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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00473

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00473

mardi 16 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00473
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantBURUCOA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Maubrac a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 10 janvier 2020 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité de contrôle nord-est de l'unité départementale de la Gironde de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de Nouvelle-Aquitaine a refusé l'autorisation de licencier M. A B, ainsi que la décision par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique formé contre cette décision.

Par un jugement n° 2001094 du 21 décembre 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision du 10 janvier 2020 et la décision de rejet du recours hiérarchique.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 février et 10 mai 2022, 2 février, et 3 mars 2023, M. B, représenté par Me Burucoa, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 21 décembre 2021 ;

2°) de rejeter la demande de la société Maubrac ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal a dénaturé les écritures de première instance en estimant que la requête était également dirigée à l'encontre de la décision implicite de rejet du recours hiérarchique ;

- il n'a commis aucune faute professionnelle, ni méconnu d'obligation contractuelle classique ;

- l'abus dans la prise d'heures de délégation ne peut justifier son licenciement, compte tenu de l'incertitude sur l'état du droit à la date des faits sur la désignation du représentant syndical au comité social d'entreprise, et les heures de délégation de ce dernier, et en l'absence de préjudice disproportionné pour l'employeur ;

- les faits ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, alors que son employeur a manqué à ses obligations contractuelles à de nombreuses reprises ;

- le jugement est entaché d'erreurs de fait ; en outre, les premiers juges n'ont pas caractérisé d'abus ;

- le lien entre son mandat et le licenciement est révélé par les difficultés dans l'exercice du mandat contrastant avec des relations initiales apaisées, des représailles disciplinaires, le retard dans l'application de l'accord transactionnel sur la récupération du temps de travail, des entraves à son mandat pendant ses arrêts de travail, une tentative de subornation de témoin, le refus de participer à une réunion d'atelier, la demande de production de pièces indues pour l'indemnisation des heures de délégation en tant que conseiller du salarié, l'inclusion des heures de délégation dans son bulletin de paye, l'absence de protection du panneau d'affichage syndical, l'entrave à sa réélection et à la représentativité de la CGT, le refus de congé syndical et d'augmentation salariale, la contestation de sa désignation en qualité de représentant syndical, l'exacerbation des tensions par l'employeur, son éviction lors de l'adoption du règlement intérieur.

- l'intérêt général de son maintien dans l'entreprise justifiait un refus de licenciement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril et 20 décembre 2022, 15 février et 14 mars 2023, la société par actions simplifiée Maubrac, représentée par la SCP Darquey et Associés, agissant par Me Darquey, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- les motifs de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique ne lui ont pas été communiqués, malgré sa demande en ce sens.

La clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2023 par une ordonnance en date du 21 février 2023.

Vu le mémoire, présenté pour M. B, enregistré le 24 juillet 2023 après clôture de l'instruction.

Vu le mémoire, présenté pour la société Maubrac, enregistré le 18 janvier 2024 après clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 2017-1836 du 22 septembre 2017 ;

- l'ordonnance n° 2017-1718 du 20 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Duplan, rapporteur public.

- et les observations de Me Burucoa pour M. B et de Me Darquey pour la société Maubrac.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté le 11 février 2002, par la société par actions simplifiée (SAS) Maubrac en qualité de conducteur de machines à imprimer le carton et a été reclassé à l'issue d'un congé de maladie professionnelle sur un emploi de cariste, avec un statut d'ouvrier. Il a été élu en février 2015 délégué du personnel titulaire, puis désigné conseiller du salarié en juin 2018 et représentant syndical CGT au comité social et économique en février 2019. La société Maubrac a sollicité l'autorisation de le licencier pour motif disciplinaire le 27 novembre 2019. Par décision du 10 janvier 2020, l'inspecteur du travail de l'unité de contrôle nord-est de l'unité départementale de la Gironde de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de Nouvelle-Aquitaine a rejeté sa demande aux motifs que les griefs invoqués ne revêtaient pas un caractère fautif et qu'il existait un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et les fonctions ou mandats représentatifs du salarié. La société Maubrac a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision par courrier reçu le 2 mars 2020, que la ministre du travail a implicitement rejeté. La société Maubrac a saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'une demande d'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 10 janvier 2020, demande que les premiers juges ont regardé également comme dirigée contre la décision implicite de rejet du recours hiérarchique. Par un jugement du 21 décembre 2021, dont M. B relève appel, le tribunal a annulé la décision du 10 janvier 2020 refusant l'autorisation de licenciement de M. B ainsi que la décision implicite de rejet du recours hiérarchique de la société Maubrac.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la recevabilité :

2. Lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement formée par l'employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur, est sans effets propres et pourra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de l'inspecteur. Par suite, si la société Maubrac demandait, en première instance, l'annulation de la seule décision de l'inspecteur du travail, les premiers juges ont pu, à bon droit, contrairement à ce que soutient le requérant, regarder la demande de la société Maubrac comme tendant également à l'annulation de la décision implicite du ministre rejetant son recours hiérarchique.

En ce qui concerne la faute imputée à M. B :

3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Un agissement du salarié intervenu en dehors de l'exécution de son contrat de travail, notamment dans le cadre de l'exercice de ses fonctions représentatives, ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

4. Aux termes de l'article L. 2315-7 du code du travail, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 : " L'employeur laisse le temps nécessaire à l'exercice de leurs fonctions : / 1° A chacun des membres titulaires constituant la délégation du personnel du comité social et économique ; / 2° Aux représentants syndicaux au comité social et économique dans les entreprises d'au moins cinq cent un salariés ; / 3° Aux représentants syndicaux au comité social et économique central d'entreprise dans les entreprises d'au moins cinq cent un salariés dont aucun des établissements distincts n'atteint ce seuil. / Le nombre d'heures de délégation des représentants mentionnés aux 1° à 3°, fixé par décret en Conseil d'Etat en fonction à la fois des effectifs de l'entreprise ou de l'établissement et du nombre de membres de la délégation, ne peut être inférieur à dix heures par mois dans les entreprises de moins de cinquante salariés et à seize heures dans les autres entreprises ". Il résulte de ces dispositions que les représentants syndicaux au comité social et économique dans les entreprises de moins de cinq cent un salariés ne bénéficient pas d'un crédit d'heures.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été désigné par l'union locale CGT de la Presqu'île de Bassens, par courrier du 11 février 2019, représentant syndical au comité social et économique de la société Maubrac, laquelle compte moins de cinquante salariés. Il a informé son employeur, le 28 mars 2019, de son absence le lendemain, pendant deux heures trente, dans le cadre de l'exercice de ce mandat. Le 10 avril 2019, M. B a annoncé la prise de nouvelles heures de délégation pour le 12 avril suivant. Par courriers des 12, 25 et 29 avril 2019, la société Maubrac s'y est opposée au motif que le mandat de représentant syndical au comité social et économique n'attribuait à M. B aucun crédit d'heures, lui a demandé de récupérer les heures d'absence et l'a informé qu'à défaut une retenue sur salaire serait opérée. Le 2 mai 2019, M. B a transmis à son employeur un nouveau bon de délégation pour le 9 mai suivant, puis le 18 juillet 2019 deux bons pour les 24 et 25 juillet, enfin le 28 juillet 2019, deux bons pour les 1er et 2 août. Le salarié ne s'étant pas présenté à son poste de travail malgré le nouveau refus de son employeur, par courrier du 30 juillet 2019, celui-ci a convoqué M. B à un entretien préalable à une éventuelle sanction disciplinaire, qui s'est déroulé le 19 septembre 2019. Puis, par courrier du 24 septembre 2019, la société Maubrac lui a infligé une mise à pied de quatre jours, du 7 au 10 octobre 2019. Enfin, M. B s'est de nouveau absenté au titre de son mandat de représentant syndical au CSE, les 22 et 28 octobre 2019, après avoir présenté des bons de délégation les 16 et 23 octobre précédents. La société Maubrac a alors sollicité, par courrier du 20 novembre 2019, l'autorisation de licencier l'intéressé, lui reprochant d'utiliser des heures de délégation au titre de l'exercice de son mandat de représentant syndical au comité social et économique (CSE) auxquelles il ne peut prétendre au regard de l'article L. 2315-7 du code du travail et son comportement multirécidiviste qui consiste à continuer à poser des bons de délégation et à défier l'autorité. Par sa décision du 10 janvier 2020, l'inspecteur du travail a rejeté cette demande en estimant que M. B avait de bonne foi fait sienne l'application littérale de l'article L. 2315-7 du code du travail, qu'aucun manquement à ses obligations contractuelles ne lui était reproché et que le lien entre la demande d'autorisation de licenciement et les mandats représentatifs de M. B était établi.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite des élections de la délégation du personnel au comité social et économique, l'Union locale CGT de la Presqu'Ile a informé la société Maubrac de la désignation de M. B en qualité de représentant syndical auprès du comité économique et social en application de l'article L. 2314-2 du code du travail. Si la société Maubrac a contesté cette désignation au motif, qu'étant une entreprise de moins de 300 salariés, le comité social et économique ne pouvait être assisté d'un représentant syndical, le tribunal d'instance de Bordeaux, saisi par un élu, a cependant, par un jugement du 27 mai 2019, débouté ce dernier de sa demande d'annulation de la désignation de M. A B en qualité de représentant syndical auprès du comité social et économique et considéré que les articles L. 2314-2 et L. 2143-22 du code du travail n'opéraient pas de distinction au sein des entreprises de moins de trois cents salariés entre celles qui ont moins de cinquante salariés dont le délégué syndical, selon l'article L. 2143-6, ne pourrait être qu'un membre de la délégation du personnel au comité social et économique, ce qui interdirait toute désignation d'un représentant syndical, et celles qui ont moins de cinquante salariés et, qu'en l'espèce, et en l'absence de désignation d'un délégué syndical par l'Union locale CGT de la Presqu'Ile, le syndicat pouvait donc désigner parmi le personnel de la société Maubrac, qui compte moins de cinquante salariés, un représentant syndical au comité social et économique. En outre, il ressort également des pièces du dossier que la fiche consacrée au comité social et économique dans les entreprises de onze à quarante-neuf salariés, publiée par le ministère du travail le 15 avril 2019, mentionnait que " Les représentants syndicaux au CSE disposent () d'heures de délégation ". Enfin, par courrier du 18 octobre 2019, l'inspecteur du travail en charge du contrôle de la société Maubrac confirmait à celle-ci les observations qui avaient été faites lors de sa visite du 9 octobre 2019, portant notamment sur les entraves liées à l'exercice du mandat de représentant syndical au comité social et économique de M. B. Il rappelait notamment à l'employeur que les représentants syndicaux au comité social et économique disposent d'heures de délégation, fixées par l'article R. 2314-1 du code du travail, et que l'employeur qui entend contester l'utilisation faite des heures de délégation doit saisir le juge judiciaire. L'inspecteur du travail précisait que " la prise d'heures de délégation ne peut donner lieu à des reproches qui rendraient difficile l'exercice du mandat de M. B, comme ce fut le cas à propos des dernières heures de délégation prises par M. B qui ont eu pour effet une " mise à pied disciplinaire de 4 jours pour absences injustifiées ". L'inspecteur du travail demandait à l'employeur de régulariser dans les meilleurs délais cette prise de sanction injustifiée et de reprendre le paiement des heures de délégation jusqu'à la décision du juge judiciaire, et qu'en cas de refus, il se verrait contraint de relever un procès-verbal d'entrave aux mandats de M. B.

7. Ainsi, en s'absentant de son lieu de travail les 22 et 28 octobre 2019, après en avoir informé son employeur en temps utile, pour exercer son mandat de représentant syndical au comité social et économique, sur la base d'une interprétation qui s'est avérée erronée des dispositions en vigueur, M. B ne saurait être regardé comme ayant exécuté de manière anormale le mandat dont il était investi et manqué à l'une des obligations résultant de son contrat de travail, notamment l'obligation de loyauté.

En ce qui concerne le lien avec le mandat :

8. Pour retenir l'existence d'un lien entre la demande de licenciement et les mandats détenus par M. B, l'inspecteur du travail s'est fondé sur la contestation de ses absences et le refus de payer les heures consacrées à l'exercice de ces mandats. Il ressort des pièces du dossier qu'à partir du mois de novembre 2018, la société Maubrac a refusé de rémunérer les heures d'absence de M. B au titre de son mandat de conseiller du salarié, au motif que celui-ci ne lui avait pas transmis les attestations des salariés bénéficiaires de son assistance. Si, par un arrêt du 23 juin 2021, la Cour de cassation a donné raison, sur le fond, à la société Maubrac, celle-ci à la date de la décision attaquée et dans l'attente de cette décision, n'avait pas modifié son comportement alors que par courriers du 22 janvier 2019, 5 mars 2019, et 11 mars 2019, l'inspecteur du travail en charge du contrôle de la société, comme la directrice du travail de la DIRECCTE de Nouvelle-Aquitaine lui avaient exposé accepter que M. B transmette directement ces attestations aux services de l'Etat sans passer par l'intermédiaire de son employeur. Par ailleurs, la société Maubrac a fait apparaître, sur les bulletins de paye de M. B, ces heures d'absence, en méconnaissance de l'article R. 3243-4 du code du travail, au mois de novembre 2018. Il ressort également du courrier du 5 mars 2019 que l'employeur s'est opposé à la prise de congés de formation économique, sociale et syndicale, aux mois de février et mars 2019, avant demande de régularisation par l'inspection du travail. Enfin, ainsi qu'il a été dit, la société Maubrac a sanctionné M. B d'une mise à pied disciplinaire de quatre jours, puis a sollicité l'autorisation de le licencier pour s'être absenté pour l'exercice de son mandat de représentant syndical au CSE, alors que, son comportement ne pouvait être regardé comme fautif ainsi qu'il a été dit précédemment. Si les premiers juges ont relevé que M. B exerçait des fonctions représentatives dans l'entreprise depuis plus de quatre ans à la date de la demande d'autorisation de licenciement, ayant été élu délégué du personnel en février 2015, il ressort des pièces du dossier que les difficultés liées à l'exercice des mandats de conseiller du salarié et de représentant syndical au CSE sont apparues de manière concomitante à l'acquisition de ces mandats. Il s'ensuit que l'inspecteur du travail et la ministre du travail n'ont pas inexactement qualifié les faits de l'espèce en estimant que la demande de la société Maubrac était en rapport avec les mandats détenus par M. B.

9. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé les décisions en litige au motif qu'il avait commis une faute disciplinaire et de l'absence de lien de son licenciement avec ses mandats. Il y a lieu pour la Cour, saisie du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par la société Maubrac.

Sur les autres moyens soulevés par la société Maubrac à l'encontre des décisions attaquées :

10. Si la société Maubrac fait valoir qu'elle a sollicité, en vain, la communication des motifs de la décision implicite du ministre du travail, et soutient que cette décision doit ainsi être regardée comme dépourvue de motivation, ce moyen, critiquant un vice propre dont la décision de rejet du recours hiérarchique serait entachée, est, en tout état de cause, inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision du 10 janvier 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser la société Maubrac à le licencier, ainsi que la décision par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique formé par cette dernière.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B et de l'Etat, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Maubrac demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées au même titre par M. B et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie à la présente instance, ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 21 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par la société Maubrac devant le tribunal administratif de Bordeaux est rejetée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à la société Maubrac et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président assesseur,

M. Julien Dufour, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

Julien C

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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