vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01121 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | LAGARDE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2021 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2106217 du 30 novembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 avril 2022 et le 7 octobre 2022, M. C, représenté par Me Lagarde, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux du 30 novembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 de la préfète de la Haute-Vienne ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est entaché de plusieurs irrégularités, faute d'avoir pris en compte sa vie privée et familiale actuelle, et notamment la circonstance qu'il vit en couple avec une ressortissante française, avec laquelle il s'est marié religieusement et qui attend un enfant ; le tribunal n'a pas pris en considération le fait qu'il n'a plus d'attaches familiales stables dans son pays d'origine ;
- l'arrêté contesté portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne ;
- l'arrêté contesté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors que le centre de sa vie privée et familiale se trouve désormais en France, auprès de son épouse de nationalité française, avec laquelle il s'est marié religieusement, et la fille de cette dernière ; il justifie d'une vie commune avec son épouse depuis leur mariage en juillet 2021 ; il participe à l'entretien et à l'éducation de la fille de sa compagne ; il a reconnu son enfant par anticipation, né le 27 juillet 2022 ; il avait le projet de déposer un dossier de demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale avant d'être interpellé ;
- pour les mêmes raisons, l'obligation de quitter le territoire français contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français contestée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête de M. C. Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A D a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, né le 4 mai 1993, de nationalité algérienne, alias M. E C, né le 31 décembre 2001 et se disant de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français en 2017 selon ses dires. Il a été interpellé le 20 novembre 2021 à Limoges par les services de police pour vol aggravé. Par un arrêté du 21 novembre 2021, la préfète de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. C relève appel du jugement du 30 novembre 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
2. Contrairement à ce que soutient l'appelant, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux, qui n'était pas tenue de répondre à tous les arguments avancés par les parties, a suffisamment motivé, au point 7 de sa décision, sa réponse au moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter sans délai le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi, contenues dans l'arrêté contesté :
3. En premier lieu, M. C reprend en appel les moyens déjà soulevés en première instance et tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté et de son caractère insuffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne se prévaut devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par le premier juge.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. C soutient qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, où il réside depuis son entrée en France, qu'il entretient une relation stable avec une ressortissante française avec laquelle il s'est marié religieusement en juillet 2021, qu'il a un enfant né le 27 juillet 2022, et qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de sa compagne. Toutefois, les seuls documents qu'il produit, à savoir des attestations de la personne qu'il présente comme étant sa compagne et des certificats médicaux attestant qu'elle est enceinte, ne sont suffisants ni pour établir la réalité de sa relation avec cette personne, dont il n'a pas été à même de donner le nom de famille et l'adresse lors de son audition par les services de police le 20 novembre 2021 ni la durée de cette relation, ni qu'il aurait contracté un mariage religieux avec elle ni qu'ils partageraient une vie commune, ni encore qu'il serait le père de l'enfant qu'elle porte. Il est, en revanche, constant que M. C n'est en possession d'aucun document de séjour ou de voyage en cours de validité. A la suite de son interpellation le 20 novembre 2021 par les services de police de Limoges pour des faits de vol aggravé et usage illicite de stupéfiants, les vérifications administratives opérées ont révélé qu'il est connu des services de police sous une autre identité, à savoir M. E C né le 31 décembre 2001 et se disant marocain, pour des faits de violences avec usage d'une arme et tentative d'assassinat, faits pour lesquels il a été condamné et incarcéré à la maison d'arrêt de Montauban, puis de Perpignan du 5 septembre 2018 au 24 juin 2021. Si la seule circonstance qu'un étranger ait fait l'objet d'une condamnation pénale ne saurait justifier que soit prise à son encontre une mesure d'éloignement, en l'espèce, la commission de tels faits révèle, eu égard à leur nature et leur réitération, un comportement constituant une menace à l'ordre public. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le comportement de M. C ne constituerait plus une menace à l'ordre public à la date de l'arrêté contesté, ce qu'il ne conteste pas. L'intéressé ne conteste pas davantage n'avoir entrepris depuis son entrée en France aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative. M. C n'établit pas ne plus entretenir de liens avec sa famille restée en Algérie. Nonobstant la naissance d'un enfant qu'il présente comme le sien, alors qu'au demeurant l'acte de naissance qu'il produit désigne M. B C comme étant le père de l'enfant dont il revendique la paternité, l'obligation de quitter le territoire français contestée n'a, dès lors, pas été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter sans délai le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, si M. C se prévaut d'attaches familiales récentes en France et de sa vie familiale auprès de sa compagne, de la fille de celle-ci et de son fils, né en juillet 2022, il est toutefois sans ressource et n'établit pas la réalité et la stabilité de sa relation avec cette dernière. Il ressort également des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis 2017 sans avoir effectué de démarches pour régulariser sa situation. Il a en outre déclaré lors de son audition par les services de police le 20 novembre 2021 qu'il n'avait pas l'intention de se soumettre à une éventuelle mesure d'éloignement. Enfin, pour les motifs retenus au point 5, il représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de trois ans.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
Mme Agnès Bourjol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
Agnès DLe président,
Didier ARTUSLa greffière,
Sylvie HAYET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026