vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX00413 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | REIX |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A E a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 14 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Dordogne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de son fils mineur, C E.
Par un jugement n° 2100103 du 29 septembre 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2022, et des mémoires en production de pièces enregistrés les 8 février et 27 octobre 2022, M. E, représenté par Me Reix, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 29 septembre 2021 ;
2°) d'annuler la décision du préfet de la Dordogne du 14 octobre 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer l'autorisation sollicitée et de délivrer à son épouse le même titre de séjour que le sien, et à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à rendre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New York sur les droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 novembre 2022 à 12 heures.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 novembre 2021 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. F G.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain, a demandé le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, Mme D B et de son fils mineur, C E. Par une décision du 5 août 2019, le préfet de la Dordogne a rejeté sa demande. Par un jugement du 23 septembre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette décision et a enjoint au préfet de réexaminer cette demande. Par une décision du 14 octobre 2020, le préfet de la Dordogne a rejeté une nouvelle fois la demande de regroupement présentée par M. E. Ce dernier relève appel du jugement du 29 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins un an, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 411-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article R. 411-6 du même code : " Le bénéfice du regroupement familial ne peut être refusé à un ou plusieurs membres de la famille résidant sur le territoire français dans le cas où l'étranger qui réside régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 411-1 et R. 411-2 contracte mariage avec une personne de nationalité étrangère régulièrement autorisée à séjourner sur le territoire national sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'un an. Le bénéfice du droit au regroupement familial est alors accordé sans recours à la procédure d'introduction. Peuvent en bénéficier le conjoint et, le cas échéant, les enfants de moins de dix-huit ans de celui-ci résidant en France, sauf si l'un des motifs de refus ou d'exclusion mentionnés aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-5 leur est opposé ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. De première part, il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence illégale sur le territoire français de membres de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'intérêt supérieur d'un enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
5. Il ressort des termes même de la décision litigieuse du 14 octobre 2020 que, pour refuser à M. E le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de son enfant, le préfet de la Dordogne s'est fondé sur le seul motif tiré de ce que " sa situation n'a pas changé " en ce que " [son] épouse et [son] enfant résident toujours avec lui sur le territoire français " et que son épouse a fait " l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ". Il suit de là que le préfet de la Dordogne n'a pas apprécié la situation de M. E au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant alors qu'il lui appartenait de procéder à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des incidences de son refus sur la situation de son épouse au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et sur son enfant au regard de son intérêt supérieur. Par suite, le préfet de la Dordogne doit être regardé comme s'étant, à tort, estimé lié par la présence illégale sur le territoire français de membres de la famille bénéficiaire de la demande pour rejeter la demande dont il était saisi et a, dès lors, méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation, entachant ainsi sa décision d'une erreur de droit.
6. De seconde part, il ressort des pièces du dossier que M. E est titulaire d'une carte de résident en cours de validité d'une durée de 10 ans et partage une vie commune avec Mme B, qu'il a épousé le 23 août 2016 au Maroc, depuis le 7 décembre 2016, date d'arrivée de celle-ci sur le territoire national. Le couple a donné naissance, le 31 juillet 2018, à un enfant. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et en particulier à la stabilité de la relation du couple, à l'implantation de Mme B en France, à la présence d'un très jeune enfant, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de regroupement familial, le préfet de la Dordogne a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus par le présent arrêt, et en l'absence de contestation du préfet quant aux autres conditions du regroupement familial fixées aux 2° et 3° de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la présente décision implique nécessairement qu'il soit fait droit à la demande de M. E. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Dordogne de faire droit à la demande de regroupement familial de M. E au bénéfice de son épouse et de son enfant, C E, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Reix sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2100103 du tribunal administratif de Bordeaux du 29 septembre 2021 est annulé.
Article 2 : La décision du préfet de la Dordogne du 14 octobre 2020 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Dordogne de faire droit à la demande de regroupement familial de M. E dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'Etat versera à Me Reix, avocat de M. E, la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
M. Nicolas Normand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
Le rapporteur,
Nicolas G
La présidente,
Evelyne Balzamo
La greffière,
Caroline Brunier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026