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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00910

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00910

mardi 6 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00910
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler la délibération du 17 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes de l'Ile de Ré a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de cette communauté de communes, ainsi que la décision du 23 juin 2020 rejetant son recours gracieux.

Par un jugement n° 2001967 du 20 janvier 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2022 et 10 janvier 2023, M. A, représenté par Me Baudry, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2001967 du tribunal administratif de Poitiers du 20 janvier 2022 ;

2°) d'annuler la délibération du 17 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes de l'Ile de Ré a approuvé le PLUi de cette communauté de communes, ensemble la décision du 23 juin 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à la communauté de communes de l'Ile de Ré d'inscrire à l'ordre du jour du conseil communautaire l'évolution du classement de la parcelle cadastrée AC n° 904 en zone urbaine dans un délai maximum de trois mois à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'Ile de Ré une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la délibération du 19 décembre 2019 est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que, conformément aux dispositions de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales, les conseillers communautaires ont été régulièrement convoqués trois jours francs avant la séance ;

- le rapport de présentation est insuffisant dès lors qu'il ne comporte aucune justification sérieuse de la délimitation des zones agricoles ou des raisons justifiant que sa parcelle ne soit pas classée en zone Ub1 ;

- l'enquête publique est irrégulière dès lors que ses observations n'ont pas été examinées par la commission d'enquête et qu'il n'y a pas été répondu ; des observations d'autres personnes relatives à des modifications de zonage n'ont, en outre, pas été examinées par la commission d'enquête ;

- le classement de sa parcelle cadastrée AC n° 904 en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est incohérent avec le classement en zone Ub de la bande parcellaire située à l'est de cette parcelle, qui en présente les mêmes caractéristiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, la communauté de communes de l'Ile de Ré, représentée par la SELARL cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michaël Kauffmann,

- les conclusions de Mme Cécile Cabanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lapprand, représentant la communauté de communes de l'Ile de Ré.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes de l'Ile de Ré a prescrit l'élaboration de son PLUi. Le projet de plan a été arrêté par délibération du 16 mai 2019 puis délibération du 13 août 2019, adoptée à la majorité qualifiée des deux tiers, et a été soumis à enquête publique, qui s'est déroulée du 23 août au 24 septembre 2019. Le conseil communautaire a approuvé le PLUi par une délibération du 17 décembre 2019. M. A, propriétaire d'une parcelle cadastrée AC n° 904 au lieu-dit " Moulin Gaillard ", au Bois-Plage-en-Ré, relève appel du jugement du 20 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération du 17 décembre 2019, ensemble la décision du 23 juin 2020 portant rejet de son recours gracieux.

Sur la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne la procédure d'adoption du PLUi :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de la délibération contestée : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée. ". Aux termes de l'article L. 2121-11 du même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. () ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la délibération contestée : " Pour l'application des dispositions des articles () L. 2121-11 () ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus s'ils comprennent au moins une commune de 3 500 habitants et plus. Ils sont soumis aux règles applicables aux communes de moins de 3 500 habitants dans le cas contraire. ".

3. La communauté de communes de l'Ile de Ré ne comprenant aucune commune de 3 500 habitants et plus, les dispositions précitées de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales lui étaient applicables. L'intimée a versé au dossier de première instance les courriers de convocation des conseillers municipaux à la séance du conseil communautaire du 17 décembre 2019, datés du 11 décembre 2019, dans le respect du délai de trois jours francs prévu par lesdites dispositions. Si le requérant soutient qu'il n'est pas justifié de ce que les convocations auraient bien été envoyées à cette date et réceptionnées dans le délai de trois jours francs avant la séance, il ressort des mentions concordantes de la délibération du 17 décembre 2019, qui font foi jusqu'à preuve contraire, que le conseil communautaire a dûment été convoqué le 11 décembre 2019, sans que l'intéressé ne produise aucun élément de nature à remettre en cause les mentions factuelles précises de ce document. Par ailleurs, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées que le délai prévu à l'article L. 2121-11 se vérifie au regard de la date d'envoi des convocations et non au regard de leur date de réception. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions auraient été méconnues doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : / () / 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; () ".

5. M. A se borne à reprendre en appel, sans invoquer d'éléments de fait ou de droit nouveaux par rapport à l'argumentation développée en première instance et sans critiquer utilement la réponse qui a été apportée par le tribunal administratif sur ce point, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du rapport de présentation quant à la justification des choix retenus pour délimiter la zone A du PLUi. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. / () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. / Le rapport et les conclusions motivées sont rendus publics par voie dématérialisée sur le site internet de l'enquête publique et sur le lieu où ils peuvent être consultés sur support papier. () ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

7. Si le commissaire enquêteur n'est pas tenu de répondre à chacune des observations formulées durant l'enquête publique, ces dispositions lui imposent d'indiquer, au moins sommairement, en tenant compte des principales observations et en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de ses conclusions. L'irrégularité de l'enquête publique n'est de nature à vicier la procédure et à entacher d'illégalité la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information du public ou si elle a été de nature à exercer une influence sur cette décision.

8. Le rapport de la commission d'enquête du 25 octobre 2019 rappelle l'objet du projet, les principales données du dossier, dresse la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, précise l'organisation et le déroulement de l'enquête et examine, en les synthétisant, les observations formulées par le public, en en restituant la teneur. Si le requérant reproche à la commission d'enquête de ne pas avoir examiné sa demande concernant le classement de sa parcelle cadastrée AC n° 904 en zone A, il ressort du rapport d'enquête publique que la commission d'enquête a expressément exposé à trois reprises, en pages 45, 47 et 75 du rapport, les observations de l'intéressé, portées par lui-même ou par l'intermédiaire du maire de Bois-Plage-en-Ré. Ce rapport mentionne également la réponse de la communauté de communes aux demandes de modification de zonage, qui évoque la transformation de zones constructibles dans le plan d'occupation des sols (POS) en zones inconstructibles dans le PLUi, en lien avec les évolutions réglementaires liées au plan de prévention des risques naturels (PPRN) et à la législation relative à la protection du littoral. La commission d'enquête qui, ainsi qu'il a été exposé, n'était pas tenue de répondre à chacune des observations formulées durant l'enquête publique relatives au classement de certaines parcelles, a exposé dans ses conclusions son avis détaillé sur les demandes sectorielles de modification de zonage portées par les propriétaires de parcelles situées dans les secteurs concernés et, s'agissant des autres demandes qu'elle a consignées, dont celles de M. A, géographiquement hétérogènes et principalement individualisées à la parcelle, a indiqué dans son rapport qu'au regard des évolutions notables par rapport aux POS antérieurs, le rapport de présentation du PLUi aurait gagné à être plus précis sur les évolutions de zonage avec un comparatif, commune par commune, qui aurait permis, en face de chaque évolution, d'en justifier les raisons. Par ailleurs, si le requérant soutient que des observations d'autres personnes relatives à des modifications de zonage n'ont pas été examinées par la commission d'enquête, il ne précise ni les personnes concernées ni la teneur précise de ces observations et ne permet pas à la cour d'apprécier le bien-fondé de cet argument. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les exigences résultant des articles L. 123-15 et R 123-19 du code de l'environnement auraient été méconnues.

En ce qui concerne la légalité interne du PLUi :

9. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. () ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir sur le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'erreur manifeste.

10. Le rapport de présentation du PLUi indique que la zone A correspond aux secteurs, équipés ou non, pouvant accueillir des constructions existantes isolées, généralement implantées en recul et en retrait des voies et des limites séparatives, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles et qui sont, soit isolés, soit situés en bordure des parties urbanisées du territoire, pouvant déjà accueillir des constructions agricoles. Les résultats attendus sur la morphologie urbaine sont de maintenir et conforter les activités agricoles sur le territoire en permettant l'accueil d'espaces de stockage de matériels et d'activités de maraîchage et de sauniers, afin de lutter contre l'urbanisation diffuse et pour protéger le paysage et les milieux naturels, par le regroupement des constructions agricoles existantes et nouvelles.

11. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée AC n° 904 appartenant au requérant et classée en zone A dans le règlement graphique du PLUi, d'une superficie de 1 068 m², se situe en dehors du centre bourg de la commune de Bois-Plage-en-Ré, en bordure nord de l'agglomération, et s'ouvre au nord et à l'ouest sur de vastes espaces agricoles. Si cette parcelle est contiguë, à l'est, avec une bande parcellaire actuellement non construite classée en zone Ub, qui est entourée de parcelles déjà construites et ne se trouve pas, dès lors, dans la même situation que la parcelle du requérant, cette bande parcellaire est étroite et se trouve elle-même proche, à l'est, de vastes espaces agricoles également classés en zone A. La seule présence d'une maison et d'un hangar au nord-ouest et au sud-ouest de la parcelle litigieuse et la circonstance que cette dernière, qui supporte une pelouse ainsi que des petits arbres, ne fait pas l'objet d'une exploitation agricole ne font pas obstacle, à une échelle plus globale, à la détermination de la vocation agricole du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, malgré sa proximité avec des zones plus densément urbanisées au sud. De même, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la délivrance d'autorisations d'urbanisme postérieurement à la délibération contestée sur des parcelles situées à proximité de la sienne ni de l'existence d'une servitude de passage entre les parcelles cadastrées AC n° 840, classée en zone A, et AC n° 914, classée en zone Ub. Il suit de là que le classement en zone A de la parcelle cadastrée AC n° 904, permettant, en cohérence avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable du PLUi, de protéger les exploitations agricoles périurbaines des pressions de l'urbanisation, d'interdire la construction et l'aménagement de logements en zone agricole et de prévoir un espace de transition paysagère entre les zones d'habitat et les zones agricoles, ne peut être considéré comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, alors même qu'elle est desservie par les voies publiques et se trouve reliée aux différents réseaux.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

13. D'une part, aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions de M. A tendant à la condamnation de la communauté de communes de l'Ile de Ré aux entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées

14. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de l'Ile de Ré, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes de l'Ile de Ré et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la communauté de communes de l'Ile de Ré une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et à la communauté de communes de l'Ile de Ré.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente,

Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,

M. Michaël Kauffmann, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

Michaël KauffmannLa présidente,

Evelyne Balzamo

Le greffier,

Christophe Pelletier

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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