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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX04745

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX04745

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX04745
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. I C F a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 N lequel la préfète de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile.

N un jugement n° 2106649 du 24 décembre 2021, le magistrat désigné N la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a fait droit à sa demande.

Procédure devant la cour :

N une requête enregistrée le 30 décembre 2021, la préfète de la Gironde demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 24 décembre 2021 ;

2°) de rejeter la requête de M. C F.

Elle soutient que c'est à tort que le magistrat désigné N la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a accueilli le moyen tiré de ce que l'arrêté de transfert en litige a été signé N une autorité incompétente, Mme J ayant reçu délégation à l'effet de signer cet acte.

N un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, M. C F, représenté N Me Lanne, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête de la préfète de la Gironde, à ce qu'il soit enjoint à cette dernière de lui délivrer l'attestation de demandeur d'asile ainsi que l'imprimé permettant de déposer sa demande d'asile auprès de l'OFPRA dans le délai de quinze jours suivant l'arrêt à intervenir et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, à la transmission d'une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne concernant les articles 17, 22 et 27 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et de sursoir à statuer dans l'attente de sa réponse.

Il soutient que les moyens invoqués N la préfète de la Gironde ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2022 à 12 heures.

Un mémoire enregistré le 2 mai 2022 a été présenté N la préfète de la Gironde.

M. C F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale N décision du 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme K L a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. I C F, ressortissant mauritanien né le 20 décembre 1980, a déclaré être entré en France le 5 juin 2021. Le 8 juin 2021, il s'est présenté à la préfecture de la Gironde afin d'y déposer une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires ayant révélé qu'il avait précédemment déposé une demande similaire en Espagne le 14 janvier 2021, les autorités espagnoles ont été saisies, le 6 juillet 2021, d'une demande de prise en charge, sur le fondement de l'article 13-1 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Cette demande a été acceptée N une décision implicite des autorités espagnoles née le 8 septembre 2021. N arrêté du 1er décembre 2021, la préfète de la Gironde a ordonné sa remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. N un jugement du 24 décembre 2021, le magistrat désigné N la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a annulé cet arrêté. La préfète de la Gironde relève appel de ce jugement dont elle demande l'annulation.

Sur le moyen d'annulation retenu N le tribunal administratif :

2. Pour annuler l'arrêté de transfert en litige, le premier juge a accueilli le moyen tiré de ce que cet arrêté avait été signé N une autorité incompétente.

3. L'arrêté attaqué du 1er décembre 2021 a été signé N Mme D J, cheffe du pôle régional Dublin de la préfecture de la Gironde. N un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2021-177 de la préfecture de la Gironde, la préfète de ce département a donné délégation à Mme J, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A H, directeur des migrations et de l'intégration, de Mme E M, directrice adjointe, et de Mme G B, chef du bureau de l'asile et du guichet unique, à l'effet de signer les décisions relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration en ce qui concerne les décisions relevant du pôle régional Dublin. Il ressort de l'arrêté du 31 mars 2021 portant organisation des services de la préfecture de la Gironde, accessible sur internet, que la direction des migrations et de l'intégration, qui met en œuvre les prérogatives de l'Etat dans la conduite des politiques liées au droit des étrangers en France, est notamment composée du bureau de l'asile, du guichet unique des demandeurs d'asile et du pôle régional Dublin lequel est compétent pour mener à terme les dossiers de

demande d'asile dont la responsabilité relève d'un autre pays européen. Figurent ainsi nécessairement au nombre des décisions relevant de ce pôle les arrêtés de transfert. Il n'est ni établi ni même allégué que les supérieurs hiérarchiques de

Mme J n'auraient pas été absents ou empêchés le 1er décembre 2021, date de la décision

contestée. N suite, c'est à tort que le magistrat désigné du tribunal

administratif de Bordeaux s'est fondé sur le motif tiré de l'incompétence de son signataire pour

annuler cet arrêté.

4. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige N l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés N M. C F devant le magistrat désigné N la présidente du tribunal administratif de Bordeaux.

Sur les autres moyens soulevés N M. C F :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise N l'autorité administrative. () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, en particulier le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les articles L. 572-1 à 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que M. C F a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 5 juin 2021 en provenance d'un autre Etat membre, qu'il s'y est maintenu sans être muni des documents et visa exigés, qu'il s'est présenté à la préfecture de la Gironde le 8 juin 2021 pour formuler une demande d'asile et que le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Espagne le 14 janvier 2021, ce qui a conduit les autorités françaises à formuler le 6 juillet 2021 une demande de prise en charge de l'intéressé auprès de cet Etat en application de l'article 13-1 du règlement du 26 juin 2013, implicitement acceptée N les autorités espagnoles le 8 septembre 2021. Il ajoute qu'il ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France et que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation de l'intéressé ne relève pas des dérogations prévues N les articles 3-2, 17-1 ou 17-2 du règlement du 26 juin 2013. Ainsi, quand bien même il ne précise pas la date de réception N les autorités espagnoles de la demande de prise en charge formulée N les autorités françaises qui se déduit au demeurant des informations délivrées, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. N suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données N écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3./ Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, N exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ".".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C F s'est vu remettre, le 8 juin 2021, jour du dépôt de sa demande d'asile à la préfecture de la Gironde, le guide du demandeur d'asile, ainsi que les brochures d'information A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". En l'absence de tels documents rédigés en langue hassanya, seule langue que le requérant a déclaré comprendre, les brochures lui ont été remises en langue française et les informations contenues dans ces brochures ont été portées à sa connaissance N l'intermédiaire d'un interprète, ainsi que cela ressort des mentions portées sur le formulaire du 8 juin 2021 et de l'attestation délivrée N cet interprète. En outre, selon le compte-rendu de l'entretien individuel signé N ses soins, l'intéressé a déclaré avoir reçu l'information sur les règlements communautaires et avoir compris la procédure engagée à son encontre. Ces documents sont établis conformément aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 et comportent toutes les informations prévues N l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 précité. N suite, M. C F n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions citées au point précédent de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () /4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C F a bénéficié le 8 juin 2021, dans les locaux de la préfecture de la Gironde, de l'entretien individuel prévu N les dispositions précitées, entretien qui a été assuré N un agent qualifié de la préfecture. Ainsi qu'il a été dit, l'entretien s'est déroulé en présence d'un interprète en langue " hassanya " de l'organisme ISM-Interprétariat déclarée comprise N l'intéressé. Le résumé de l'entretien individuel produit N la préfecture indique que M. C F a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre et avoir notamment été informé de ce qu'en vertu de l'article 41 du règlement (UE) n°604/2013 il avait la possibilité de présenter des observations. Il ressort de l'attestation de prestation d'interprétariat que la durée de cet entretien a été de 15 minutes. A cet égard, et en l'absence notamment de toute remarque de l'intéressé sur ce point, cet entretien doit être regardé comme ayant eu une durée raisonnable. N suite, M. C F n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions citées au point précédent de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement n° 604/2013 : " Présentation d'une requête aux fins de prise en charge- 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / () / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés N le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite () ". Il résulte de ces dispositions, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-670/16 du 26 juillet 2017, qu'une décision de transfert vers un Etat membre autre que celui auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite ne saurait être valablement adoptée une fois expiré le délai de trois mois prévu N le 1 précité de l'article 21 (point 53). La Cour a précisé que ces dispositions contribuent de manière déterminante à la réalisation de l'objectif de célérité dans le traitement des demandes de protection internationale, mentionné au considérant 5 du règlement Dublin III, en garantissant, en cas de retard dans la conduite de la prise en charge, que l'examen de la demande de protection internationale soit effectué dans l'Etat membre où cette demande a été introduite afin de ne pas différer davantage cet examen N l'adoption et l'exécution d'une décision de transfert (point 54).

12. N ailleurs, aux termes de l'article 20 du règlement n°604/2013 : " Début de la procédure - 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté N le demandeur ou un procès-verbal dressé N les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible () ". Il résulte de ces dispositions, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-670/16, qu'au sens du paragraphe 2 de l'article 20 précité, une demande de protection internationale est réputée introduite lorsqu'un document écrit, établi N une autorité publique et attestant qu'un ressortissant de pays tiers a sollicité la protection internationale, est parvenu à l'autorité chargée de l'exécution des obligations découlant de ce règlement et, le cas échéant, lorsque seules les principales informations figurant dans un tel document, mais non celui-ci ou sa copie, sont parvenues à cette autorité. La cour a également précisé, dans cet arrêt, que, pour pouvoir engager efficacement le processus de détermination de l'Etat responsable, l'autorité compétente a besoin d'être informée, de manière certaine, du fait qu'un ressortissant de pays tiers a sollicité une protection internationale, sans qu'il soit nécessaire que le document écrit dressé à cette fin revête une forme précisément déterminée ou qu'il comporte des éléments supplémentaires pertinents pour l'application des critères fixés N le règlement Dublin III ou, a fortiori, pour l'examen au fond de la demande, et sans qu'il soit nécessaire à ce stade de la procédure qu'un entretien individuel ait déjà été organisé (point 88).

13. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Gironde le 8 juin 2021. N un courriel du 8 juillet 2021, les autorités espagnoles ont admis leur responsabilité dans l'examen de la demande d'asile de M. C F en précisant qu'une décision implicite d'acceptation naitrait après l'expiration du délai de deux mois, prévu à l'article 22 du règlement du 26 juin 2013. A cet égard, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, qu'une décision implicite d'acceptation de prise en charge de la demande d'asile de M. C F N les autorités espagnoles est née le 8 septembre 2021. N ailleurs, il n'est pas contesté que l'arrêté de transfert en litige est intervenu dans le délai requis N l'article 29 du même règlement. Dans ces conditions, en dépit des mentions contenues dans le courriel du 8 juillet 2021, la procédure de transfert, qui a tenu compte de la naissance de la décision implicite d'acceptation le 8 septembre 2021, a été menée dans le respect de l'objectif de célérité dans le traitement des demandes de protection internationale, tel que mentionné au considérant 5 de ce règlement.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3.2 du règlement du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. / () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. N dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée N un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement / () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement N écrit ". Si la mise en œuvre, N les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies N les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée N un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

15. Il résulte de ces dispositions que la présomption selon laquelle un Etat partie à la convention de Dublin du 15 juin 1990 respecte ses obligations découlant de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est renversée en cas de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant subi N ces derniers. Les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 prévoient ainsi que chaque État membre peut examiner une demande d'asile qui lui est présentée N un ressortissant d'un pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés N ce règlement. Cette possibilité, également prévue N l'article 17 du même règlement, doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ce cas, les autorités d'un pays membre peuvent, en vertu du règlement communautaire précité, s'abstenir de transférer le ressortissant étranger vers le pays pourtant responsable de sa demande d'asile si elles considèrent que ce pays ne remplit pas ses obligations au regard de la Convention, notamment compte tenu de la durée du traitement et de ses effets physiques et mentaux ainsi que, parfois, du sexe, de l'âge, de l'état de santé du demandeur.

16. L'Espagne étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée N le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. C F soutient que les autorités espagnoles auraient volontairement pris la décision de ralentir la procédure d'examen de sa demande d'asile en faisant naitre une décision implicite d'acceptation de prise en charge, cette seule circonstance, au demeurant non établie, n'est pas de nature à démontrer que l'Espagne connaitrait actuellement des défaillances systémiques dans les conditions d'accueil qu'elle réserve aux demandeurs d'asile et que leur demande serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée N les autorités de ce pays dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées N le respect du droit d'asile. N suite, M. C F n'apporte pas d'éléments circonstanciés susceptibles de renverser la présomption susmentionnée. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a pu, sans commettre d'erreur de droit au regard des dispositions précitées, ni d'erreur manifeste d'appréciation, s'abstenir de faire usage de la clause discrétionnaire prévue N les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle, que la préfète de la Gironde est fondée à soutenir que c'est à tort que, N le jugement attaqué, le magistrat désigné N la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a annulé son arrêté du 1er décembre 2021. Doivent être rejetées l'ensemble des conclusions de M. C F en ce compris celles à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2106649 du 24 décembre 2021 du magistrat désigné N la présidente du tribunal administratif de Bordeaux est annulé.

Article 2 : La demande présentée N M. C F devant le tribunal administratif de Bordeaux et ses conclusions d'appel sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. I C F, à Me Lanne et au ministre de l'intérieur. Copie en sera délivrée à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Karine Butéri, présidente,

M. Olivier Cotte, premier conseiller,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère,

Rendu public N mise à disposition au greffe, le 9 juin 2022.

La rapporteure,

Caroline L

La présidente,

Karine ButériLa greffière,

Catherine Jussy La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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