jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX00502 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | BLAISE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B D A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de sa fille.
Par un jugement n° 2101430 du 6 décembre 2021, le tribunal administratif de Bordeaux, qui a regardé le recours de M. A comme dirigé contre la décision de la préfète de la Gironde du 21 janvier 2021 remplaçant celle du 20 janvier 2021, a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 11 février 2022, M. A, représenté par Me Blaise, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 6 décembre 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 de la préfète de la Gironde ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à sa fille une carte de résident d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale " ou un titre de séjour d'une durée d'un an l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été prise à la suite d'une procédure irrégulière ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle confirme les termes du mémoire produit en première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malgache, entré en France en 2008 et titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans valable du 17 février 2013 au 16 février 2023, a présenté, le 26 juin 2020, une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille. Par une décision du 20 janvier 2021, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande. Cette décision a été implicitement mais nécessairement remplacée par une décision du 21 janvier 2021, que M. A ne conteste pas avoir reçue, pour corriger une erreur quant au bénéficiaire de la demande de regroupement familial. M. A relève appel du jugement du 6 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision du 21 janvier 2021.
2. En premier lieu, la décision contestée du 21 janvier 2021 mentionne les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 411-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les faits relatifs à la situation personnelle de M. A, notamment l'identité et la date de naissance de sa fille, et indique avec précisions les raisons pour lesquelles la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial. Ces indications, qui ont permis à M. A de comprendre et de contester le refus qui lui a été opposé, étaient suffisantes, la circonstance que la décision initiale du 20 janvier 2021 comportait des indications erronées étant sans incidence sur la légalité de la décision du 21 janvier 2021. Par suite, le moyen invoqué par M. A, tiré de l'absence de motivation de la décision contestée en raison des mentions erronées figurant sur la première décision, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-18, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration du délai de deux mois prévu à l'article L. 421-3, cet avis est réputé favorable. "
4. Il ressort des pièces du dossier que, en application des dispositions citées ci-dessus, le maire de Lormont, après avoir procédé aux vérifications requises, a émis un avis motivé sur le logement de M. A et sur ses ressources. Ainsi que l'ont jugé à bon droit les premiers juges, la circonstance que ces avis ne soient pas mentionnés dans la décision contestée est, dans les circonstances de l'espèce, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie, M. A n'invoquant aucune disposition législative ou réglementaire imposant une telle mention.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ; () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
7. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de M. A, la préfète de la Gironde s'est fondée sur la circonstance qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes pour accueillir sa fille en France. Il ressort de l'enquête effectuée par les services de la commune de Lormont que les ressources mensuelles de M. A sur la période des douze mois ayant précédé le dépôt de sa demande, soit du 26 juin 2019 au 26 juin 2020, étaient d'environ 974 euros. Si l'intéressé produit un avis d'imposition sur le revenu de 2019 faisant apparaitre des revenus perçus d'un montant de 20 432 euros, il ne produit, pour la période s'étalant de janvier à juin 2020, qu'un seul bulletin de salaire d'une valeur de 607,14 euros. Par ailleurs, les primes d'activités et les aides personnalisées au logement dont se prévaut le requérant, qui doivent être regardées comme des ressources non autonomes, ne peuvent être prises en considération dans le calcul de ses ressources. Dans ces conditions, les revenus de M. A sur la période des douze mois ayant précédé sa demande étaient manifestement inférieurs au niveau minimum requis, la circonstance qu'il travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée étant sans incidence sur l'appréciation du caractère suffisant de ses ressources. Dès lors, la préfète de la Gironde n'a commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation en refusant de lui accorder le bénéfice du regroupement familial.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside en France depuis l'année 2008 et a ainsi vécu éloigné de sa fille, née le 10 octobre 2002 à Andate (Madagascar), pendant près de douze ans. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux motifs de cette décision et elle ne peut davantage être regardée comme ayant été prise en méconnaissance de l'intérêt de sa fille, qui était d'ailleurs devenue majeure à la date de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que, en tout état de cause, celui tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D A et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Marianne Hardy, présidente,
Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,
Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,
Marianne CLa présidente-assesseure,
Fabienne Zuccarello
La greffière,
Stéphanie Larrue
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026