mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX00700 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | NAVIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B D a demandé au tribunal administratif de la Guadeloupe d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2020 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2100067 du 7 décembre 2021, le tribunal administratif a fait droit à sa demande et prescrit au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 25 février 2022, le préfet de la Guadeloupe demande à la cour d'annuler ce jugement n° 2100067 du tribunal.
Il soutient que :
- c'est à tort que le tribunal a annulé l'arrêté en litige au motif qu'il méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il ressort de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que Mme D pourra accéder à des soins dans son pays d'origine ; cette appréciation n'est pas contredite par les certificats médicaux produits par Mme D ;
- l'arrêté en litige ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme D ; il n'est pas établi que l'affection dont souffre l'enfant aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale ; il n'est pas non plus établi qu'elle ne pourrait accéder à des soins dans son pays d'origine ; la décision en litige n'a pas pour objet et pour effet de séparer l'enfant de sa mère ;
- l'arrêté en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D à mener une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2022, Mme B D, représentée par Me Navin, conclut au rejet de la requête du préfet de la Guadeloupe et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés. Elle ajoute que l'arrêté en litige est illégal au regard des moyens qu'elle a déjà soulevés en première instance.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est une ressortissante haïtienne née le 1er février 1978 qui serait entrée irrégulièrement en France en 2004 selon ses déclarations. Elle a déposé en 2005 une demande d'asile qui a été, en dernier lieu, rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 février 2006. En janvier 2013, Mme D a déposé en préfecture de la Guadeloupe une demande de titre de séjour pour raison de santé, laquelle a fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 4 février 2013 portant rejet de la demande et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A la suite d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 11 février 2019, favorable à ce que Mme D bénéficie de soins en France pour une durée de quatre mois, le préfet de la Guadeloupe a délivré à cette dernière une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 10 juin 2019. Le 18 décembre 2019, Mme D a sollicité un titre de séjour pour raison de santé, mais sa demande a été rejetée par un arrêté préfectoral du 23 novembre 2020 assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la désignation du pays de renvoi. A la demande de Mme D, le tribunal administratif de la Guadeloupe a annulé l'arrêté du 23 novembre 2020 pour méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et prescrit au préfet de délivrer à l'intéressée un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le préfet de la Guadeloupe relève appel de ce jugement.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
3. Ainsi qu'il a été dit, la demande d'asile que Mme D a présentée, après être entrée irrégulièrement sur le territoire national, a été rejetée par la CNDA en février 2006. Mme D, qui s'est ensuite maintenue irrégulièrement sur le territoire français, produit diverses factures dont les plus anciennes remontent à l'année 2009, mais qui n'établissent pas, en elles-mêmes, qu'elle aurait noué en France des liens privés ou familiaux présentant un caractère stable et intense. Ce n'est qu'en janvier 2013 que Mme D a, pour la première fois, cherché à régulariser sa situation en France en déposant une demande de titre de séjour pour raison de santé. Celle-ci a toutefois été rejetée par un arrêté préfectoral du 4 février 2013 et la demande d'annulation de cet arrêté présentée par Mme D a été rejetée par le tribunal administratif de la Guadeloupe par jugement du 9 janvier 2014. En dépit de cela, Mme D a persisté à se maintenir irrégulièrement sur le territoire français en s'abstenant de déférer à la mesure d'éloignement dont était assorti l'arrêté du 4 février 2013. Ce n'est qu'au bénéfice de l'avis favorable à ce qu'elle reçoive des soins pendant quatre mois, rendu par l'OFII le 11 février 2019, que Mme D a pu bénéficier d'une autorisation provisoire de séjour valable pour la même durée.
4. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui est célibataire, a une fille née en octobre 2003 qui est également entrée irrégulièrement sur le territoire français. Ainsi, la cellule familiale que Mme D forme avec sa fille, que l'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de rompre, s'est installée en France en méconnaissance de la législation sur l'entrée et le séjour des étrangers en France. Enfin, elle ne justifie pas que d'autres membres de sa famille séjourneraient régulièrement sur le territoire français.
5. Si la fille de Mme D fait l'objet d'un suivi médical en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour cette dernière des conséquences excessivement graves ni qu'elle ne pourrait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Quant à Mme D elle-même, si elle fait l'objet elle aussi d'un suivi médical dont le défaut peut entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ainsi que l'a reconnu l'OFII dans ses avis du 11 février 2019 et du 12 février 2020, les éléments produits au dossier ne permettent pas de retenir qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
6. Mme D, qui ne justifie d'aucune ressource particulière, ne produit pas d'élément permettant d'estimer qu'elle aurait noué, au cours de son séjour en France, des attaches privées et familiales présentant un caractère ancien, intense et stable.
7. Dans ces conditions, c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guadeloupe a annulé l'arrêté en litige pour méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient à la cour, saisie du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés en première instance par Mme D.
Sur les autres moyens :
8. En premier lieu, l'arrêté en litige retrace les conditions de séjour de Mme D depuis son arrivée en France. Il précise que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Les motifs de l'arrêté montrent aussi que le préfet a examiné le droit au séjour de Mme D au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet indique que Mme D a plusieurs membres de sa famille qui résident en dehors du territoire français, qu'elle a fait entrer clandestinement sa fille en France au mépris de la législation sur le regroupement familial, et qu'elle ne justifie d'aucune ressource particulière. Ce faisant, le préfet de la Guadeloupe a suffisamment motivé sa décision.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
10. Ainsi qu'il a été dit, dans son avis du 12 février 2020, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Or les certificats et autres éléments produits par Mme D ne permettent pas d'estimer que le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant, sur la base de l'avis rendu, qu'elle pouvait effectivement accéder en Haïti aux soins que requiert son état de santé, lesquels ne sont pas nécessairement équivalents à ceux administrés en France. Dans ces circonstances, en prenant l'arrêté en litige, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées.
11. En troisième et dernier lieu, il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté en litige n'est pas non plus entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme D.
12. Il résulte de tout ce qui précède le préfet de la Guadeloupe est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guadeloupe a annulé l'arrêté du 23 novembre 2020 en litige et prescrit la délivrance à Mme D d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, ce jugement doit être annulé et la demande de première instance de Mme D rejetée.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37- 2 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions présentées par Mme D tendant à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, lui verse une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE
Article 1er : Le jugement n° 2100067 du tribunal administratif de la Guadeloupe du 7 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : La demande présentée en première instance et les conclusions d'appel de Mme D sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à Mme B D. Copie pour information en sera délivrée au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Agnès Bourjol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
Frédéric A
Le président,
Didier ArtusLe greffier,
Anthony Fernandez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026