mardi 6 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01133 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | FERRER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner la commune d'Arès à lui verser la somme de 40 000 euros en principal en réparation des préjudices causés par des manifestations festives qui ont eu lieu entre 2015 et 2019 à proximité de son domicile.
Par un jugement n° 2000150 du 22 février 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, Mme B, représentée par Me Ferrer, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 22 février 2022 ;
2°) de condamner la commune d'Arès à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Arès une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les manifestations festives organisées par la commune ou avec l'accord de la commune se sont multipliées entre 2015 et 2019 à proximité de son domicile ; l'ampleur de ces évènements est également croissant ; compte tenu des nuisances sonores, auxquelles s'ajoutent des incivilités et l'installation de véhicules le long des clôtures des maisons, le voisinage subit un trouble de jouissance ; elle a saisi le maire à plusieurs reprises pour se plaindre ;
- le maire n'a pas suffisamment encadré l'organisation des manifestations, notamment en ce qui concerne le bruit, en l'absence de prescriptions en la matière dans les arrêtés d'organisation ou d'autorisation ; il n'y a par ailleurs aucun contrôle durant les manifestations ; or le maire doit assurer le respect de la réglementation relative au bruit et en particulier de l'article R. 571-26 du code de l'environnement et des articles L. 1336-1 et R. 1336-1 et suivants du code de la santé publique ; le constat d'huissier qu'elle produit est révélateur, il indique que le volume sonore était excessif ;
- contrairement à ce qu'a jugé le tribunal, les mesures prises en l'espèce sont largement insuffisantes et le maire a méconnu l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales ;
- alors qu'elle est présente à son domicile durant l'été, les nuisances et troubles de jouissance causés par cette situation justifient l'allocation d'une indemnité de 40 000 euros.
La commune d'Arès, à laquelle la requête a été régulièrement communiquée, n'a pas présenté d'observations.
Par ordonnance du 5 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Laurent Pouget ;
- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Ferrer, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, propriétaire d'une résidence secondaire à proximité de l'esplanade Dartiguelongue située sur le front de mer de la commune d'Arès, a saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'une demande tendant à être indemnisée par cette commune des troubles de jouissance qu'elle dit avoir subis à raison de l'organisation de manifestations festives sur l'esplanade au cours des années 2015 à 2019. Elle relève appel du jugement du 22 février 2022 par lequel le tribunal a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, y compris les bruits de voisinage, les rassemblements nocturnes qui perturbent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique () ".
3. Aux termes de l'article R. 1334-31 du code de la santé publique : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité ". Aux termes de l'article R. 1334-32 du même code : " Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1334-31 a pour origine () une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, et dont les conditions d'exercice relatives au bruit n'ont pas été fixées par les autorités compétentes, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1334-33, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. () ".
4. Il appartient au maire d'une commune de prendre les mesures appropriées pour empêcher sur le territoire de sa commune les bruits excessifs de nature à troubler le repos et la tranquillité des habitants et d'assurer l'observation des normes maximales d'émission fixées par le code de l'environnement et le code de la santé publique, en faisant notamment usage, en cas de besoin, des pouvoirs de police municipale qui lui sont confiés par l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ou, le cas échéant, des pouvoirs de police spéciale dont il dispose en vertu des articles L. 1311-1 et suivants et R. 1311-1 et suivants du code de la santé publique qui renvoient au code de l'environnement.
5. S'agissant des manifestations autres que la fête de l'huître, Mme B, en se bornant à énumérer un certain nombres de manifestations organisées annuellement sur la place Dartiguelongue et à produire des arrêtés d'autorisation d'occupation du domaine public ainsi que des courriers du 21 mars 2017 et du 13 mai 2018 adressés au maire d'Arès dans lesquels elle se plaint de l'encombrement fréquent de de la place et d'avoir été gênée par la sonorisation des festivités pascales et de deux vide-greniers, n'établit pas que ces évènements ont été à l'origine d'atteintes à la tranquillité publique qui auraient justifié une intervention du maire au titre des pouvoirs de police qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.
6. En ce qui concerne la fête de l'huître organisée chaque année à la mi-août par la commune d'Arès, Mme B ne conteste pas que le maire a édicté chaque année de 2015 à 2019 des arrêtés réglementant cet évènement en encadrant les horaires d'ouverture et de fermeture des stands ainsi que le stationnement des véhicules des forains. Ces arrêtés prévoyaient notamment que l'intensité sonore des divers métiers des forains et de l'animation en général devait être réduite à partir de 23h00, que les stands et débits de boisson fermeraient à 01h00 et les manèges à 02h00, aucun regroupement n'étant autorisé sur l'esplanade dès cette même heure. A supposer que la requérante doive être regardée comme se plaignant de ces modalités d'organisation de la manifestation, sans d'ailleurs avoir exercé de recours contentieux à l'encontre des arrêtés considérés, les prescriptions susmentionnées ne portent pas par elle-même, eu égard au caractère limité dans le temps de la manifestation et au caractère touristique de la commune d'Arès, une atteinte excessive à la tranquillité publique du voisinage. Par ailleurs ni la perte de vue liée au stationnement des stands durant la fête ni les incivilités invoquées par Mme B, qui n'indique pas avoir cherché à faire constater une infraction, ne sont de nature à révéler une carence du maire d'Arès dans la mise en œuvre des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. Si la requérante se prévaut également d'un constat d'huissier en date du 15 août 2019, premier jour de la fête de l'huître, ayant mesuré au moment de la tenue du concert du soir, à compter de 21h30, un niveau sonore compris entre 97 et 110 dB en extérieur et entre 75 et 84 dB en intérieur, ce seul constat ne permet pas d'établir que les niveaux sonores ainsi mesurés auraient dépassé les limites fixées en décibels pondérés A (dBa) par les dispositions du code de la santé publique, et il n'est par ailleurs pas allégué ni a fortiori établi que ce concert n'aurait pas pris fin dès 23h00 et que d'autres attractions aussi bruyantes auraient eu lieu les jours suivants.
7. Par suite, la requérante n'établit pas l'existence d'une carence fautive du maire d'Arès dans l'exercice de ses pouvoirs de police pour encadrer les manifestations festives organisées sur l'esplanade Dartiguelongue entre 2015 et 2019, et ses conclusions indemnitaires doivent dès lors être rejetées.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a rejeté sa demande.
9. La commune d'Arès n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de la requérante présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme que réclame sur le fondement des mêmes dispositions la commune d'Arès, qui n'a pas constitué d'avocat.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Arès sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et à la commune d'Arès.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Laurent Pouget, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La présidente-assesseure,
Marie-Pierre Beuve Dupuy
Le président-rapporteur,
Laurent Pouget La greffière,
Chirine Michallet
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026