mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX00899 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CABINET COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
L'association Le Fond des airs, M. et Mme A et D C ainsi que M. et Mme F et E B ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler la délibération du 17 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes de l'Ile de Ré a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de cette communauté de communes.
Par un jugement avant dire droit n° 2000445 du 20 janvier 2022, le tribunal administratif de Poitiers a, d'une part, sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de neuf mois afin que soit régularisé le vice tiré de l'insuffisance du dossier soumis à enquête publique et, d'autre part, écarté les autres moyens de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 17 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 15 janvier 2023, celui-ci n'ayant pas été communiqué, l'association Le Fond des airs et autres, représentés par Me Jean-Meire, demandent à la cour :
1°) d'annuler le jugement avant dire droit n° 2000445 du tribunal administratif de Poitiers du 20 janvier 2022 ;
2°) d'annuler la délibération du 17 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes de l'Ile de Ré a approuvé le PLUi de cette communauté de communes ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'Ile de Ré une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le jugement est irrégulier dès lors que le tribunal n'a pas suffisamment motivé sa réponse au moyen tiré de ce que le classement des parcelles du secteur du Fond des airs en zone Nc est entaché d'erreur de fait ;
- les dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ont été méconnues dès lors que l'économie générale du projet de PLUi a été modifiée après l'enquête publique, s'agissant de l'analyse de la capacité de densification et de mutation des espaces bâtis, du projet démographique, et de la prise en compte de l'arrêté préfectoral du 19 août 2019 portant sur des demandes de dérogation à la règle d'urbanisation limitée ;
- le règlement et le rapport de présentation ne sont pas cohérents avec l'objectif démographique présenté dans le projet d'aménagement et de développement durables visant à atteindre 20 000 habitants permanents en 2030, soit 2 000 habitants en plus, par l'incitation à la transformation des résidences secondaires en résidences principales et celle des locations saisonnières en locations à l'année ;
- le classement des parcelles du secteur du Fond des airs en zone naturelle Nc est entaché d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la communauté de communes de l'Ile de Ré, représentée par la SELARL cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des appelants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 16 janvier 2023 à 12 heures.
Par une lettre du 3 avril 2023, la cour a invité la communauté de communes de l'Ile de Ré, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces pour compléter l'instruction.
Le 5 avril 2023, la communauté de communes de l'Ile de Ré a produit les pièces demandées par la cour, qui les a communiquées aux requérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Michaël Kauffmann,
- les conclusions de Mme Cécile Cabanne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jean-Meire, représentant l'association Le Fond des airs et autres, et de Me Lapprand, représentant la communauté de communes de l'Ile de Ré.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes de l'Ile de Ré a prescrit l'élaboration de son PLUi. Le projet de plan a été arrêté par délibération du 16 mai 2019 puis délibération du 13 août 2019, adoptée à la majorité qualifiée des deux tiers, et a été soumis à enquête publique, qui s'est déroulée du 23 août au 24 septembre 2019. Le conseil communautaire a approuvé le PLUi par une délibération du 17 décembre 2019. L'association Le Fond des airs et autres relèvent appel du jugement du 20 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a, d'une part, sursis à statuer sur leurs conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 17 décembre 2019 jusqu'à l'expiration d'un délai de neuf mois afin que soit régularisé le vice tiré de l'insuffisance du dossier soumis à enquête publique et, d'autre part, écarté les autres moyens de la demande.
Sur la régularité du jugement :
2. Il ressort du point 28 du jugement attaqué que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments de la demande, ont suffisamment motivé leur réponse au moyen tiré de ce que le classement du secteur du Fond des airs en zone Nc est entaché d'erreur de fait. L'association Le Fond des airs et autres ne sont donc pas fondés à critiquer, pour ce motif, la régularité du jugement en litige.
Sur la légalité de la délibération du 17 décembre 2019 :
En ce qui concerne la procédure d'adoption du PLUi :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale () ". Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
4. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, le rapport de présentation élaboré au mois de mai 2019 et soumis à enquête publique comportait, pour chaque commune membre de la communauté de communes, une analyse de la capacité de densification et de mutation des espaces bâtis permettant de déterminer un potentiel de foncier constructible brut estimé, pour l'ensemble du territoire de l'Ile de Ré, à 150,65 ha pour les parcelles nues, à 164,24 ha pour les espaces déjà bâtis et à 73,56 ha au titre des parcelles dites " mutables ". Toutefois, à la suite notamment des observations formulées par le préfet de la Charente-Maritime par courrier du 19 août 2019, ce document a été modifié en décembre 2019 par l'identification du potentiel foncier " net ", tenant compte des dispositions du projet de PLUi susceptibles de réduire la constructibilité de ces espaces, et a ramené la capacité de densification et de mutation à 53,70 ha en ce qui concerne les parcelles nues, 37,33 ha pour les espaces déjà bâtis et 1,65 ha au titre des parcelles dites " mutables ".
6. Par ailleurs, l'orientation n° 1 du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) qui figurait au dossier d'enquête publique retient " un seuil de 20 000 habitants permanents à atteindre en 2030 ", par l'accueil de 2 000 habitants supplémentaires sur l'ensemble du territoire de la communauté de communes de l'Ile de Ré, notamment en incitant " les propriétaires à transformer des résidences secondaires en résidences principales ". Le rapport de présentation élaboré au mois de décembre 2019, en se fondant sur une population estimée en 2020 à 16 374 habitants puis sur un taux de croissance annuel moyen de la population de 2 %, évalue à 3 500 le nombre d'habitants supplémentaires à accueillir d'ici l'année 2030 et précise notamment le potentiel total de construction de logements nouveaux en densification et en mutation des espaces bâtis, évalué à 2 457. Toutefois, en retenant une " vitesse d'activation du gisement " sur 10 ans, selon le cas, de 50 % dans le gisement foncier, de 25 % dans le potentiel de densification des espaces déjà bâtis et de 100 % en renouvellement urbain, ce document procède à une estimation de 1 061 logements constructibles d'ici l'année 2030 en densification et en mutation des espaces bâtis.
7. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation élaboré au mois de décembre 2019 a été modifié pour prendre en compte les dispositions de l'arrêté du 19 août 2019 du préfet de la Charente portant sur des demandes de dérogation à la règle d'urbanisation limitée formulée par la communauté de communes de l'Ile de Ré dans le cadre de l'élaboration du PLUi qui, pour certaines, ont été rejetées
8. L'association Le Fond des airs et autres soutiennent que les modifications apportées dans le rapport de présentation élaboré en décembre 2019, exposées aux points 5 à 7, sont irrégulières dès lors qu'elles ont eu pour effet de remettre en cause l'économie générale du projet postérieurement à la date de sa soumission à l'enquête publique et ne procèdent pas, en outre, de cette enquête. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en exécution du jugement avant dire droit contesté du 20 janvier 2022, la communauté de communes de l'Ile de Ré a organisé une nouvelle enquête publique qui s'est déroulée du 2 mai 2022 au 3 juin 2022 et que le dossier de PLUi mis à disposition de la population dans ce cadre comprenait le rapport de présentation élaboré en décembre 2019. Dans ces conditions, à le supposer constitué, le vice de procédure invoqué par les requérants, tenant à des modifications irrégulières apportées au projet postérieurement à la première enquête publique, n'a, dans les circonstances de l'espèce, pas eu d'influence sur le sens de la délibération attaquée et n'a privé les administrés d'aucune garantie liée à la bonne information du public.
En ce qui concerne la légalité interne du PLUi :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de la délibération attaquée : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ". Aux termes de l'article L. 151-8 de ce code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
10. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
11. Le PADD comporte, au sein de la thématique " Conforter la vie à l'année et répondre aux besoins des habitants actuels et futurs ", une orientation n° 1 intitulée " un seuil de 20 000 habitants permanents à atteindre en 2030 " qui expose que la population de l'Ile de Ré a été estimée à 17 602 habitants en janvier 2018 et fait référence à l'accueil de 2 000 habitants d'ici l'année 2030, par l'incitation, notamment, à la transformation des résidences secondaires en résidences principales ainsi que celle des locations saisonnières en locations à l'année. Le rapport de présentation précise, pour sa part, en se fondant sur une population estimée en 2020 à 16 374 habitants puis un taux de croissance annuel moyen de la population de 2 %, qu'un objectif de population de 19 959 habitants est fixé pour 2030, soit une augmentation de 3 585 habitants, et comporte une estimation des besoins correspondants en nouveaux logements, s'établissant à 4 000 unités " sur la durée de vie du PLUi ", soit 2 270 logements pour maintenir la population du territoire à son niveau actuel et 1 710 logements pour tenir compte de l'effet démographique. Le rapport précise que, pour répondre à cette demande, le PLUi dispose de trois leviers principaux pour constituer son offre, soit 1 061 logements en densification et en mutation des espaces bâtis, 369 logements en extension urbaine et 2 570 résidences secondaires transformées en résidences principales. Si les requérants soutiennent que le nombre ainsi fixé de nouveaux logements, soit 1 430 unités, est insuffisant pour atteindre l'objectif démographique fixé par le PADD, il résulte de ce qui précède que la satisfaction de cet objectif doit également être atteinte par la transformation de 2 570 logements secondaires en résidences principales, ce qui correspond à moins de 19 % du parc de résidences secondaires sur l'Ile-de-Ré, sans que les intéressés n'apportent le moindre commencement de preuve au soutien de leur allégation selon laquelle cette estimation ne serait pas atteignable. Par ailleurs, s'ils soutiennent que le règlement ne comporte aucune norme visant à régir la transformation de résidences secondaires ou de locations saisonnières en résidences principales, ils n'explicitent pas le contenu de ces règles, relevant de la législation en matière d'urbanisme, qu'eut dû contenir le règlement pour régir ces transformations. Par suite, le moyen tiré de l'incohérence des dispositions du règlement et du rapport de présentation avec les objectifs du PADD doit être écarté
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. () ". Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone N, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
13. Aux termes de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'État. ". Aux termes de l'article L. 153-60 du même code : " Les servitudes mentionnées à l'article L. 151-43 sont notifiées par l'autorité administrative compétente de l'Etat (..) au maire. / Ceux-ci les annexent sans délai par arrêté au plan local d'urbanisme. A défaut, l'autorité administrative compétente de l'Etat est tenue de mettre le () le maire en demeure d'annexer au plan local d'urbanisme les servitudes mentionnées au premier alinéa. () ". Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I. L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; () / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences () " Aux termes de l'article L. 562-4 du même code : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme. () ". Il appartient aux auteurs d'un document local d'urbanisme de s'assurer que le classement des terrains est cohérent avec les prescriptions du plan de prévention des risques d'inondation en vigueur.
14. Le rapport de présentation indique que la zone Nc correspond aux secteurs équipés ou non à protéger en raison de leur caractère d'espaces naturels et de la nécessité de prévenir les risques naturels, la forme urbaine dominante étant celle d'un " secteur correspondant au regroupement de caravanes " avec une typologie architecturale dominante caractérisée par des " constructions individuelles (sanitaires, clôtures végétales) ". Le rapport précise qu'est concerné le " secteur isolé situé en lisière nord du bourg de la Couarde-sur-Mer (le Fond des airs) accueillant déjà du stationnement de caravanes " et que l'affectation et les résultats attendus sont respectivement de maîtriser " l'affectation actuelle (camping sur parcelles privées) " et " le stationnement des caravanes pour protéger le paysage et limiter l'exposition des personnes et des biens aux risques naturels ". Le règlement du PLUi dispose, pour sa part, que le secteur Nc correspond au site de regroupement de camping au sein duquel sont notamment autorisés le stationnement de caravanes dans la limite de trois installations par lot et sous condition de se conformer aux dispositions du plan de prévention des risques naturels (PPRN), la reconstruction complète à l'identique de bâtiments, ainsi que les travaux d'aménagement d'infrastructures routières et de voies d'intérêt général, à condition de ne pas compromettre l'activité agricole ou la qualité paysagère du site.
15. De première part, l'association Le Fond des airs et autres soutiennent que, contrairement à ce qu'indique le rapport de présentation, le secteur du Fond des airs, dont ils contestent le classement des parcelles en zone Nc, n'accueille pas un stationnement de caravanes, au sens de l'article R. 111-47 du code de l'urbanisme, mais d'anciens mobil-homes ayant perdu leurs moyens de mobilité et devant être assimilés à des habitations légères de loisirs, au sens de l'article R. 111-37 du même code. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que ledit secteur comporte des terrains, équipés de blocs sanitaires séparés, sur lesquels sont installés soit des caravanes, soit des habitations légères de loisirs, soit ces deux types d'installations, le rapport de présentation n'est pas entaché d'erreur de fait en les regroupant sous le terme générique de " caravanes ", eu égard à l'objectif poursuivi, qui est de maitriser l'affectation actuelle du secteur et le stationnement de ces installations, afin de protéger le paysage et limiter l'exposition des personnes et des biens aux risques naturels. Dès lors, le moyen doit être écarté.
16. De deuxième part, il ressort des pièces du dossier que le secteur du Fond des airs est composé d'une quarantaine de parcelles de taille modeste comportant des boisements ou des espaces enherbés accueillant essentiellement des caravanes, des mobil-homes ainsi que des blocs sanitaires en maçonnerie, implantés de façon diffuse. Au nord et à l'ouest, le secteur s'ouvre sur de vastes espaces naturels et agricoles et se trouve séparé, au sud et à l'est, des parties urbanisées de la commune de La Couarde-sur-Mer ainsi que d'une zone artisanale, respectivement, par la route départementale 735 et par un bâti peu dense et des parcelles libres de toute construction ou supportant un boisement. Par ailleurs, ce secteur est classé, dans sa quasi-intégralité, en zone rouge Rs3 du PPRN applicable sur le territoire de la commune de La Couarde-sur-Mer, approuvé le 15 février 2018 et annexé au PLUi litigieux, correspondant à des zones soumises aux submersions marines au sein desquelles l'inconstructibilité est la règle générale et où sont notamment interdites, en principe, les constructions nouvelles, l'augmentation du nombre de logements, le stationnement de caravanes, toute nouvelle implantation de résidence mobile de loisir ainsi que toute création ou extension d'aires d'habitations légères de loisir. Au regard de la configuration du secteur du Fond des airs ainsi que de la nécessité de prévenir les risques de submersion marine, quand bien même les caravanes et mobil-homes seraient installés depuis un certain temps et desservis par les réseaux publics d'assainissement, d'eau et d'électricité et que le secteur aurait été viabilisé dans le cadre de la réalisation d'une zone d'aménagement concerté (ZAC), son classement en zone Nc n'est entaché d'aucune erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation.
17. De dernière part, la circonstance que, pour l'application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, un projet de construction peut être regardé comme réalisé en continuité avec une agglomération existante lorsqu'il se situe à proximité immédiate d'un camping si les constructions soumises à autorisation qui se trouvent dans ce camping assurent la continuité avec l'ensemble des constructions avoisinantes et si la construction projetée est elle-même dans la continuité des constructions du camping, est sans incidence sur le bien-fondé du classement litigieux et ne peut, par suite, utilement être invoquée.
18. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Le Fond des airs et autres ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté le surplus de leur demande.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de l'Ile de Ré, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'association Le Fond des airs et autres, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'association Le Fond des airs et autres une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes de l'Ile de Ré et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de l'association Le Fond des airs et autres est rejetée.
Article 2 : L'association Le Fond des airs et autres verseront à la communauté de communes de l'Ile de Ré une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à l'association Le Fond des airs, désignée en qualité de représentant unique des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la communauté de communes de l'Ile de Ré.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
M. Michaël Kauffmann, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le rapporteur,
Michaël KauffmannLa présidente,
Evelyne Balzamo
Le greffier,
Christophe Pelletier
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026