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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01007

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01007

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01007
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B E et Mme A D ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 23 septembre 2021 par lesquels la préfète de la Vienne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement nos 2102650 et 2102651 du 4 mars 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022 sous le n° 22BX01007,

M. E, représenté par Me Breillat, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 4 mars 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 de la préfète de la Vienne le concernant ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même astreinte, jusqu'à ce que l'autorité administrative ait statué sur sa situation administrative, et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la secrétaire générale de la préfecture ne dispose pas d'une délégation de signature régulière, celle-ci étant extrêmement large et ne permettant pas de déterminer si elle était habilitée à viser les décisions en litige ;

- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé dans son ensemble, en l'absence d'éléments sur sa situation personnelle tels que sa présence en France depuis plus de sept ans, les titres de séjour dont bénéficient ses parents en qualité de réfugiés et sa sœur ou la scolarisation de ses enfants d'ailleurs nés sur le territoire, alors qu'il n'a plus d'attache dans son pays d'origine, ou encore ses efforts d'intégration par ses activités au sein de la communauté Emmaüs et enfin les risques qu'il encourt en cas de retour en Géorgie ;

- la décision en litige a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle décrite ci-dessus, et alors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale compte tenu des illégalités affectant le refus de séjour ;

- pour les mêmes motifs énoncés ci-dessus, cette mesure a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire, alors que sa vie serait menacée en cas de retour en Géorgie ;

- l'intérêt supérieur de ses enfants, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, a été méconnu, dès lors qu'ils ne pourront notamment pas poursuivre leur scolarité en France et qu'ils n'ont jamais vécu en Géorgie ;

- décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que la préfète de la Vienne se contente de viser l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- la circonstance selon laquelle les organismes compétents en matière d'asile n'ont pas considéré comme suffisants les nombreuses menaces et violences physiques qu'ils ont subies ne sauraient rendre inexistants les risques de traitement inhumain et dégradants qu'ils encourent au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II- Par une requête enregistrée le 31 mars 2022 sous le n° 22BX01009,

Mme D, représentée par Me Breillat, conclut, pour ce qui la concerne, aux mêmes fins que la requête n° 22BX01007, par les mêmes moyens.

Par deux décisions nos 2022/006354 et 2022/006355 du 28 avril 2004, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux a respectivement admis M. E et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de ordonnance des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. E et Mme D, ressortissants géorgiens, déclarent être entrés respectivement en France les 24 juin 2014 et 24 juin 2015. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par des arrêtés du 23 septembre 2021, la préfète de la Vienne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Ils relèvent appel du jugement du 4 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés précités.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 22BX01007 et 22BX01009 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Par suite, il y a lieu de les rejoindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire :

4. M. E et Mme D ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 28 avril 2022, leurs conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, ont perdu leur objet.

Sur les autres conclusions :

5. En premier lieu, les pièces nouvelles produites en appel par les requérants au soutien de leur moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à savoir des attestations d'hébergement et de ressources émises par une association caritative, au demeurant postérieures à l'arrêté en litige, ou les certificats de scolarité de leurs enfants inscrits en classe de maternelle à la rentrée de 2022, n'apportent pas d'élément nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui ont écarté ce moyen en relevant à juste titre et notamment que s'ils font valoir que leurs deux enfants sont nés en France en 2016 et 2017 et y sont scolarisés, que les parents de M. E vivent en France et disposent d'une carte de résident, que sa sœur bénéficie d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", et que les parents de Mme C vivent également en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que les parents de Mme C sont en situation irrégulière, que les requérants, qui n'ont pas de ressources propres et se sont soustraits à des précédentes mesures d'éloignement, sont hébergés par l'association Emmaüs et qu'ainsi, ils n'établissent pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, stables et intenses, alors qu'ils ne démontrent pas être totalement dépourvus d'attaches en Géorgie qu'ils ont tous deux quittée à l'âge de trente-deux ans. Par suite, ce moyen doit être écarté

6. En second lieu, M. E et Mme C n'apportent en cause d'appel aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à leurs écritures de première instance reprises dans des termes similaires et sans critique utile du jugement s'agissant des autres moyens susvisés. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges.

7. Il résulte de ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions de

M. E et de Mme D en injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E et de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E et à Mme A D. Une copie sera adressée pour information à la préfète de la Vienne.

Fait à Bordeaux, le 26 octobre 2022.

Luc DEREPAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°s 22BX01007, 22BX01009

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