mardi 31 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX03863 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. G A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler les arrêtés du 12 juillet 2021 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de 45 jours.
Par un jugement n° 2104226 du 19 juillet 2021, la magistrate désignée du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 4 octobre 2021, M. A, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 19 juillet 2021 ;
2°) d'annuler les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 12 juillet 2021 portant transfert aux autorités italiennes et assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande d'asile et ce, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités italiennes :
- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation dès lors que la décision ne comporte aucun élément sur sa situation personnelle et mentionne à tort qu'il ne s'oppose pas à la décision de transfert alors qu'il a toujours déclaré s'y opposer, ce à quoi le tribunal n'a pas répondu ; en outre, le préfet n'a pas pris en compte ses observations sur une éventuelle décision de transfert vers l'Italie, en particulier les problèmes qu'il a rencontrés en Italie, et a considéré d'office qu'il ne pouvait bénéficier de la clause discrétionnaire sans tenir compte des éléments de sa vie personnelle, notamment son état de santé ;
- elle est entachée de vices de procédure dans la mesure où la décision ne comporte pas d'informations sur la possibilité d'un transfert volontaire en application de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni d'informations relatives au délai de transfert et à la prise en charge par les autorités françaises au-delà de ce délai ;
- il n'est pas établi que les obligations fixées par l'article 5 du règlement (UE) du 26 juin 2013 lors de l'entretien individuel auraient été satisfaites ;
- il n'est pas établi qu'il se serait vu remettre les brochures d'information prévues à l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi qu'il aurait eu connaissance lors de la prise de ses empreintes décadactylaires des informations exigées par l'article 29 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac ;
- il n'est pas établi que la comparaison entre les empreintes digitales relevées en France et le relevé effectué en Italie ait fait l'objet d'une vérification par un expert en empreintes digitales en application de l'article 25 paragraphe 4 du règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac ;
- la décision est entachée d'illégalité dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire national et ignore les raisons pour lesquelles le transfert d'office a été décidé en méconnaissance de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le préfet ne justifie pas que l'Italie aurait été saisie d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 18.1 b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni que l'Italie aurait donné son accord ;
- le préfet n'a pas expliqué les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il n'y avait pas lieu de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 742-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'Italie connaît une situation de défaillance systémique dans la procédure d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Italie et de sa situation particulière, notamment de son état de santé qui est altéré ; il est vulnérable et le préfet aurait dû mettre en œuvre la clause discrétionnaire ; l'Italie n'est pas en mesure de le prendre en charge ; la situation sanitaire actuelle au regard de l'épidémie de Covid 19 doit être prise en compte.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'arrêté de transfert ;
- elle n'est pas justifiée dès lors qu'il bénéficie de garanties de représentation effectives et suffisantes et qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé ;
- elle porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir ;
- le préfet ne justifie pas que l'exécution de l'arrêté de transfert demeure une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le délai de transfert a fait l'objet d'une prolongation jusqu'au 19 janvier 2023 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/018850 du 16 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A, ressortissant nigérian né le 10 mai 1986, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 9 juin 2021 et a déposé une demande d'asile le 14 juin 2021. La consultation du fichier Eurodac, dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile, ayant révélé qu'il avait précédemment sollicité l'asile auprès des autorités italiennes, ces dernières ont été saisies le 17 juin 2021 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé. Les autorités italiennes ont explicitement donné leur accord le 28 juin 2021. Par deux arrêtés du 12 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne a décidé, d'une part, de le transférer aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile et d'autre part, de l'assigner à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de 45 jours. M. A relève appel du jugement du 19 juillet 2021 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la régularité du jugement :
2. Si le requérant soutient que le tribunal n'a pas répondu à son argument selon lequel l'arrêté est insuffisamment motivé car, contrairement à ce qui est mentionné, il s'est toujours opposé à la mesure de transfert, il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que la magistrate désignée du tribunal administratif a, au point 4 de son jugement, exposé les raisons pour lesquelles elle estimait que l'arrêté attaqué était suffisamment motivé. La magistrate désignée, qui n'était pas tenue de répondre à l'ensemble des arguments de la demande, a ainsi suffisamment motivé sa réponse au moyen.
Sur la légalité des arrêtés du 12 juillet 2021 :
En ce qui concerne le moyen commun aux deux arrêtés :
3. Par un arrêté du 10 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, le préfet de la Haute-Garonne, M. D B, a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions de transfert des ressortissants étrangers vers les Etats membres de l'Union Européenne ainsi que les décisions d'assignation à résidence pour permettre l'exécution de ces transferts. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés litigieux doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. (). ". En application de l'article L. 572-1 précité, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Est ainsi suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. S'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement, présenté une demande d'asile dans un autre État membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet État, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'État en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 du règlement.
5. L'arrêté portant transfert aux autorités italiennes de M. A vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les règlements (UE) n° 603-2013 et n° 604-2013 du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir rappelé ses conditions d'entrée en France, l'arrêté mentionne que M. A a sollicité l'asile le 14 juin 2021 auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne et que, dès lors qu'il ressortait du relevé de ses empreintes décadactylaires qu'il avait déposé une demande similaire en Italie le 30 novembre 2016, les autorités italiennes ont été saisies le 17 juin 2021 d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, à laquelle elles ont donné leur accord explicite le 28 juin 2021. La motivation permet ainsi d'identifier le critère dont il a été fait application, à savoir celui du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté indique que l'intéressé ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France, qu'il ne ressort pas des éléments versés au dossier que celui-ci souffrirait d'une pathologie d'une particulière gravité et que l'exécution de son transfert emporterait une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé et qu'en outre l'impossibilité d'accéder à des soins adaptés en Italie n'est pas établie, que l'intéressé n'établit pas être dans l'impossibilité de retourner en Italie et, surtout, n'atteste pas que les autorités italiennes seraient dans l'incapacité d'assurer sa protection ou l'exposeraient à un risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile, que par conséquent la décision ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il conclut que l'Italie n'est pas un État où des défaillances systémiques sont établies et que, par suite, l'ensemble des considérations caractérisant la situation de l'intéressé ne relève pas des dérogations prévues par les articles 3.2, 17.1 ou 17.2 du règlement (UE) précité. Ainsi, et contrairement à ce qui est soutenu, le préfet a pris en compte la situation personnelle de l'intéressé, notamment son état de santé, avant d'ordonner son transfert. Par ailleurs, M. A a déclaré, lors de son entretien individuel en préfecture le 14 juin 2021 au cours duquel il a bénéficié d'un interprète en anglais, langue qu'il a déclaré parfaitement comprendre, ne pas être opposé à son transfert en Italie. Si le requérant soutient qu'il a toujours indiqué s'opposer à son retour en Italie, aucune pièce du dossier ne vient corroborer cette allégation. L'intéressé ne peut donc soutenir que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas pris en compte ses observations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la décision de transférer un demandeur d'asile vers un Etat membre considéré comme responsable de la demande d'asile " contient () si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'État membre responsable ". Il ressort du compte-rendu de l'entretien individuel qui s'est tenu en préfecture que M. A a été informé de la possibilité de quitter le territoire français par ses propres moyens mais il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé aurait manifesté son intention de se rendre en Italie par ses propres moyens. Dans ces conditions, la décision litigieuse n'avait pas à mentionner le lieu et la date auxquels l'intéressé doit se présenter, ces informations n'étant communiquées à l'intéressé qu'en cas de nécessité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 26 du règlement (UE) du 26 juin 2013 doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée mentionne en son article 3, que le transfert de M. A vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile devra avoir lieu dans un délai de six mois suivant l'accord des autorités italiennes et que ce délai pourra être porté à douze mois en cas d'emprisonnement et à dix-huit mois en cas de fuite, en application de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucun texte n'impose à l'autorité compétente de préciser qu'en cas d'inexécution de la décision de transfert dans ces délais, les autorités françaises seront responsables de l'examen de sa demande d'asile.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. () L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
10. Il ressort des termes du résumé de l'entretien individuel que celui-ci a été mené le 14 juin 2021 par un agent qualifié de la préfecture de la Haute-Garonne. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément contraire versé au dossier et alors que les dispositions précitées n'exigent pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent qui l'a mené, cet agent doit être regardé comme une personne qualifiée en vertu du droit national. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ou son conseil aurait demandé à avoir accès au résumé de l'entretien individuel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 25 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales : " Exécution de la comparaison et transmission des résultats () 4. Le résultat de la comparaison est immédiatement vérifié dans l'État membre de réception par un expert en empreintes digitales () ". Ainsi que l'énonce le point 21 de l'exposé des motifs de ce règlement, ces dispositions ont pour objet de garantir la détermination exacte de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile. Il résulte de l'article 25 précité que cette vérification constitue pour les Etats membres une obligation.
12. En l'espèce, M. A se borne à alléguer que le résultat de la comparaison des empreintes relevées par les autorités italiennes et celles relevées en France n'a pas fait l'objet de la vérification par un expert en empreintes digitales. Il ne conteste aucune des informations issues de la comparaison de ses empreintes avec les informations contenues dans la base de données Eurodac. Par suite, il ne peut être considéré que la comparaison n'aurait pas été réalisée dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 25 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013.
13. En septième lieu, M. A reprend en appel, dans des termes strictement identiques, sans critique du jugement et sans élément nouveau, les moyens qu'il avait invoqués en première instance tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'absence de communication des informations exigées par l'article 29 paragraphe 1 du règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013 lors de la prise de ses empreintes décadactylaires, de ce qu'il n'a pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire national et ignore les raisons pour lesquelles le transfert d'office a été décidé en méconnaissance de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'absence de preuve de l'envoi d'une requête de prise en charge aux autorités italiennes et de preuve d'un accord des autorités italiennes à cette prise en charge. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par la magistrate désignée du tribunal administratif aux points 10, 13, 16 et 17 du jugement.
14. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " (). / 2. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ". En vertu de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ".
15. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
16. M. A fait valoir qu'il existerait des défaillances systémiques dans le traitement des demandes d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs en Italie, que les autorités italiennes seraient dans l'impossibilité de prendre en charge de façon satisfaisante les personnes vulnérables, en particulier celles qui, comme lui, ont un état de santé altéré. Toutefois, si les rapports d'information émanant d'organisations non gouvernementales auxquels il se réfère, et notamment le quatrième rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), dont il ne produit au demeurant aucun extrait, font état des difficultés rencontrées par l'Italie pour faire face à l'afflux massif de migrants, ils ne suffisent pas à établir l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil de ces derniers. S'il soutient qu'il risque de se voir privé de toute possibilité d'hébergement par les autorités italiennes au motif que sa demande d'asile aurait déjà été rejetée dans ce pays, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait, à la date de l'arrêté, un risque sérieux et avéré de craindre que la situation du requérant ne soit pas réexaminée en Italie selon des modalités conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile ou que l'intéressé y soit exposé à des traitements présentant un caractère inhumain ou dégradant. Par ailleurs, si M. A fait valoir ses problèmes de santé et s'il ressort des documents médicaux produits qu'il souffre de céphalées récurrentes et de troubles psychologiques, ces éléments ne suffisent pas à caractériser une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle à son transfert en Italie, ni à démontrer que ce pays ne serait pas en mesure de le prendre en charge et de lui délivrer les soins et les traitements médicaux nécessaires, en dépit de la situation sanitaire liée à l'épidémie de Covid 19. Par suite, en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et en prononçant son transfert aux autorités italiennes, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
17. En premier lieu, M. A reprend en appel, dans des termes strictement identiques et sans aucune critique du jugement, les moyens qu'il avait invoqués en première instance tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut de base légale de l'arrêté en raison de l'illégalité de la mesure de transfert sur laquelle il se fonde, et de l'atteinte excessive portée à sa liberté d'aller et venir. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par la magistrate désignée du tribunal administratif aux points 25, 26 et 29 du jugement.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".
19. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une décision de transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile concomitamment à la mesure d'assignation à résidence litigieuse. L'accord explicite des autorités italiennes, en date du 28 juin 2021, étant valide pour une période de six mois, l'autorité préfectorale a pu légalement considérer que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable. En outre, le préfet a estimé que M. A justifiait de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il disposait d'une domiciliation postale à Toulouse. La circonstance que l'intéressé aurait satisfait à toutes les convocations qui lui ont été adressées n'est pas de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision contestée dès lors que les dispositions précitées de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne conditionnent pas leur mise en œuvre à l'existence d'un risque de fuite. Par suite, en assignant M. A à résidence, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 751-2.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. G A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2022.
La rapporteure,
Laury C
La présidente,
Elisabeth JayatLa greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026