raison de l'activité exercée au titre de son mandat sanitaire. Le recours du ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt contre cette ordonnance a été rejeté par une ordonnance du juge des référés de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 17BX00138 du 9 juin 2017.
3. En application des dispositions de l'article R. 541-4 du code de justice administrative, en vertu desquelles la personne condamnée au paiement d'une provision peut saisir le juge du fond d'une requête tendant à la fixation définitive du montant de sa dette si le créancier n'a pas introduit de demande au fond, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a demandé au tribunal administratif de Limoges de fixer définitivement le montant de sa dette à l'égard de M. C. Par un jugement du 28 décembre 2020, le tribunal, faisant droit à la demande du ministre, a fixé le montant définitif de la dette de l'Etat au titre de la réparation du préjudice causé à M. B du fait de l'absence de son affiliation aux régimes général et complémentaire de retraite dans l'exercice de son mandat sanitaire à la somme de 96 939, 96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2011. M. C relève appel de ce jugement et demande à la cour de fixer définitivement le montant de cette dette de l'Etat à la somme 299 679, 70 euros.
4. En vertu des dispositions de l'article 215-8 du code rural issues de l'article 10 de la loi du 22 juin 1989 modifiant et complétant certaines dispositions du livre deuxième du code rural ainsi que certains articles du code de la santé publique, reprises jusqu'à l'ordonnance n° 2011-863 du 22 juillet 2011 relative à la modernisation des missions des vétérinaires titulaires d'un mandat sanitaire à l'article L. 221-11 du code rural et de la pêche maritime, puis, en substance, à l'article L. 203-11 de ce code : " [Les rémunérations perçues au titre de l'exercice du mandat sanitaire] sont assimilées, pour l'application du code général des impôts et du code de la sécurité sociale, à des revenus tirés de l'exercice d'une activité libérale. Ces dispositions sont applicables à compter du 1er janvier 1990 ". Jusqu'à cette date, les vétérinaires titulaires d'un mandat sanitaire devaient être regardés comme des agents non titulaires de l'Etat relevant du régime général de la sécurité sociale en application de l'article L. 311-2 du code de la sécurité sociale ainsi que du régime de retraite complémentaire des agents publics non titulaires de l'Etat. A ce titre, l'Etat avait l'obligation, dès la date de prise de fonction, d'assurer leur immatriculation à la caisse primaire de sécurité sociale ainsi qu'à l'institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques (IRCANTEC) en application des dispositions, d'une part, de l'article R. 312-4 du code de la sécurité sociale et, d'autre part, des articles 3 et 7 du décret du 23 décembre 1970 portant création d'un régime de retraite complémentaire des assurances sociales en faveur des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques, et de verser les cotisations correspondant aux rémunérations perçues en vertu des actes de prophylaxie.
5. Il est constant que l'Etat n'a jamais fait procéder à cette immatriculation auprès des organismes de retraite ni versé les cotisations correspondantes durant la période d'activité de M. C. Par suite, l'Etat, qui ne le conteste d'ailleurs pas, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de l'intéressé. Le préjudice subi par M. C résulte, d'une part, de l'obligation dans laquelle il se trouve, en vertu de l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale, de s'acquitter à titre de régularisation des cotisations dues aux organismes de retraite en lieu et place de l'Etat, son employeur, et, d'autre part, du montant minoré de la pension qu'il perçoit au regard de celui auquel il aurait pu prétendre s'il avait été affilié aux régimes de retraite.
6. En premier lieu, M. C, à qui il appartient de justifier de l'existence et du montant du préjudice qu'il invoque, et dès lors que l'administration n'est pas seule à disposer d'éléments permettant d'évaluer ce préjudice, n'a produit aucun élément établissant qu'il aurait perçu, au titre des années 1979, 1980, 1981, 1982 et 1983, des rémunérations pour des missions exercées au titre de son mandat sanitaire. Comme l'ont relevé à bon droit les premiers juges, la seule détention par l'intéressé du mandat sanitaire ne permet pas, à elle seule, de faire présumer qu'il aurait accompli pour le compte de l'Etat des activités rémunérées au cours des années en cause.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. C était associé au sein d'une société de fait comportant plusieurs associés. Les éléments comptables produits par l'appelant, relatifs aux sommes perçues au titre de l'activité de prophylaxie du cabinet vétérinaire au titre des années 1985, 1986 et 1989, de même que l'attestation établie par l'un de ses associés, ne permettent pas de distinguer la propre activité de M. C au titre du mandat sanitaire, et ne suffisent ainsi pas à établir que ce dernier aurait exercé une activité dans le cadre de son mandat sanitaire au titre des années en cause.
8. En troisième lieu, compte tenu de ce que les actes accomplis au titre du mandat sanitaire ne représentaient que l'activité accessoire de la profession de vétérinaire libéral exercée par M. C, l'avis d'imposition au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 1986, s'il mentionne la perception de salaires, n'est pas pas de nature, à lui seul, en l'absence de tout autre élément probant, à justifier qu'il s'agisse de revenus tirés, au titre de l'année 1986, de l'exercice de son mandat sanitaire.
9. En quatrième lieu, en l'absence d'élément de nature à justifier de l'existence même d'une rémunération perçue à l'occasion d'opérations effectuées à raison de son mandat sanitaire au titre des années 1979, 1980, 1981, 1982, 1983, 1985, 1986 et 1989, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale selon lesquelles " lorsque le montant de la rémunération perçue par l'assuré n'est pas démontré (), les cotisations sont calculées sur une assiette forfaitaire, fixée par arrêté conjoint du ministre chargé de la sécurité sociale et du ministre chargé de l'agriculture () ". L'appelant ne peut, dès lors, prétendre à aucune indemnité au titre des années en cause.
10. Enfin, il résulte des dispositions issues de l'article 10 de la loi du 22 juin 1989 modifiant et complétant certaines dispositions du livre deuxième du code rural que l'ensemble des rémunérations perçues à compter du 1er janvier 1990 par les vétérinaires à raison d'un mandat sanitaire doivent être assimilées à des revenus tirés de l'exercice d'une profession libérale, quelle que soit la date de réalisation des prestations auxquelles elles se rapportent. Par suite, et ainsi que l'a jugé le tribunal, il n'y a pas lieu d'intégrer à l'assiette de calcul de l'indemnité de M. C les rémunérations versées au cours des années 1990, 1991 et 1992 à raison d'activités réalisées dans le cadre du mandat sanitaire antérieurement au 1er janvier 1990.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a fixé le montant définitif de la dette de l'Etat à son égard à la somme de 96 939, 96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2011. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, être accueillies.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller,
Mme Agnès Bourjol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mai 2023.
L'assesseur le plus ancien,
Manuel Bourgeois
La présidente,
Marie-Pierre Beuve Dupuy
Le président,
Didier Artus
La greffière,
Sylvie Hayet
La greffière,
Sylvie Hayet
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026