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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX03963

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX03963

lundi 11 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX03963
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET BONNEAU CASTEL PORTIER GUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Par un jugement n° 2101202 du 16 septembre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête et un mémoire, enregistrée les 11 et 19 octobre 2021, M. A, représenté par Me Guillard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2101202 du tribunal administratif de Poitiers du 16 septembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 9 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

- l'arrêté attaqué ne comporte pas la signature manuscrite de son auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dès lors qu'il en remplit l'ensemble des conditions et que, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, le jugement supplétif d'acte de naissance rendu par le tribunal de première instance de Conakry III du 12 septembre 2019 qu'il a produit est authentique ; il produit la copie d'un jugement supplétif de ce tribunal, légalisé le 28 avril 2021 par l'ambassade de Guinée en France, ainsi qu'une attestation de l'ambassade de Guinée justifiant de son état civil et une carte d'identité consulaire, délivrée le 15 mai 2020 ;

- contrairement à ce qu'a estimé le préfet, ses résultats scolaires sont excellents et ses formations ont donné entière satisfaction, ainsi qu'il en ressort de la note rédigée par les services du département.

La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2021.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2007-1205 du 10 août 2007 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a déclaré être entré irrégulièrement en France au cours du mois de novembre 2017. Se disant né le 10 octobre 2002, il a été pris en charge, à compter du 8 décembre 2017, en tant que mineur isolé, par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Charente-Maritime jusqu'à sa majorité. Le 13 mai 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 2° bis de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté du 9 avril 2021, le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. A relève appel du jugement du 16 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". La décision litigieuse, qui comporte, en caractères lisibles, les mentions prévues par les dispositions précitées, a été signée par M. Pierre Molager, secrétaire général, auquel le préfet de la Charente-Maritime a, par arrêté du 11 mai 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, donné délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette signature ne serait pas manuscrite mais résulterait de l'apposition d'un tampon reproduisant une telle signature. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 précité doit être écarté.

3. En second lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'étranger qui, n'étant pas déjà admis à résider en France, sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande : / 1° les indications relatives à son état civil () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code, dans sa rédaction applicable : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Cet article 47 du code civil prévoit, dans sa rédaction alors en vigueur, que : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Enfin le décret du 10 août 2007 relatif aux attributions du ministre des affaires étrangères, des ambassadeurs et des chefs de poste consulaire en matière de légalisation d'actes, dans sa rédaction alors en vigueur, antérieurement à l'adoption du décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, prévoit que, sous réserve des stipulations des conventions applicables, les ambassadeurs et les chefs de postes consulaires à l'étranger procèdent à la légalisation des actes publics émanant d'une autorité de l'Etat de résidence et destinés à être produits en France, dont la liste figure à l'article 3 et au nombre desquels figurent notamment les expéditions des décisions des juridictions ainsi que les actes de l'état civil établis par les officiers de l'état civil, la légalisation étant définie comme " la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. " qui donne lieu " à l'apposition d'un cachet dont les caractéristiques sont définies par arrêté du ministre des affaires étrangères. ".

5. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour établir sa naissance au 10 octobre 2002 et, partant, son état de minorité lors de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, M. A a notamment transmis à l'administration, dans le cadre de l'instruction de sa demande, un jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal de première instance de Conakry III du 12 septembre 2019 et un extrait d'acte de naissance du 1er octobre 2019, issu de la transcription de ce jugement au registre d'état civil de la ville de Conakry - commune de Matoto. Toutefois, il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, le jugement du 12 septembre 2019, qui, en application des dispositions précitées au point 4, devait être légalisé soit, en France, par le consul du pays où l'acte a été établi, soit, à l'étranger, par le consul de France établi dans ce pays, seules autorités habilitées, comportait une légalisation de la signature de la magistrate ayant rendu ce jugement n'émanant que de Mme C, juriste au ministère des affaires étrangères guinéen, sans que la signature de cette dernière ne soit elle-même légalisée, en France, par le consul de la Guinée. En admettant même, ainsi que le soutient l'appelant, que puisse être prise en compte l'exécution de cette formalité à la date du 28 avril 2021, soit postérieurement à la date de l'arrêté contesté, rien ne permet d'établir, alors que la compétence de la signataire a été remise en cause par le préfet en première instance, que Mme B A, " chargée des affaires consulaires " selon les termes du cachet apposé sur sa signature, était compétente pour procéder à la légalisation des actes présentés par M. A alors, au demeurant, que cette légalisation ne concerne que la signature du chef du greffe ayant signé le jugement du

12 septembre 2019 et non celle de la magistrate ayant rendu ce jugement. Par ailleurs, si le requérant verse au dossier une carte d'identité consulaire et une attestation délivrées par les autorités guinéennes, ces documents, qui ne constituent pas des actes d'état civil, ne sont pas de nature à justifier de son identité dès lors qu'ils ont été établis sur le fondement d'actes d'état civil eux-mêmes non probants. Dans ces conditions, alors même que les doutes quant à la minorité du requérant, exprimés par les services de l'aide sociale à l'enfance dans un rapport du

23 août 2018 n'ont pas fait obstacle au renouvellement de son placement, sur décision judiciaire, auprès de ces services et sans qu'ait d'incidence la circonstance que l'intéressé n'a pas été pénalement mis en cause pour fraude ou escroquerie, le préfet a pu légalement considérer que les éléments en sa possession étaient suffisants pour écarter, comme dépourvus de valeur probante, les actes d'état civil fournis par M. A et renverser la présomption simple résultant de l'article 47 du code civil. Par suite, alors même que les autres conditions prévues par le 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient satisfaites, l'autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions de cet article en rejetant la demande de titre de séjour présentée par le requérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. E A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente,

M. Nicolas Normand, premier conseiller,

M. Michaël Kauffmann, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,

Michaël D La présidente,

Evelyne Balzamo

Le greffier,

Fabrice Phalippon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt. MC

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