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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX01154

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX01154

mardi 14 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX01154
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantDEVERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'Union générale des travailleurs de Guadeloupe a demandé au tribunal administratif de la Guadeloupe d'annuler l'arrêté du 15 février 2019 par lequel le préfet de la Guadeloupe a fixé la liste des organismes représentés au conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de la Guadeloupe et le nombre de leurs représentants, ensemble la décision du 3 juin 2019 rejetant son recours gracieux formé contre cet arrêté, ainsi que, par voie de conséquence, les actes subséquents relatifs au CESER de la Guadeloupe et, en particulier, l'élection des membres du bureau et des présidents des commissions. Ce syndicat a également demandé que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 30 000 euros à titre de dommages et intérêts.

Par un jugement n° 1900849 du 15 décembre 2020, le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté ces demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2021, l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), représentée par Me Devers, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de la Guadeloupe du 15 décembre 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2019 par lequel le préfet de la Guadeloupe a fixé la liste des organismes représentés au conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de la Guadeloupe ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des frais exposés pour l'instance.

Elle soutient que :

- les organisations patronales au sein du premier collège ont été nommées de façon arbitraire et sans souci de leur représentativité ;

- le préfet aurait dû lui attribuer 8 sièges au sein du deuxième collège en application des dispositions de l'article R. 4432-1 du code général des collectivités territoriales ;

- les fautes commises par le préfet portent préjudice aux droits des salariés et de leurs syndicats.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2021, le CESER de la Guadeloupe, représenté par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'UGTG.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable faute de respecter les dispositions de l'article R. 414-5 alinéa 2 du code de la justice administrative ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2021, la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2016-1596 du 24 novembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Le Bris, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 décembre 2017, le préfet de la Guadeloupe a fixé la liste des organismes représentés au sein du conseil économique, social et environnemental régional de la Guadeloupe (CESER) et le nombre de leurs représentants. Après l'annulation de cet arrêté par un jugement du tribunal administratif de la Guadeloupe du 13 décembre 2018, le préfet a pris un nouvel arrêté aux mêmes fins le 15 février 2019. L'Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) relève appel du jugement du 15 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ce second arrêté et demande que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 30 000 euros à titre de dommages et intérêts.

2. Aux termes de l'article R. 4432-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil économique, social et environnemental régional de la Guadeloupe comprend quarante-neuf membres, dont : / 1° Dix-huit représentants des entreprises et des activités professionnelles non salariées de la région, quels que soient la nature de leur activité et leur statut juridique ; / 2° Dix-huit représentants des organisations syndicales de salariés et de la fonction publique représentatives au niveau régional ; / 3° Onze représentants des organismes qui participent à la vie collective de la région en matière économique et sociale ; / 4° Deux personnalités choisies parmi celles qui, en raison de leur qualité ou de leurs activités, concourent au développement économique et social de la région. ". L'article R. 4432-10 du même code ajoute que : " Un arrêté du préfet de région fixe, par application des règles définies aux articles R. 4432-1 à R. 4432-3 (), la liste des organismes de toute nature représentés au conseil économique, social et environnemental régional (), le nombre de leurs représentants et, le cas échéant, les modalités particulières de leur désignation. / La désignation des membres mentionnés aux 1°, 2° et 3° des articles R. 4432-1 à R. 4432-7 est constatée par arrêté du préfet. / () / Les personnalités mentionnées au 4° des articles R. 4432-1 à R. 4432-7 sont nommées par arrêté du préfet de région () ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 4432-1 du code général des collectivités territoriales que, contrairement aux représentants des organisations syndicales de salariés et de la fonction publique, les représentants des entreprises et activités professionnelles non salariées au sein du premier collège n'ont pas vocation à représenter, au sein du CESER, les organisations syndicales patronales représentatives. Ainsi, l'UGTG ne peut utilement faire valoir que le préfet n'a pas fixé la liste des représentants des entreprises et activités professionnelles en tenant compte du " critère " et des " principes " de la représentativité tels que définis par les dispositions des articles L. 5121-1 et suivants du code du travail. Elle ne peut pas davantage utilement se prévaloir des orientations générales, qui ne revêtent aucun caractère impératif, contenues dans la note interministérielle adressée, notamment, au préfet de la Guadeloupe le 11 décembre 2017.

4. Par ailleurs, l'UGTG n'est pas fondée à soutenir que cette liste aurait été établie de manière arbitraire dès lors qu'elle ne conteste pas que les organismes qui y figurent représentent effectivement des entreprises et des activités professionnelles de la région conformément aux dispositions précitées de l'article R. 4432-1 du code général des collectivités territoriales. Au demeurant, et ainsi que l'ont relevé les premiers juges, ce moyen manque également en fait dès lors que le préfet s'est fixé des critères objectifs pour l'établissement de cette liste et, notamment, du nombre de représentants par organisme y figurant.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 4432-1 du code général des collectivités territoriales que le deuxième collège du CESER doit être composé de représentants des organisations syndicales de salariés et de la fonction publique représentatives au niveau régional. En revanche, ces dispositions ne font pas obligation au préfet de les répartir selon la règle de la représentation proportionnelle.

6. En outre, contrairement à ce que soutient l'UGTG , ces dispositions ne prévoient en particulier pas que le préfet devrait prendre en compte " l'audience de l'organisation en fonction des résultats des élections du secteur privé " ainsi que " (les résultats) des trois versants de la fonction publique au niveau régional pour la Guadeloupe ". Ces indications figurent uniquement dans une note interministérielle, adressée notamment au préfet de la Guadeloupe le 11 décembre 2017, et ont pour objet de rappeler aux préfets concernés les critères à prendre en compte pour s'assurer de la représentativité des organisations syndicales de salariés et de la fonction publique, et non pour déterminer quelles organisations syndicales seront représentées au sein du CESER ou encore le nombre de représentants de chacune de ces organisations.

7. Par suite, l'UGTG ne peut pas non plus utilement faire valoir que, selon les propres calculs du préfet, elle aurait dû avoir 6,44 représentants en application de la règle de la représentation proportionnelle, que le préfet n'a pas tenu compte de son audience dans les trois secteurs de la fonction publique et de ce qu'elle était devenue majoritaire au sein du collège 3A de la chambre d'agriculture de la Guadeloupe à l'issue du scrutin organisé le 31 janvier 2019.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que l'UGTG n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté ses demandes tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 février 2019. En outre, en l'absence de faute commise par le préfet dans l'établissement de la composition du CESER, les conclusions indemnitaires présentées par l'UGTG ne peuvent qu'être rejetées.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que demande l'UGTG soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CESER la somme que demande l'UGTG sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de l'UGTG est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CESER de la Guadeloupe tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe, au conseil économique, social et environnemental régional de la Guadeloupe, à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à l'union des entreprises UDE-Medef de Guadeloupe, à la confédération des petites et moyennes entreprises de Guadeloupe, à la fédération des très petites entreprises, à la fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de la Guadeloupe, à l'association des moyennes et petites industries de la Guadeloupe, au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des îles de Guadeloupe, à la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles, au conseil départemental de l'ordre des médecins de la Guadeloupe, à la confédération générale des travailleurs de la Guadeloupe, et à l'union départementale des syndicats Force Ouvrière.

Copie en sera adressée au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

Manuel A

La présidente,

Marie-Pierre Beuve DupuyLe greffier,

Anthony Fernandez

La République mande et ordonne à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°21BX01154

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