mardi 6 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX04497 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | BRUNIE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M C A a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler la décision du 5 avril 2018 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a procédé au retrait de son habilitation " secret défense " et d'enjoindre au préfet de lui communiquer des précisions et les motifs ayant justifié le retrait de cette habilitation.
Par un jugement avant dire droit n° 1800929 du 3 décembre 2020 puis un jugement au fond du 7 octobre 2021, le tribunal administratif de Limoges a annulé la décision du 5 avril 2018 et rejeté le surplus de ces demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges du 7 octobre 2021 ;
2°) de rejeter les demandes présentées par M. A devant le tribunal administratif.
Il soutient que :
- le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retirant l'habilitation " secret défense " à l'intéressé ;
- les autres moyens de la requête doivent être rejetés par adoption des motifs retenus par le tribunal dans son jugement avant-dire droit.
Par un mémoire enregistré le 14 avril 2022, M. A, représenté par Me Brunie, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais exposés pour l'instance.
Il soutient que la décision annulée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- le code de la défense ;
- l'arrêté du Premier ministre du 30 novembre 2011 portant approbation de l'instruction générale interministérielle n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les conclusions de Mme Le Bris, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, capitaine de police, a exercé à compter de 2010 les fonctions de chef de la division " dérives urbaines, repli identitaire ", service rattaché au service départemental du renseignement territorial (SDRT) de la Haute-Vienne. Par une décision du 5 avril 2018, le préfet de la Haute-Vienne a procédé au retrait de son habilitation " secret défense ". Le ministre de l'intérieur relève appel du jugement du 7 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Limoges a annulé cette décision.
Sur le moyen retenu par les premiers juges :
2. Aux termes de l'article 23 de l'instruction générale interministérielle n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale approuvée par un arrêté interministériel du 30 novembre 2011 : " La demande d'habilitation déclenche une procédure destinée à vérifier qu'une personne peut, sans risque pour la défense et la sécurité nationale ou pour sa propre sécurité, connaître des informations ou supports classifiés dans l'exercice de ses fonctions. La procédure comprend une enquête de sécurité permettant à l'autorité d'habilitation de prendre sa décision en toute connaissance de cause ". L'article 24 de cette même instruction précise que : " L'enquête de sécurité menée dans le cadre de la procédure d'habilitation est une enquête administrative permettant de déceler chez le candidat d'éventuelles vulnérabilités () L'enquête administrative est fondée sur des critères objectifs permettant de déterminer si l'intéressé, par son comportement ou par son environnement proche, présente une vulnérabilité, soit parce qu'il constitue lui-même une menace pour le secret, soit parce qu'il se trouve exposé à un risque de chantage ou de pressions pouvant mettre en péril les intérêts de l'Etat, chantage ou pressions exercés par un service étranger de renseignement, un groupe terroriste, une organisation ou une personne se livrant à des activités subversives ". Aux termes de l'article 31 de cette même instruction : " 3. Retrait d'habilitation : / La décision d'habilitation ne confère pas à son bénéficiaire de droit acquis à son maintien. L'habilitation peut être retirée en cours de validité ou à l'occasion d'une demande de renouvellement si l'intéressé ne remplit plus les conditions nécessaires à sa délivrance, ce qui peut être le cas lorsque des éléments de vulnérabilité apparaissent, signalés par exemple par : / - le service enquêteur ; / - le supérieur hiérarchique ou l'officier de sécurité concerné, à la suite d'un changement de situation ou de comportement révélant un risque pour la défense et la sécurité nationale. / La décision de retrait est notifiée à l'intéressé dans les mêmes formes que le refus d'habilitation, décrites à l'article 26 de la présente instruction, sans que les motifs lui soient communiqués s'ils sont classifiés. L'intéressé est informé des voies de recours et des délais qui lui sont ouverts pour contester cette décision. ".
3. L'article L. 2312-4 du code de la défense dispose que : " Une juridiction française dans le cadre d'une procédure engagée devant elle peut demander la déclassification et la communication d'informations, protégées au titre du secret de la défense nationale, à l'autorité administrative en charge de la classification. Cette demande est motivée. L'autorité administrative saisit sans délai la Commission consultative du secret de la défense nationale ". Aux termes de l'article L. 2312-1 du code de la défense : " La Commission consultative du secret de la défense nationale est une autorité administrative indépendante. Elle est chargée de donner un avis sur la déclassification et la communication d'informations ayant fait l'objet d'une classification en application des dispositions de l'article 413-9 du code pénal, à l'exclusion des informations dont les règles de classification ne relèvent pas des seules autorités françaises ".
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il statue sur une demande d'annulation d'une décision portant retrait d'une habilitation " secret défense " de contrôler, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, la légalité des motifs sur lesquels l'administration s'est fondée. Il lui est loisible de prendre, dans l'exercice de ses pouvoirs généraux de direction de l'instruction, toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à former sa conviction, sans porter atteinte au secret de la défense nationale. Enfin, il lui revient, au vu des pièces du dossier, de s'assurer que la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. La décision litigieuse du 5 avril 2018 est fondée sur une note du directeur départemental de la sécurité publique de la Haute-Vienne du 26 février 2018, laquelle a été produite pour la première fois en cause d'appel par le ministre de l'intérieur. Il ressort de cette note que M. A ferait " preuve, selon un service partenaire, d'une très grande déloyauté en incitant, notamment, des membres des communautés étrangères suivies localement à ne plus communiquer avec le SDRT, en dénigrant sa hiérarchie, la présentant tout à la fois comme peu fiable et xénophobe. " Cette note ajoute que des éléments plus précis et circonstanciés sont consignés par le service partenaire dans un rapport classifié " confidentiel-défense " et que la commission consultative du secret de la défense nationale a émis un avis défavorable à la communication au tribunal de ce rapport.
6. Au vu de ces éléments, non dénués de toutes précisions et de nature à révéler de potentielles vulnérabilités de l'intéressé susceptibles de mettre en péril les intérêts de l'Etat, et dès lors qu'il incombe à l'administration de s'assurer que les personnes bénéficiant de l'habilitation " secret défense " ne présentent aucun risque de compromission des informations classifiées " secret défense " eu égard à l'importance particulière de celles-ci pour la sécurité et la défense nationales, le préfet a pu, à bon droit, considérer que M. A ne présentait plus les garanties nécessaires pour bénéficier de l'habilitation dont s'agit et décider, à titre préventif de procéder au retrait de celle-ci.
7. Par suite, et sans que M. A puisse utilement se prévaloir de ce que ses relevés de carrière étaient jusqu'alors exemplaires, de la circonstance qu'il s'est écoulé plus d'un mois entre la réception par le préfet de la Haute-Vienne de la note de la DDSP et l'édiction de la décision litigieuse, et de ce qu'à la date cette décision il était en congé de maladie pour un syndrome anxiodepressif lié à ses conditions de travail, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont considéré que la décision de retrait d'habilitation était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. A devant le tribunal administratif de Limoges.
Sur les autres moyens invoqués devant le tribunal administratif :
9. En premier lieu, M. A soutient que le procès-verbal de notification de la décision en litige n'aurait pas été signé par une autorité ayant la qualité d'officier de sécurité au sens des articles 26 et 31 de l'instruction générale interministérielle sur la protection du secret de la défense nationale approuvée par un arrêté du 30 novembre 2011. Toutefois cette circonstance, à la supposer établie, demeure sans incidence sur la légalité de la décision du 5 avril 2018.
10. En second lieu, M. A ne peut pas utilement soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un détournement de pouvoir en lien avec la dégradation des relations qu'il entretient avec sa hiérarchie directe dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent arrêt que les informations transmises par un service partenaire justifiaient que le préfet de la Haute-Vienne retire à M. A son habilitation " secret défense ".
11. Il résulte tout ce qui précède que le ministre est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont annulé la décision du 5 avril 2018 portant retrait de l'habilitation " secret défense " de M. A. Par suite, il est également fondé à demander l'annulation de ce jugement et le rejet de l'ensemble des conclusions présentées par M. A devant le tribunal administratif.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle ce que la somme que demande M. A soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Limoges du 7 octobre 2021 est annulé.
Article 2. : Les conclusions présentées par M. A devant le tribunal administratif et devant la cour sont rejetées.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Laurent Pouget, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2024.
Le rapporteur,
Manuel B
Le président,
Laurent PougetLa greffière,
Chirine Michallet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°21BX04497
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026