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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX02963

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX02963

mardi 25 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX02963
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSOFIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme E B ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012, 2013 et 2014, pour un montant total de 1 176 379 euros.

Par un jugement n° 1904174 du 4 mai 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a prononcé un non-lieu à statuer à hauteur de la somme de 409 465 euros sur les conclusions de la requête de M. ou Mme B et a rejeté le surplus de leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2021, 9 décembre 2022 et 28 février 2023, M. et Mme E B, représentés par Me Charaudeau, demandent à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1904174 du tribunal administratif de Bordeaux du 4 mai 2021 ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012, 2013 et 2014 pour un montant total de 766 914 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors que le service a engagé l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle sans qu'ils en aient été préalablement informés par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors que le service ne leur a pas communiqué, avant la mise en recouvrement, l'ensemble des informations reçues des autorités fiscales italiennes en réponse à la demande d'assistance administrative, formulée en mars 2015, en méconnaissance de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales ;

- le service n'a pas respecté l'obligation de motivation des propositions de rectification portant sur les revenus distribués, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

- les montres achetées pour un montant de 10 536 euros constituent des cadeaux à la clientèle de la société Groupe Avenue ; il en est de même concernant l'achat du mobilier pour le tennis club d'Arcachon à hauteur de 1 896 euros ; enfin, les objets acquis par la société Groupe Avenue pour elle-même pour un montant de 2 609 euros l'ont été dans son intérêt ; ces différentes charges, engagées dans l'intérêt de la société Groupe Avenue, ne constituent pas des revenus distribués entre les mains de M. et Mme B ;

- les frais de missions, réception et déplacements engagés par la société Groupe Avenue pendant les week-ends et jours dits fériés, ainsi que ceux engagés à l'étranger, constituent des charges déductibles dès lors qu'elles ont été engagées pour les besoins de l'exploitation ;

- les deux véhicules pris par la société Groupe Avenue en location longue durée n'étaient utilisés par M. B que sur son temps de travail et pour les besoins de l'activité de la société ; les charges afférentes à ces véhicules ne peuvent ainsi être regardées comme constituant des revenus distribués entre les mains de M. et Mme B ;

- les honoraires facturés à la société Groupe Avenue par la société Samoar, dont la réalité est établie, constituent des charges engagées dans l'intérêt de l'entreprise ;

- les remises d'espèces, pour un montant total de 13 005 euros, correspondent au remboursement partiel d'une dette consentie quelques années plus tôt à M. A et ne peuvent ainsi être qualifiées de revenus d'origine indéterminée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 décembre 2021 et 25 janvier 2023 le ministre de l'action et des comptes publics conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- il a accordé en cours d'instance un dégrèvement à hauteur de 1 708 euros ; un non-lieu doit être prononcé à hauteur de ce dégrèvement ;

- les conclusions présentées devant le tribunal administratif tendant à la décharge des impositions supplémentaires générées par les rehaussements trouvant leur origine dans la distribution des frais de déplacement, de mission et de réception, sont irrecevables, dès lors qu'elles n'ont pas été assorties de moyens ;

- les moyens invoqués par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C D,

- les conclusions de Mme Cécile Cabanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Charaudeau, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Groupe Avenue, qui a pour activité la promotion immobilière de bureaux et dont le capital est détenu entièrement par M. B, gérant, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité. L'administration fiscale a par la suite procédé à l'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme B, au titre des années 2012, 2013 et 2014, selon la procédure de rectification contradictoire, sauf pour les sommes représentatives de revenus d'origine indéterminée et les contributions sociales afférentes pour lesquelles les réponses apportées par les contribuables ont été estimées insuffisantes, qui ont fait l'objet d'une taxation d'office au titre de l'année 2014. A l'issue de cet examen, regardant certaines sommes comme constituant des revenus distribués par la société Groupe Avenue entre les mains de M. et Mme B au titre des années 2012 à 2014, et certaines sommes comme constituant des revenus d'origine indéterminée au titre de l'année 2014, et imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux d'un montant total, en droits et pénalités, de 1 176 379 euros, ont été mises à la charge de M. et Mme B. Leurs réclamations contentieuses ayant été rejetées par une décision de l'administration du 12 juin 2019, M. et Mme B ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2012, 2013 et 2014. Par décision du 3 mars 2020, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement d'une somme de 409 465 euros au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre de l'année 2012. Ils relèvent appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté le surplus de leur demande.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 23 janvier 2023, intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a accordé à M. et Mme B un dégrèvement d'un montant de 1 708 euros au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige. Les conclusions présentées par M. et Mme B sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, selon l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. () ". Aux termes de l'article L. 47 B du même livre, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Au cours d'une procédure d' examen de la situation fiscale personnelle, l'administration peut examiner les opérations figurant sur des comptes financiers utilisés à la fois à titre privé et professionnel et demander au contribuable tous éclaircissements ou justifications sur ces opérations sans que cet examen et ces demandes constituent le début d'une procédure de vérification de comptabilité. / Au cours d'une procédure de vérification de comptabilité, l'administration peut procéder aux mêmes examen et demandes, sans que ceux-ci constituent le début d'une procédure d'examen de la situation fiscale personnelle. / L'administration peut tenir compte, dans chacune de ces procédures, des constatations résultant de l'examen des comptes ou des réponses aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, et faites dans le cadre de l'autre procédure conformément aux seules règles applicables à cette dernière ".

4. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Groupe Avenue, le service a constaté la comptabilisation en charges d'honoraires facturés par la société de droit américain Samoar, ainsi que la réalisation de paiements, effectués par la société Groupe Avenue à destination d'un compte ouvert au nom de la société Samoar auprès d'une banque italienne. L'administration a alors mis en œuvre la procédure d'assistance administrative internationale auprès des autorités fiscales italiennes et américaines par des demandes respectives des 24 et 25 mars 2015. Par un avis du 29 septembre 2015, M. et Mme B ont été informés de l'engagement d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2012, 2013 et 2014.

5. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas de l'instruction que les demandes d'assistance administrative internationale n'auraient pas eu d'autre objet que de s'intéresser à leur situation fiscale personnelle, dès lors que la réponse des autorités fiscales américaines, intervenue avant l'envoi de la proposition de rectification adressée à la société Groupe Avenue suite à la vérification de comptabilité, a notamment permis de révéler que le capital de la société Samoar, constituée en octobre 2011, était alors détenu par M. B, et que M. et Mme B en étaient les gérants. La circonstance que l'administration n'a pas communiqué à M. et Mme B les demandes de renseignements adressées aux autorités fiscales américaines et italiennes n'est pas de nature à révéler que le service menait en réalité à cette occasion des recherches sur leur situation personnelle. Il résulte par ailleurs des réponses adressées par les autorités fiscales américaines et italiennes, lesquelles ont été communiquées aux requérants, qu'aucune des questions posées par le service ne mentionnait le nom de M. et Mme B, ni ne portait sur leur situation personnelle. Enfin, le service peut, en vertu des dispositions de l'article L. 47 B du livre des procédures fiscales, tenir compte dans la procédure d'examen de la situation fiscale personnelle des constatations réalisées au cours d'une vérification de comptabilité. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que l'examen de leur situation fiscale personnelle aurait été engagé avant qu'ils en aient été informés par l'avis du 29 septembre 2015. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". S'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure de redressement mise en œuvre, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements recueillis dans l'exercice de son droit de communication afin que l'intéressé soit mis à même de demander, avant la mise en recouvrement des impositions, que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition, elle n'est tenue à cette obligation qu'en ce qui concerne ceux des renseignements qu'elle a effectivement utilisés pour procéder aux redressements.

7. M. et Mme B soutiennent que le service ne leur a pas communiqué l'intégralité des renseignements obtenus auprès des autorités fiscales américaines et italiennes dans le cadre des procédures d'assistance administrative internationale, sur lesquels il s'est fondé pour établir les impositions en litige. Il résulte de l'instruction que suite à la demande formulée par M. et Mme B, le service a annexé aux imprimés n° 3926 de réponse aux observations du contribuable les renseignements obtenus des administrations fiscales américaines et italiennes. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les informations apparaissant sur les relevés du compte bancaire ouvert au nom de la société Samoar auprès de la banque italienne suffisent à révéler l'existence d'un compte bancaire détenu à titre personnel par M. B en Italie. En tout état de cause, aucune rectification n'a été opérée en raison d'opérations afférentes à un compte bancaire détenu à titre personnel par M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la garantie énoncée par les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

9. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée le 18 décembre 2015 à M. et Mme B, au titre de l'année 2012, d'une part, cite le 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, indique que les sommes mises à la disposition des requérants par les sociétés Gani et Groupe Avenue, dont M. B est associé, ainsi que les sommes inscrites au compte courant d'associé de M. B au sein de la société Groupe Avenue, sont présumées constituer, sauf preuve contraire, un revenu imposable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. D'autre part, après avoir rappelé les termes du 1° du 1 de l'article 109 et de l'article 110 du code général des impôts, cette proposition de rectification liste dans des tableaux l'ensemble des dépenses engagées dans l'intérêt personnel de M. B, distingue les honoraires déduits en comptabilité au nom de la société Samoar et qualifie l'ensemble de ces sommes de revenus distribués, réintégrés dans le revenu imposable des requérants. S'agissant de ce dernier rehaussement, la proposition de rectification renvoie aux motifs de la proposition de rectification du 27 novembre 2015 adressée à cette société, et jointe en annexe.

10. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée le 20 décembre 2016 à M. et Mme B au titre des années 2013 et 2014, rappelle les dispositions des articles 109 et 110 du code général des impôts, et liste l'ensemble des dépenses portées en comptabilité de la société, qui, considérées comme ayant un caractère privé, constituent des charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise et par conséquence des revenus distribués au bénéfice de M. B, gérant et associé unique dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Elle qualifie de revenus distribués les rehaussements résultant d'honoraires, sans qu'il soit justifié de la prestation réalisée, versés par la société Groupe Avenue à la société Samoar, qui détient un compte bancaire en Italie, dont M. B est l'unique associé. La proposition de rectification récapitule également toutes les sommes reçues des sociétés dont M. B est associé, ainsi que celles portées au crédit de ses comptes courants d'associé, réputées constituer, sauf preuve contraire, des revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Au titre de l'année 2014, une somme globale de 40 065 euros est qualifiée de revenu d'origine indéterminée et taxée d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales. Cette proposition de rectification renvoie également aux motifs de la proposition de rectification du 27 novembre 2015 adressée à la société Groupe Avenue, et jointe en annexe.

11. Enfin, les propositions de rectification précisent également les conséquences financières de ces rehaussements sur l'impôt sur le revenu et les contributions complémentaires, et justifient des motifs pour lesquels des intérêts de retards, des pénalités pour manquement délibéré et manœuvres frauduleuses ont été appliquées. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les circonstances, d'une part, que les propositions de rectification en litige ne fassent pas référence à la notion de maître de l'affaire, d'autre part, que l'administration aurait désigné à tort la société Samoar comme étant la bénéficiaire des honoraires versés par la société Groupe Avenue, sont sans incidence sur l'appréciation du respect de l'obligation de motivation. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'administration fiscale n'a fait que compléter les motifs des rehaussements dans la réponse aux observations du 17 mai 2017, laquelle a pour objet d'exprimer les raisons du rejet des observations des contribuables. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ont été suffisamment informés des motifs de droit et de fait fondant les redressements pour leur permettre de présenter utilement leurs observations. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation des propositions de rectification qui leur ont été notifiées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant des revenus distribués :

12. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués :/ 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ;/ 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ".

13. D'autre part, aux termes du 1 de l'article 39 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Il résulte de ces dispositions que les charges d'une société pouvant être admises en déduction du bénéfice imposable, en application des dispositions précitées de l'article 39 du code général des impôts, doivent avoir été exposées dans l'intérêt direct de l'entreprise ou se rattacher à sa gestion normale, correspondre à des charges effectives et être appuyées de justificatifs.

14. Les impositions en litige procèdent de l'inclusion dans les revenus taxables de M. et Mme B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, des sommes correspondant à un rehaussement des bénéfices de la société Groupe Avenue au titre des années 2012 à 2014, regardées comme des revenus distribués par cette société aux intéressés. En l'espèce, il appartient à l'administration de rapporter la preuve de l'existence et du montant des sommes qu'elle a regardées comme distribuées. Toutefois, la qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application de ces dispositions par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.

15. Il résulte de l'instruction que M. B était associé et gérant unique de la société Groupe Avenue. Dans ces conditions, l'administration a pu, à bon droit, regarder M. B comme étant maître de l'affaire.

Quant aux cadeaux à la clientèle :

16. Il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le résultat imposable de la société Groupe Avenue les dépenses relatives à des cadeaux à la clientèle, dont il a remis en cause le caractère déductible, pour un montant total de 17 941,29 euros en 2012, 2 430 euros en 2013 et 298,91 euros en 2014, au motif que ces dépenses n'ont pas été exposées dans l'intérêt de la société. M. et Mme B soutiennent que ces cadeaux sont inhérents à l'activité de la société Groupe Avenue et ont été effectués dans l'intérêt direct de la société Groupe Avenue. Ils n'apportent toutefois pas d'élément permettant de remettre en cause les constatations faites par la vérificatrice au cours de la vérification de comptabilité de la société Groupe Avenue, selon lesquelles les cadeaux ont soit bénéficié personnellement aux requérants, par l'intermédiaire des sociétés Groupe Avenue et Samoar, dont l'un ou l'autre était associé, soit n'ont pas été effectués dans l'intérêt de l'entreprise. La commission départementale des impôts a d'ailleurs rendu deux avis les 18 novembre 2016 et 9 mars 2018 aux termes desquels " en l'absence de preuve de l'identité du destinataire final, les dépenses comptabilisées correspondant à des cadeaux offerts par la société à sa clientèle ne peuvent être admises dans les charges déductibles de l'exercice au cours duquel elles ont été engagées ". Dans ces conditions, les charges liées aux dépenses de cadeaux ne sont pas justifiées et l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve qui lui incombe de l'existence des distributions litigieuses. M. et Mme B n'apportent pas davantage d'éléments permettant de combattre la présomption suivant laquelle, en sa qualité de maître de l'affaire, M. B a appréhendé ces distributions.

Quant aux honoraires facturés à la société Groupe Avenue par la société Samoar :

17. Il résulte de l'instruction que le service a remis en cause le caractère déductible des honoraires facturés à la société Groupe Avenue par la société Samoar, pour des montants de 579 500 euros au titre de 2013 et de 76 920 euros au titre de 2014, au motif que la société ne justifiait pas de la réalité des prestations rendues. Il résulte de l'instruction que le 1er novembre 2011, la société Groupe Avenue a conclu avec la société Samoar, dont le siège social est situé dans l'Etat du Delaware, aux Etats-Unis, un contrat d'assistance dans la gestion des projets immobiliers, en contrepartie d'une rémunération à hauteur de 10 % du prix de vente des immeubles construits et mis en vente. Les autorités américaines, en réponse à la demande d'assistance administrative internationale, ont notamment informé l'administration fiscale que M. B était l'associé unique et le directeur opérationnel de la société Samoar depuis le 21 octobre 2011. Le compte bancaire de cette société était ouvert dans une banque italienne pour lequel M. et Mme B détenaient la signature. Les requérants soutiennent que les dépenses en litige correspondent à des prestations de conseil et d'assistance assurées par la société Samoar, dans la gestion des projets immobiliers de la société Groupe Avenue, dans sa stratégie et dans le développement de nouveaux concepts. La production de factures datant des 14 juin 2012, 23 juillet 2012, 2 août 2012 et 18 septembre 2013 émises par la société Samoar ne suffisent toutefois pas, à elles-seules, à établir la réalité des prestations effectuées par la société Samoar. Par ailleurs, si les requérants se prévalent de comptes rendus établis dans le cadre du suivi du chantier de construction d'immeubles situés à La Teste de Buch, la simple présence du logo de la société Samoar sur ces documents ne permet pas de les lui attribuer, dans la mesure où ils ne sont pas signés. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve de l'existence d'une minoration du résultat imposable de la société. M. et Mme B n'apportent pas davantage d'éléments permettant de combattre la présomption suivant laquelle, en sa qualité de maître de l'affaire, M. B a appréhendé les distributions résultant de cette minoration.

Quant aux dépenses de missions et réception :

18. Il résulte de l'instruction que le service a remis en cause le caractère déductible des frais de mission et de réception engagés par la société Groupe Avenue au cours des week-end et des jours fériés, au motif que la société ne produisait pas de justificatifs permettant d'établir que ces frais avaient été engagés dans l'intérêt de l'entreprise. M. et Mme B soutiennent d'une part que les frais de déplacement à l'étranger, en particulier à plusieurs occasions à Venise, sont justifiés par des missions confiées par des sociétés, afin notamment d'étudier les différents sites d'implantation possible dans la zone sud de l'arc alpin, " dont Venise est un point stratégique ". Toutefois, en se bornant à produire des échanges écrits avec le directeur général d'une société, relatifs à un projet de développement sur le territoire du sud de l'Arc alpin, les requérants ne justifient pas du lien direct entre ces déplacements et la mission qui aurait été attribuée à la société Groupe Avenue. Les requérants soutiennent d'autre part que les détails apportés concernant les frais de restaurant engagés les jours de fin de semaine et les week-end, qui mentionnent le nombre et le nom des convives, ainsi que le motif des réunions, suffisent à établir que ces frais ont été engagés dans l'intérêt de l'entreprise. Toutefois, ainsi que l'a relevé le service, alors que pour certains de ces frais, les personnes invitées n'étaient pas seules mais en couple, et parfois accompagnées de leurs enfants, les éléments apportés par les requérants ne permettent pas d'établir que ces frais ont effectivement été engagés dans l'intérêt de l'entreprise. La commission départementale des impôts a d'ailleurs estimé dans son avis que " le contribuable n'a pas apporté d'éléments de nature à justifier que les dépenses en litige ont été exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ". Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve de l'existence d'une minoration du résultat imposable de la société. M. et Mme B n'apportent pas davantage d'éléments permettant de combattre la présomption suivant laquelle, en sa qualité de maître de l'affaire, M. B a appréhendé les distributions résultant de cette minoration.

Quant à l'utilisation des véhicules de la société Groupe Avenue :

19. Il résulte de l'instruction que le service a estimé que les deux véhicules pris par la société Groupe Avenue en location longue durée au cours de la période vérifiée, étaient utilisés à usage privatif par M. B, et a alors réintégré dans le résultat imposable de la société 2/7ème des dépenses afférentes à ces véhicules, correspondant aux frais de carburant, parkings et péages, engagés les week-end, au titre des années 2012, 2013 et 2014, au motif qu'il n'est pas établi qu'ils aient été engagés dans l'intérêt de la société. Les requérants soutiennent que M. B utilisait ces véhicules uniquement sur son temps de travail, et pour les besoins de l'activité de la société. Toutefois, alors que les requérants ne produisent aucun élément probant sur la réalité des rendez-vous et déjeuners dont ils se prévalent, les circonstances, d'une part, que les véhicules de la société, qui ne comportent que deux places, seraient inadaptés à une utilisation familiale, d'autre part, que M. B disposait à titre personnel d'un autre véhicule sur cette période, ne suffisent pas à établir que ces véhicules n'auraient pas été utilisés à titre personnel par M. B. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence de distributions, et les requérants n'apportent pas d'éléments de nature à renverser la présomption d'appréhension pesant sur M. B, en sa qualité de maître de l'affaire.

S'agissant des revenus d'origine indéterminée :

20. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

21. Il résulte de l'instruction que l'imposition en litige a été établie d'office en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, M. et Mme B, qui ne contestent pas le recours à la procédure de la taxation d'office, supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions qu'ils contestent.

22. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'année 2014, M. et Mme B ont été imposés d'office à hauteur de la somme de 13 005 euros, correspondant à des versements d'espèces. M. et Mme B soutiennent que ces versements correspondent au remboursement partiel d'une dette résultant d'un prêt consenti à M. A lors de la constitution d'une société en décembre 2009, et que cette dette est inscrite dans les statuts de cette même société. Il résulte toutefois de l'article 6 de ces statuts que M. A n'a pas satisfait à l'endroit de M. B de son apport en capital qu'en conséquence, à compter du 1er janvier 2011, la répartition du capital entre actionnaires a été modifié, et que M. A a cédé le solde de ses parts sociales le 13 janvier 2013 à M. B par un protocole de cession de parts. Dans ces conditions, faute pour M. A d'avoir remboursé à M. B l'apport que ce dernier avait avancé pour son compte, les actions correspondantes ont été transférées à son créancier. En outre, aucun des éléments produit n'est de nature à établir la réalité de ces remboursements en lien avec les dates des remises d'espèces constatées, que la commission départementale des impôts les avait pourtant invités à produire. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a imposé d'office l'intégralité de la somme litigieuse, qualifiée de revenus d'origine indéterminée, au titre de l'année 2014.

23. Il résulte de tout ce qui précède, ainsi que l'a jugé le tribunal administratif de Bordeaux, que l'administration apporte la preuve, par les éléments qu'elle produit, de l'appréhension par M. et Mme B des sommes qu'elle a regardées comme constituant des revenus distribués entre leurs mains, ainsi que de l'existence et du montant des distributions, le contribuable n'étant pas en mesure d'apporter en sens contraire des éléments de nature à justifier que ces frais ont été exposés dans l'intérêt de la société.

24. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2012, 2013 et 2014. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme B à concurrence du dégrèvement de 1 708 euros prononcé le 23 janvier 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme E B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente,

M. Michaël Kauffmann, premier conseiller,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

Pauline DLa présidente,

Evelyne Balzamo

Le greffier,

Christophe Pelletier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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