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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01260

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01260

lundi 9 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01260
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDUPONTEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C B a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2102025 du 17 mars 2022, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, régularisée le 27 juin 2022, M. C B, représenté par Me Duponteil, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 17 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 de la préfète de la Corrèze ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du " code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, sous réserve de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ".

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en se bornant à énoncer des considérations générales sans tenir compte de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il vit depuis 2014 en France où réside sa fille titulaire d'une carte de séjour et dont il est proche ainsi que des enfants de celle-ci ;

- elle a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors en outre qu'il démontre une intégration réussie au sein de son quartier et au titre de ses activités associatives ;

- la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a quitté dans des conditions difficiles son pays d'origine où il a vécu des événements traumatisants pour lesquels il a été soigné en France ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée des mêmes vices que ceux énoncés précédemment ;

- ces trois décisions sont privées de base légale.

Par une décision n° 2022/006602 du 19 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Marianne Hardy, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C B, ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC) né en 1979, est entré en France le 2 décembre 2014 et y a sollicité l'asile. Cette demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 octobre 2015. Il a bénéficié de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé valable jusqu'au 11 novembre 2016. Par un arrêté du 22 novembre 2016, le préfet de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. C B a présenté, le 2 septembre 2021, une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ainsi qu'une demande d'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 15 décembre 2021, la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C B relève appel du jugement du 17 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, dès lors que M. C B n'a invoqué en première instance que des moyens de légalité interne tirés d'une erreur et d'un " abus de pouvoir ", le moyen de légalité externe invoqué nouvellement en appel, qui n'est pas d'ordre public, tiré du défaut de motivation des décisions en litige, relève d'une cause juridique nouvelle et doit être écarté comme irrecevable en cause d'appel.

4. En deuxième lieu, M. C B produit en appel des nouvelles pièces concernant sa situation personnelle et familiale, notamment une attestation de sa fille et un certificat médical très peu circonstancié et soutient pour la première fois en appel que le refus de séjour en litige serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et contreviendrait à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en se prévalant de la durée de son séjour en France où vit sa fille. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C B s'est maintenu irrégulièrement en France malgré un refus de séjour et une mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2016, décisions devenues définitives, jusqu'au dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale en 2021. Les attestations peu circonstanciées qu'il produit ne sont pas de nature à démontrer l'existence d'une relation ancienne et intense avec sa fille et les enfants de celles-ci ni avec l'enfant dont il s'occupe quelquefois, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident selon ses déclarations son épouse et deux autres de ses enfants et qu'il ne démontre pas une intégration particulière dans la société française, notamment par le travail. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, si M. C B soutient que la mesure d'éloignement, la décision fixant le pays de renvoi et celle prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an seraient contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte pas plus en appel qu'en première instance d'élément nouveau démontrant la réalité et l'actualité des risques qu'il dit encourir en cas de retour dans son pays d'origine depuis le rejet définitif en 2015 de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, laquelle a au demeurant et notamment considéré que l'existence de menaces graves auxquelles il serait confronté en cas de retour dans son pays d'origine n'était pas établie.

6. En quatrième et dernier lieu, et compte tenu de ce qui précède, le moyen, déjà invoqué en première instance, tiré du défaut de base légale de la mesure d'éloignement, de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour sur le territoire français eu égard aux illégalités qui affecteraient le refus de séjour doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.

Fait à Bordeaux, le 9 janvier 2023

Marianne Hardy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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