mardi 21 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01283 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | MALABRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 août 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2101788 du 24 février 2022, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. C, représenté par Me Malabre, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2101788 du 24 février 2022 du tribunal administratif de Limoges ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat les sommes de 1 920 euros et de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; sa situation aurait dû faire l'objet d'un examen par la commission du titre de séjour ;
- l'article L. 436-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; il est présent sur le territoire depuis février 2011, et a présenté sa demande de régularisation après avoir atteint dix ans de présence ; le fait d'avoir été en Espagne le 31 août 2015, dont il est revenu le 19 septembre suivant, soit en tout et pour tout 19 jours, ne peut interrompre cette résidence habituelle ;
- si d'ailleurs, il avait eu une résidence habituelle en Espagne sous couvert du titre temporaire qu'il avait obtenu en 2015, en toute hypothèse, son entrée en France avec ce titre délivré par un pays de l'Union européenne était régulière : la préfète était tenue par conséquent de lui délivrer le titre de séjour demandé en tant que conjoint de française ; cette qualité est acquise depuis février 2020 ; la communauté de vie est effective ;
- il résulte des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile un droit au séjour de plein droit de l'étranger, conjoint de français, entré régulièrement, fut-ce sans visa de long séjour ; le titre de séjour espagnol emporte droit à l'entrée et au séjour dans tout l'espace Schengen pour 90 jours et vaut visa d'entrée et de séjour sur l'ensemble de cet espace Schengen ; ce titre était valable jusqu'au 22 avril 2016 ; il a fait l'objet d'une remise le 31 août 2015 à l'Espagne, pays de l'espace Schengen qui ne pouvait intervenir qu'en présence d'un titre de séjour en cours de validité ; la décision préfectorale est entachée d'une erreur de fait ;
- il ne pouvait repartir pour solliciter un visa, qu'il soit de court ou long séjour, en raison de la pandémie mondiale, qui a empêché les déplacements internationaux ; l'administration ne pouvait opposer dans sa décision qu'il pouvait retourner au Maroc pour demander un visa et revenir sur le territoire ; la décision préfectorale est entachée d'une erreur de fait ;
- l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; toutes ses attaches sont en France et en Europe ; il est médicalement suivi en France pour un diabète insulinodépendant mal équilibré ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté est discriminant et révèle un traitement différentiel entre les ressortissants de l'Union européenne qui résident en France et se voient appliquer les règles du droit communautaire, et les français pour lesquels le droit national prévoit des dispositions plus restrictives ; cette différence de traitement constitue une atteinte au principe d'égalité garanti par la Constitution, l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 26 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
- ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation et méconnaissent le droit à la vie privée et familiale.
La requête a été communiquée le 3 novembre 2022 au préfet de la Corrèze qui n'a pas produit de mémoire en réponse.
Par ordonnance du 3 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 janvier 2023 à 12 heures.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D B,
- les conclusions de Mme Cécile Cabanne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Malabre, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain, né le 2 février 1972, serait entré sur le territoire français le 17 février 2011 selon ses dires. Il a sollicité son admission au séjour, en qualité de conjoint de français, à la suite de son mariage le 18 janvier 2020 à Brive-la-Gaillarde. Par un arrêté du 17 août 2021, la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C relève appel du jugement n° 2101788 du 24 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Selon l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'un titre de séjour temporaire est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa de long séjour. Toutefois, l'article L. 423-2 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté contesté, dispose que " L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de la Partie Contractante concernée./ 2. Le paragraphe 1 s'applique également aux étrangers titulaires d'une autorisation provisoire de séjour, délivrée par l'une des Parties Contractantes et d'un document de voyage délivré par cette Partie Contractante. ".
4. M. C fait valoir qu'il est entré régulièrement en France, avant de se marier avec une ressortissante de nationalité française le 2 janvier 2020 à Brive-la-Gaillarde et de présenter sa demande de titre de séjour. M. C atteste être entré en France pour la dernière fois le 19 septembre 2015, date à laquelle il était couvert par son titre de séjour espagnol, valable jusqu'au 22 avril 2016. Par suite, et alors qu'il n'est ni soutenu, ni allégué qu'il ne remplissait pas les conditions d'entrée visées à l'article 5 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, l'intéressé remplissait la condition tenant à l'entrée régulière sur le territoire français. En raison de son mariage contracté en France et alors que la vie commune avec son épouse n'est pas contestée, en l'absence de mémoire produit en défense du préfet, il était fondé à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que l'obligation de visa de long séjour ne puisse lui être opposée. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli. Le refus de titre de séjour en litige, illégal, doit, par suite, être annulé. Cette annulation entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi prises à l'encontre de M. C.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, que M. C est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 août 2021 de la préfète de la Corrèze.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Corrèze, sous réserve de changement dans les circonstances de fait, de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent arrêt. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à Me Malabre, sous réserve de son renoncement à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Limoges n° 2101788 du 24 février 2022 et l'arrêté de la préfète de la Corrèze du 17 août 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent arrêt.
Article 3 : L'Etat versera à Me Malabre une somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C, à Me Jean-Eric Malabre et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Luc Derepas président de la cour,
Mme Evelyne Balzamo, présidente de chambre,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 février 2023.
La rapporteure,
Bénédicte BLe président,
Luc DerepasLe greffier,
Christophe Pelletier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026