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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX04107

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX04107

mardi 11 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX04107
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2101787 du 13 juillet 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté la requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, M. B, représenté par Me Canadas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 du préfet des Pyrénées-Atlantiques ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal n'a pas suffisamment examiné les moyens soulevés à l'appui de sa contestation de l'arrêté en litige ;

- l'arrêté, qui ne comporte aucune mention précise sur sa vie privée et familiale, est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et repose sur une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ; il serait totalement isolé s'il quittait la France ; il ne dispose pas d'attache familiale ni de lien personnel fort au Venezuela ; il est établi en France depuis de nombreuses années ;

- l'arrêté ne repose pas sur un examen sérieux de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale, entachée d'erreur manifeste d'appréciation et contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français est privée de base légale ;

- cette décision n'est pas motivée ;

- cette mesure d'interdiction de circulation est disproportionnée au regard des circonstances particulières de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le tribunal a suffisamment examiné les moyens invoqués par M. B ;

- l'arrêté est motivé en droit et en fait ;

- il ressort des motifs de l'arrêté qu'il a été procédé à un examen particulier de la situation de M. B ;

- le signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature du préfet des Pyrénées-Atlantiques ; l'arrêté n'est ainsi pas entaché d'incompétence de son auteur ;

- aucune précision n'est apportée à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le requérant ne justifie pas de l'ancienneté de sa présence en France ; il n'établit pas entretenir une relation particulière avec ses sœurs et son frère résidant en France et n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils, âgé de dix ans ; il ne justifie pas davantage d'une insertion notable dans la société française ; l'arrêté n'a ainsi pas été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'était pas illégale, celles portant fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français ne sont pas dépourvues de base légale ;

- l'interdiction de circulation pour une durée d'un an est justifiée au regard de la menace à l'ordre public et de la situation personnelle et familiale de M. B en France.

Par ordonnance du 04 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C A a été entendu au cours de l'audience publique .

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant italien, relève appel du jugement du 13 juillet 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2021 du préfet des Pyrénées-Atlantiques lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Contrairement à ce qu'affirme M. B, sans autre précision, le jugement est suffisamment motivé.

3. La critique des motifs relève du bien-fondé, et non de la régularité du jugement.

Au fond :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, M. Eddie Bouttera, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, a reçu délégation, par arrêté du 14 avril 2021 du préfet des Pyrénées-Atlantiques publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré du signataire de l'arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les éléments de fait et de droit qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;() ".

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B, qui ne conteste plus en appel que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions citées au point 7, fait valoir qu'il réside en France depuis de nombreuses années et y dispose de l'essentiel de ses attaches personnelles et familiales. Cependant, il n'établit pas plus en appel qu'en première instance l'ancienneté alléguée de sa présence en France. Par ailleurs, et ainsi que l'a relevé la première juge, il est célibataire et n'entretient plus, depuis 2012, de relations avec son fils mineur résidant sur le territoire. Il ne fait enfin état d'aucun autre lien particulier en France. Dans ces conditions, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, cette décision ne repose pas sur une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait elle-même illégale.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Pour fixer la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé, notamment la durée de son séjour en France, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle en France, ainsi que de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.

14. Il y a lieu d'écarter par adoption des motifs pertinents retenus par la première juge le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'interdiction de circulation sur la situation personnelle du requérant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande. Ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par suite, être accueillies.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

Marie-Pierre Beuve ALe président,

Didier Artus

Le greffier,

Anthony Fernandez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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