mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX03493 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | FAGET VINCENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Pau de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.
Par un jugement n° 1801490 du 24 juin 2021, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 25 août 2021 et des mémoires enregistrés les 8 juillet 2022 et 9 septembre 2022, M. A, représenté par Me Faget, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1801490 du tribunal administratif de Pau du 24 juin 2021 ;
2°) à titre principal, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;
3°) à titre subsidiaire, le relever indemne de toute condamnation et mettre celle-ci à la charge de la société d'expertise comptable ACQS expertise conseil ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration ne pouvait pas, pour opérer les rehaussements concernant des catégories de revenus pour lesquelles il n'était pas astreint à la tenue d'une comptabilité, se fonder sur des documents recueillis lors d'une vérification de comptabilité ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration ne lui a pas adressé une demande d'éclaircissement conformément à l'article L. 16 du livre des procédures fiscales ;
- la procédure de rectification n'a pas été effectuée conformément à la doctrine administrative référencée BOI-CF-DG-40-10 et BOI-CF-IOR-10-10 ;
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- l'administration n'apporte pas la preuve de revenus occultes dès lors que le paiement par la société Amelec au cours des années 2014 et 2015 des cotisations sociales relatives à l'activité individuelle de M. A cessée en 2009, est justifié par l'apport de son fonds artisanal réalisé au profit de l'EURL Amelec en 2009 ;
- il a fait l'objet d'une double imposition au titre des années 2013 et 2014.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 février 2022, 8 août 2022 et 12 septembre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'action et des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le mémoire introductif d'instance ne contient aucune critique du jugement attaqué et n'est qu'une copie de la requête présentée en première instance ;
- les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Reynaud,
- les conclusions de Mme Nathalie Gay, rapporteure publique,
- et les observations de Me Faget, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est le gérant et associé unique de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Amelec. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 étendue au 31 décembre 2016 pour le contrôle de la taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de cette vérification de comptabilité, l'administration fiscale a constaté, d'une part, le paiement des charges du régime social des indépendants (RSI) par la société, charges qui relevaient de l'activité antérieure de M. A en tant qu'entrepreneur individuel, d'autre part, l'existence de sommes constituant des revenus distribués au profit du requérant. L'administration a alors procédé au rehaussement des cotisations d'impôt sur le revenu et contributions sociales afférentes de M. A au titre des années 2014 et 2015 pour un montant total de 30 486 euros. La réclamation préalable formée par M. A ayant été rejetée par une décision du 12 juin 2018, celui-ci a demandé au tribunal administratif de Pau de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge. M. A relève appel du jugement n° 1801490 du 24 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.
Sur les conclusions en intervention forcée de la société ACQS expertise conseil :
2. Il résulte de l'instruction que les conclusions présentées par M. A tendant à l'intervention forcée et à l'appel en garantie de la société ACQS expertise conseil n'ont pas été présentées devant les premiers juges. De telles conclusions qui, en tout état de cause, ne relèvent pas de la compétence du juge administratif ne sont, dès lors, pas recevables.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. Elle contrôle également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements (). A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. () ". Selon l'article L. 12 du même livre : " () l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu () / A l'occasion de cet examen, l'administration peut contrôler la cohérence entre d'une part les revenus déclarés et, d'autre part, la situation patrimoniale, la situation de trésorerie et les éléments du train de vie des membres du foyer fiscal () ". L'article L. 13 de ce livre prévoit que : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () ". Selon l'article L. 16 de ce livre : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements () ".
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, lors de la vérification de comptabilité de la société Amelec, l'administration a constaté que cette société avait comptabilisé et payé les charges de régime social des indépendants de M. A, propres à l'activité antérieure d'entrepreneur individuel de l'intéressé, qui n'ont dès lors pas été engagées dans l'intérêt de la société Amelec. Il résulte également de l'instruction que les impositions contestées ont été établies selon la procédure contradictoire à la suite d'un contrôle sur pièces dans le cadre duquel l'administration s'est bornée à tirer les conséquences des constatations révélées par la vérification de comptabilité de la société Amelec sur la situation fiscale personnelle de M. A. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration ne pouvait se fonder sur les documents recueillis lors de la vérification de comptabilité pour procéder aux rehaussements en litige, s'agissant de catégories de revenus pour lesquelles il n'était pas astreint à la tenue d'une comptabilité.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales que la demande d'éclaircissement ainsi prévue n'a pas de caractère obligatoire, de sorte que l'administration n'était en tout état de cause pas tenue, préalablement à l'envoi de la proposition de rectification du 13 septembre 2017, d'adresser à M. A une telle demande.
6. En troisième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L 80 A du livre des procédures fiscales, des doctrines administratives référencées BOI-CF-DG-40-10 et BOI-CF-IOR-10-10, qui sont relatives à la procédure d'imposition.
7. En quatrième et dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence de remise des fichiers des écritures comptables dont la communication avait été demandée au cabinet d'expertise comptable dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Amelec, dès lors que les moyens relatifs à la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre d'une société soumise au régime d'imposition des sociétés de capitaux sont inopérants au regard des impositions personnelles mises à la charge des bénéficiaires des revenus de capitaux mobiliers distribués par cette société. En tout état de cause, la mention dans le courrier adressé à l'administration fiscale par M. A le 17 novembre 2017, selon laquelle " aucun document n'éman[a]nt de la société Amelec ne vient étayer vos observations, ni aucune copie d'annexe justifiant du redressement auquel vous vous référez " ne peut être regardée comme une demande de communication des fichiers d'écritures comptables. Par suite, le moyen tiré du défaut de communication des documents comptables par l'administration fiscale, ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".
9. Les impositions en litige procèdent de l'inclusion dans les revenus taxables de M. A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, de sommes payées et comptabilisées par la société Amelec au titre des années 2014 et 2015, correspondant aux charges de régime social indépendant dues par M. A, que l'administration a qualifiées de revenus distribués entre les mains de l'intéressé.
10. En l'espèce, il appartient à l'administration de rapporter la preuve de l'existence et du montant des sommes qu'elle a regardées comme distribuées.
11. Il n'est pas contesté que la société Amelec a payé des cotisations sociales relatives à l'activité individuelle d'électricien exercée par M. A jusqu'en 2009, pour un montant de 30 561,84 euros en 2014, et de 1 791 euros en 2015. M. A soutient toutefois que la prise en charge de ces cotisations par la société Amelec est justifiée par l'apport de son fonds artisanal d'entreprise d'électricité générale réalisé par acte du 23 décembre 2009, et se prévaut à cet égard d'une attestation du 3 janvier 2018 de son cabinet d'expert-comptable, indiquant que " il est exact que des cotisations concernant votre entreprise individuelle (), aient été payées et enregistrées dans les comptes de la SARL Amelec. Ceci découlait de l'apport de l'entreprise individuelle à la société Amelec au 1er oct 2009, opération antérieure à notre entrée en fonction ". Il résulte toutefois des statuts de l'acte constitutif de la société Amelec produits par l'administration fiscale en défense, que " l'apporteur fera son affaire personnelle de tout passif commercial, fiscal ou parafiscal grevant ou pouvant grever le fonds objet des présentes ", lesquels indiquent également " Transfert de passif : néant ". Par ailleurs, le rapport du commissaire aux apports du 5 décembre 2009, joint à cet acte constitutif, précise que : " le présent apport, net de tout passif, est consenti et accepté moyennant l'attribution à l'apporteur de 1 385 parts sociales, représentant 100 % du capital social ". Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, le transfert du fonds artisanal a été réalisé sans transfert du passif concomitant. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a regardé les sommes en litige comme constituant des revenus distribués entre les mains de M. A sur le fondement des dispositions précitées de l'article 109 du code général des impôts.
12. En second lieu, en se bornant à produire ses avis d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015, M. A n'établit pas que les rehaussements opérés par l'administration fiscale auraient été inclus dans les revenus déclarés au titre de ces mêmes années. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait fait l'objet d'une double imposition.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale, que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et contributions sociales afférentes mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
Mme Pauline Reynaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
Pauline ReynaudLa présidente,
Evelyne Balzamo Le greffier,
Christophe Pelletier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026