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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01110

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01110

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01110
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantDUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'issue de ce délai, il pourrait être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pour lequel il établit être légalement admissible.

Par un jugement n°2101835 du 10 mars 2022, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, et un mémoire enregistré le 27 octobre 2022 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. B, représenté par Me Dumont, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement n°2101835 du tribunal administratif de Limoges du 10 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 21 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'il poursuit ses études de façon réelle et sérieuse : s'il a redoublé sa deuxième année d'administration économique et sociale pour l'année 2018-2019, première année des études qu'il a poursuivies en France, il a bénéficié, à l'issue de l'année 2019-2020, d'un passage en 3ème année malgré la situation difficile à laquelle il a été confronté ; à compter de l'année 2020 et durant presque deux années, en raison de la crise sanitaire, il s'est trouvé isolé de sa famille et de ses proches, étant dans l'impossibilité de se rendre au Maroc, alors que sa mère malade avait besoin de sa présence, a été contraint de suivre les cours en distanciel et s'est ainsi vu privé de l'accompagnement et de l'aide quotidienne des enseignants ; il a, au mois de janvier 2022, validé dans son intégralité le premier semestre de licence 3 avec des résultats très corrects et doit, au mois de juin 2022, valider le module de droit public de la deuxième année ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé.

Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle s'en réfère à ses écritures de première instance.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 6 janvier 2000, est entrée en France le 25 août 2018 sous couvert d'un visa étudiant, valable du 20 août 2018 au 20 août 2019. Des titres de séjour portant la mention " étudiant " lui ont ensuite été délivrés jusqu'au 30 septembre 2021. M. B a sollicité, le 8 octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour qui lui a été refusé par la préfète de la Haute-Vienne par un arrêté du 21 octobre 2021 portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. M. B relève appel du jugement du 10 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté du 21 octobre 2021.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est inscrit, au titre de l'année 2018-2019, en deuxième année de licence mention " Administration économique et sociales " où il a validé neuf matières sur vingt-huit et obtenu pour onze des matières non validées des notes inférieures ou égales à 4/20, dont deux zéro. N'ayant pas obtenu de diplômes à l'issue des années universitaires 2019-2020 et 2020-2021, il s'est inscrit une quatrième fois dans cette formation au titre de l'année 2021-2022. Si les résultats qu'il a obtenus à l'issue de l'année universitaire 2019-2020 lui ont permis de s'inscrire en troisième année de licence spécialité " Administration et Gestion des Entreprises ", son année s'est conclue par un ajournement avec une note générale de 4,657/20. Ce cursus fait ainsi apparaître une absence de progression notable établie à la date de la décision contestée. Si M. B fait valoir que ses échecs répétés s'expliquent par les difficultés liées à la crise sanitaire, ayant pour conséquence la fermeture des universités et l'isolement des étudiants et l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé de pouvoir rendre visite à ses proches, et plus particulièrement à sa mère malade, les éléments ainsi avancés ne sont pas de nature à justifier l'absence de progression dans son parcours universitaire au titre de l'ensemble de la période concernée. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Haute-Vienne, en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant à raison de l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies, aurait méconnu les dispositions précitées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée de l'illégalité alléguée, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de sa contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 21 octobre 2021. Sa requête doit, par suite, être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et de versement d'une somme en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Elisabeth Jayat, présidente,

Mme Claire Chauvet, présidente-assesseure,

Mme Nathalie Gay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Claire C

La présidente,

Elisabeth JayatLa greffière,

Virginie Santana

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt

110

N° 22BX01

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