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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01017

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01017

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01017
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantEKOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2021 par lequel la préfète de la Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2102649 du 4 mars 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2022, M. A, représenté par Me Ekoue, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 4 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2021 de la préfète de la Vienne ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une insertion professionnelle en France et d'attaches familiales réelles ;

- la préfète aurait dû examiner sa demande de titre de séjour en sa qualité de descendant direct d'un ressortissant de l'Union européenne en application des dispositions des articles L. 233-2, L. 233-3 et L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 28 avril 2022.

Par ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2022.

Un mémoire en défense a été enregistré pour la préfecture de la Vienne le 23 novembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois né le 25 septembre 1990, est entré en France le 14 août 2015 sous couvert d'un visa étudiant valable un an. Du 7 août 2016 au 6 février 2021, il a obtenu la délivrance de titres de séjour en sa qualité d'étudiant, renouvelés tous les ans. Le 13 octobre 2010, il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 20 juillet 2021, la préfète de la Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 4 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. M. A soutient qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées et que la préfète de la Vienne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il se prévaut à cet effet de sa présence en France depuis plus de 6 ans à la date de l'arrêté attaqué, ainsi que de celle de sa sœur et de sa tante avec qui il entretiendrait des liens d'une particulière intensité. Toutefois, s'il entretient des relations suivies avec ces dernières, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, et qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et dans lequel vit son père. S'il se prévaut ensuite du cursus universitaire qu'il a suivi en France, il est constant qu'il est entré sur le territoire sous couvert d'un visa étudiant et qu'il a obtenu entre 2015 et 2021 des titres de séjour régulièrement renouvelés portant la mention " étudiant " qui ne lui conféraient aucun droit au séjour en dehors de ce cadre. S'il se prévaut enfin de l'emploi d'assistant d'éducation qu'il occupe depuis trois ans dans un lycée de Poitiers et de son engagement dans le milieu associatif local en tant qu'entraineur de football, ces éléments ne peuvent suffire à faire regarder la décision attaquée comme portant, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A reprend en appel les moyens tirés de ce qu'il pouvait prétendre à l'octroi d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à l'octroi d'un titre de séjour " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du même code et ne fait valoir aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation qu'il a développée devant le tribunal. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des décisions attaquées du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

6. En second lieu, compte tenu des circonstances exposées au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance par les décisions attaquées des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Elisabeth Jayat, présidente,

Mme Claire Chauvet, présidente-assesseure,

Mme Héloïse Pruche-Maurin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Héloïse C

La présidente,

Elisabeth Jayat

La greffière,

Virginie Santana

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°22BX01017

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