jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01369 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SARL LE PRADO - GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. G H et Mme A I ont demandé au tribunal administratif de Poitiers, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers à leur verser, sur la base d'une part de responsabilité de 10 %, les sommes de 40 583,65 euros au titre des préjudices de leur fils F H entrés dans sa succession, de 1 116,20 euros au titre des frais d'obsèques, de 10 000 euros à Mme I et 8 500 euros à M. H au titre de leurs préjudices propres, et de 4 500 euros en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur D, avec intérêts et capitalisation.
Dans la même instance, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la
Charente-Maritime a demandé la condamnation du CHU de Poitiers à lui verser une somme
de 385 355,86 euros.
Après avoir ordonné une expertise par un jugement n° 1601279 du 10 juillet 2018, le tribunal, par un jugement du 18 mars 2022, a condamné le CHU de Poitiers, d'une part, à verser à M. H et Mme I les sommes de 40 583,65 euros au titre des préjudices de F entrés dans sa succession, de 5 000 euros chacun au titre de leurs préjudices propres, de 3 000 euros en leur qualité de représentants légaux de leur fils D et de 580 euros au titre des frais d'obsèques, avec intérêts et capitalisation, et d'autre part, à verser une somme
de 35 835,58 euros à la CPAM de la Charente-Maritime, et a mis à la charge du CHU de Poitiers les frais des expertises ordonnées par le juge des référés et par le jugement du 10 juillet 2018.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2022 et un mémoire enregistré le
4 décembre 2023, M. H et Mme I, représentés par la SELARL Ten France, demandent à la cour :
1°) d'annuler les jugements en ce qu'ils n'ont pas retenu une responsabilité pour faute médicale du CHU de Poitiers et en ce qu'ils ont alloué une indemnisation sur la base d'un taux de perte de chance de 10 % ;
2°) de condamner le CHU de Poitiers à leur verser les sommes de 405 836,55 euros au titre des préjudices de F, de 5 800 euros au titre des frais d'obsèques, de 50 000 euros chacun au titre de leurs préjudices propres et de 30 000 euros au titre des préjudices de leur fils mineur D ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils doivent être regardés comme ayant dirigé leurs conclusions contre le jugement avant dire droit qui a statué sur la responsabilité, et ils pouvaient régulariser l'absence de production de ce jugement jusqu'à la clôture d'instruction ;
En ce qui concerne la faute médicale :
- si l'expert indique que les anomalies de l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal (RCF) constatées dès 21 h 20 étaient peu spécifiques, son rapport est incomplet dès lors qu'il n'a pas décrit les évolutions du RCF au cours du travail et n'a pas précisé leur signification au regard de l'apparition d'un éventuel état de souffrance fœtale ;
- selon le rapport de la docteure E qu'ils produisent, les anomalies du RCF étaient à risque majeur d'acidose à partir de 21 h 45, et dans le contexte de grossesse prolongée avec sénescence placentaire, de liquide méconial et de présentation restée haute à dilatation complète, une césarienne était justifiée à partir de 22 h 30 ; ainsi, le retard de réalisation de la césarienne, sans lequel la rupture utérine aurait pu être évitée, est constitutif d'une faute ;
- il y a lieu de douter de l'impartialité des rapports critiques du professeur J et du professeur C réalisés à la demande du CHU en-dehors de toute procédure contradictoire, sur lesquels le tribunal s'est fondé; au demeurant le rapport du professeur J indique que les anomalies du RCF étaient à risque important d'acidose à partir de 21 h 54, ce qui implique qu'il aurait fallu prendre une décision d'extraction rapide ; la responsabilité du CHU doit donc être intégralement retenue ;
En ce qui concerne le défaut d'information :
- c'est à bon droit que le tribunal a jugé que le défaut d'information sur les risques de rupture utérine en cas d'accouchement par voie basse était à l'origine d'une perte de chance d'éviter le dommage, mais le taux de perte de chance a été sous-évalué et doit être porté de 10 % à 50 % ;
En ce qui concerne les préjudices de F :
- F est décédé le 21 août 2020 d'une insuffisance rénale aigüe secondaire à un syndrome malin des neuroleptiques ; c'est à bon droit que le tribunal a évalué ses préjudices entrés dans sa succession à 405 836,55 euros ; il y a lieu de condamner le CHU de Poitiers à leur verser l'intégralité de cette somme en qualité d'ayants-droits ;
- il a bien été justifié d'une facture acquittée de 5 926,52 euros pour une chaise de toilette et de douche " Bob " et un châssis roulant multi-réglable, et l'attestation d'imputabilité de la caisse ne précise pas le montant pris en charge ;
- les demandes relatives à l'aménagement du véhicule sont en lien avec le handicap dès lors qu'ils ont acquis en 2012 un véhicule Berlingo suffisamment spacieux pour accueillir un fauteuil roulant et supporté un surcoût de 11 350 euros après déduction de la reprise de leur précédent véhicule, puis en 2019 un véhicule Ford Tourneo Custom pour lequel ils sollicitent l'indemnisation du coût de l'aménagement ;
- la demande relative aux frais d'architecte se limite à l'aménagement de la chambre et de la salle de bains pour le passage d'un fauteuil roulant, l'achat de la plateforme élévatrice et du garde-corps correspond à la somme de 8 840 euros sur la facture F17065, et l'achat de matériaux à 156,40 euros ;
- la nécessité d'une assistance par une tierce personne en lien avec le handicap a été à bon droit retenue par l'expert dès la sortie de l'hôpital le 24 février 2010 ; après déduction du temps passé à l'institut d'éducation motrice (IEM), le coût de l'assistance retenue par l'expert s'élève à un total de 260 065 euros sur la base de 13 euros par heure ;
- il est demandé 5 800 euros au titre des frais d'obsèques, 30 000 euros au titre des préjudices personnels de chacun des parents, 20 000 euros au titre du préjudice d'affection de chacun des parents, 15 000 euros au titre des préjudices personnels D et 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection.
Par des mémoires en défense enregistrés le 16 mai 2023 et le 16 janvier 2024, le CHU de Poitiers, représenté par la SELARL Le Prado, Gilbert, conclut au rejet de la requête et demande à la cour, par la voie de l'appel incident, à titre principal de rejeter les demandes présentées devant le tribunal par M. H, Mme I et la CPAM de la Charente-Maritime, et à titre subsidiaire de ramener les indemnités allouées à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
En ce qui concerne l'appel principal :
- à titre principal, les requérants n'ont pas dirigé leur appel contre le jugement avant dire droit du 10 juillet 2018 qui a écarté la faute médicale et a retenu un défaut d'information à l'origine d'une perte de chance de 10 %, mais seulement contre le jugement du 18 mars 2022 ; ils ne sont donc pas recevables à contester l'absence de faute médicale et le taux de perte de chance ;
A titre subsidiaire :
- si les experts judiciaires ont estimé que la césarienne aurait dû être réalisée plus rapidement, ils se sont référés à des recommandations de 2012, postérieures à l'accouchement de Mme I ; il ressort du rapport sur pièces du professeur J, auteur de recommandations sur l'accouchement par césarienne, que la prise en charge avait été conforme aux règles de l'art et aux données de la science de l'époque quant au choix entre un accouchement par voie basse et une césarienne ; selon le même rapport, les anomalies du RCF ne justifiaient pas la réalisation d'une césarienne avant l'apparition d'une bradycardie brutale et sévère à 23 h 40, et elles n'avaient aucun lien avec la rupture utérine totalement imprévisible survenue en tissu sain lors de la phase expulsive ; c'est ainsi à bon droit que le tribunal n'a pas retenu de faute médicale, et au demeurant, une faute éventuelle ne pourrait être à l'origine que d'une perte de chance minime de se soustraire au dommage dès lors que le risque de rupture d'un utérus cicatriciel existe aussi en cas d'accouchement par césarienne ;
- les premiers juges ont fait une juste évaluation de la perte de chance en lien avec le défaut d'information en la fixant à 10 % ;
En ce qui concerne l'appel incident :
- dans l'hypothèse où la cour estimerait que les requérants sont recevables à critiquer le jugement en ce qu'il a statué sur le principe de sa responsabilité, c'est à tort que le tribunal a retenu un manquement à une obligation d'information, alors qu'il n'existait au moment des faits aucune recommandation concernant l'information à délivrer en cas d'utérus cicatriciel ;
- l'achat d'un lit-douche et d'un siège " Bob " a été admis à tort à hauteur
de 5 926,56 euros en base dès lors que ce matériel, facturé pour 4 452,22 euros, a été pris en charge par la caisse d'assurance maladie et la MDPH ;
- les frais d'aménagement du véhicule ne peuvent être admis sur présentation d'un simple bon de commande, lequel inclut 350 euros de frais d'attelage sans lien avec le dommage, et la demande relative à un complément d'assurance automobile, dont l'objet n'est pas précisé, doit également être rejetée ;
- alors qu'une somme de 8 596,40 euros a été admise en base pour l'achat d'une plate-forme élévatrice et d'un garde-corps, aucune facture n'a été produite pour ce dernier, et les frais d'architecte de 480 euros pour l'extension de la maison et la création d'une terrasse ne sont pas en lien avec le handicap ;
- les frais d'assistance par une tierce personne ne sauraient être pris en charge avant l'âge de trois ans, et le tribunal n'a pas tenu compte des éventuels crédits d'impôt obtenus en cas de recours à du personnel salarié.
Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2023, la CPAM de la Charente-Maritime agissant pour le compte de la CPAM de la Vienne, représentée par la SCP b2f, demande à la cour de condamner le CHU de Poitiers à lui rembourser la somme de 35 835,58 euros avec intérêts à compter du jugement du 18 mars 2022, et de mettre à la charge de cet établissement les sommes de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- c'est à bon droit que le tribunal a retenu la responsabilité du CHU de Poitiers à hauteur d'un taux de perte de chance de 10 % ;
- sa créance définitive s'élève à 358 355,86 euros, et elle sollicite la confirmation du jugement.
Par ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Par lettre du 15 mai 2024, les parties ont été informées, en application de
l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en ce qu'elles excèdent le montant demandé en première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Isoard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Leeman, représentant M. H et Mme I.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 janvier 2010 en début d'après-midi, Mme H, qui était enceinte de son deuxième enfant avec un terme dépassé de quatre jours, a été admise au CHU de Poitiers pour un début de travail. L'enregistrement du rythme cardiaque fœtal (RCF) a fait apparaître à partir de 21 h 20 des anomalies qui se sont ultérieurement aggravées, puis une bradycardie profonde à 60 battements par minute sans récupération est survenue à 23 h 45. Il a alors été décidé de réaliser une césarienne en extrême urgence. Lors de l'incision, la tête de l'enfant se trouvait dans la cavité abdominale du fait d'une rupture utérine. L'enfant F H, né le 14 janvier
à 0 h 03 en état de mort apparente et réanimé, a présenté un tableau d'encéphalopathie
anoxo-ischémique avec des convulsions précoces. Il été pris en charge dans le service de réanimation néonatale jusqu'au 31 janvier 2010, puis en néonatologie jusqu'au 24 février 2010. Il a conservé une infirmité motrice cérébrale de type dystonie-athétose post asphyxie per-partum, et il est décédé le 21 août 2020 d'un syndrome malin des neuroleptiques en lien avec un traitement destiné à réduire les dystonies.
2. M. H et Mme I ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers d'une demande d'expertise, à laquelle il a été fait droit par une ordonnance
du 18 octobre 2012. Dans leur rapport déposé le 12 mars 2013, les experts, un gynécologue-obstétricien et une pédiatre, ont conclu que les lésions cérébrales de l'enfant étaient en lien direct avec la rupture utérine, risque connu et rare de l'accouchement par voie basse d'une patiente présentant un utérus cicatriciel du fait d'un antécédent de césarienne. Ils ont estimé que l'anoxo-ischémie s'était constituée vers 23 h 45, alors qu'il existait des anomalies du RCF depuis environ deux heures, et que la réalisation d'une césarienne dès l'apparition de ces anomalies aurait permis d'éviter le dommage. En conséquence, les experts judiciaires ont retenu un retard de prise en charge imputable au CHU, associé à un défaut d'information de la patiente sur les risques inhérents à l'accouchement par voie basse. Par une ordonnance du 14 novembre 2014, le juge des référés de la cour administrative d'appel de Bordeaux a condamné le CHU de Poitiers à verser une provision de 25 000 euros à M. H et Mme I au titre de la perte de chance d'éviter le dommage en lien avec le défaut d'information, et le pourvoi en cassation interjeté par le CHU a été rejeté par une décision du Conseil d'Etat n° 386165 du 27 juin 2016.
3. Le 8 juin 2016, M. H et Mme I, agissant en leurs noms propres et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs F et D, ont saisi le tribunal administratif de Poitiers d'une demande de condamnation du CHU de Poitiers à les indemniser des préjudices en lien avec l'anoxo-ischémie présentée par F. Par un premier jugement du 10 juillet 2018, le tribunal a retenu un défaut d'information sur le risque de rupture utérine inhérent à l'accouchement par voie basse, à l'origine d'une perte de chance de 10 % d'éviter le dommage, a écarté la faute médicale en se fondant sur les conclusions de deux rapports critiques des 30 octobre 2016 et 11 juillet 2017 produits par le CHU de Poitiers, et a ordonné une expertise médicale afin d'évaluer les préjudices. Le rapport d'expertise a été déposé le
2 mai 2020, et par un second jugement du 18 mars 2022, le tribunal a condamné le CHU de Poitiers à verser à M. H et Mme I, sous déduction de la provision perçue, les sommes de 40 583,65 euros au titre des préjudices de F entrés dans sa succession,
de 5 000 euros chacun au titre de leurs préjudices personnels, de 3 000 euros en leur qualité de représentant légal de leur fils mineur D, et de 580 euros au titre des frais d'obsèques, avec intérêts à compter du 24 mai 2013 et capitalisation. En outre, le tribunal a condamné le CHU à rembourser la somme de 35 835,58 euros à la CPAM de la Charente-Maritime, et a mis à la charge de l'hôpital les frais des expertises ordonnées par le juge des référés et par le jugement avant dire droit. Par leur appel principal, M. H et Mme I, qui se prévalent d'un rapport de la docteure E du 26 juin 2022 postérieur au jugement, contestent l'absence de faute médicale et le taux de perte de chance retenus par le tribunal. Par son appel incident, le CHU de Poitiers persiste à soutenir qu'il n'était tenu à aucune obligation d'information sur les risques de l'accouchement par voie basse, et sollicite la réduction d'une partie des bases de l'indemnisation allouée par le tribunal.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Poitiers :
4. Aux termes de l'article R. 811-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition contraire, le délai d'appel est de deux mois. Il court contre toute partie à l'instance à compter du jour où la notification a été faite à cette partie dans les conditions prévues aux articles R. 751-3 à R. 751-4-1. / (). " Aux termes de l'article R. 811-6 du même code : " Par dérogation aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 811-2, le délai d'appel contre un jugement avant-dire-droit, qu'il tranche ou non une question au principal, court jusqu'à l'expiration du délai d'appel contre le jugement qui règle définitivement le fond du litige. "
5. Dans leur requête introductive d'appel enregistrée dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement du 18 mars 2022, M. H et Mme I ont rappelé que le jugement avant dire droit du 10 juillet 2018 avait retenu la responsabilité du CHU de Poitiers à hauteur de 10 % des dommages sur le fondement du défaut d'information et ordonné une expertise, ont détaillé les condamnations prononcées à leur bénéfice par le jugement
du 18 mars 2022, et ont développé une argumentation relative à la faute médicale et à la contestation du taux de perte de chance, laquelle relève d'une critique du jugement avant dire droit. Leur appel était ainsi dirigé sans ambiguïté contre les deux jugements, et non contre le seul jugement du 18 mars 2022. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la contestation du jugement du 10 juillet 2018 ne peut qu'être écartée.
Sur la recevabilité des demandes indemnitaires :
6. La personne qui a demandé en première instance la réparation des conséquences dommageables d'un fait qu'elle impute à une administration est recevable à détailler ces conséquences devant le juge d'appel, en invoquant le cas échéant des chefs de préjudice dont elle n'avait pas fait état devant les premiers juges, dès lors que ces chefs de préjudice se rattachent au même fait générateur. Cette personne n'est toutefois recevable à majorer ses prétentions en appel que si le dommage s'est aggravé ou s'est révélé dans toute son ampleur postérieurement au jugement qu'elle attaque. Il suit de là qu'il appartient au juge d'appel d'évaluer, à la date à laquelle il se prononce, les préjudices invoqués, qu'ils l'aient été dès la première instance ou pour la première fois en appel, et de les réparer dans la limite du montant total demandé devant les premiers juges. Il ne peut mettre à la charge du responsable une indemnité excédant ce montant que si le dommage s'est aggravé ou révélé dans toute son ampleur postérieurement au jugement attaqué.
7. Dans un mémoire enregistré le 23 juin 2021 constituant le dernier état de leurs écritures devant le tribunal, M. H et Mme I ont limité leurs prétentions indemnitaires à 40 583,65 euros au titre des préjudices de F entrés dans sa succession,
à 1 116,20 euros au titre des frais d'obsèques, à 10 000 euros pour Mme I et 8 500 euros pour M. H au titre de leurs préjudices propres, et à 4 500 euros en leur qualité de représentants légaux de leur fils aîné D. Alors que le dommage ne s'est ni aggravé, ni révélé dans toute son ampleur postérieurement au jugement du 18 mars 2022, les demandes présentées en appel sont irrecevables en ce qu'elles excèdent ces sommes.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la faute médicale :
8. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / (). " Dans le cas où une prise en charge fautive a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette faute et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
9. Les différents médecins qui ont étudié le dossier s'accordent sur le fait que les lésions cérébrales à l'origine du handicap de F étaient en rapport direct avec la rupture utérine, complication rare de l'accouchement par voie basse après un précédent accouchement par césarienne, et ont tous validé l'option retenue a priori d'un accouchement par voie basse. Les experts judiciaires, qui ont souligné que les anomalies du RCF n'étaient pas pathognomoniques de la rupture utérine, ont cependant conclu que la césarienne décidée lors de la survenue de la bradycardie profonde à 23 h 45 avait été tardive, dès lors qu'il existait depuis environ deux heures des anomalies du RCF " dont on sait qu'elles peuvent être le seul signe précédant la rupture utérine. La réalisation d'une césarienne dès l'apparition des anomalies du rythme cardiaque fœtal aurait permis d'éviter les complications anoxo-ischémiques ". Le CHU a produit devant le tribunal un rapport du professeur C expliquant de manière circonstanciée que la survenue très brutale de la rupture sur une zone saine de l'utérus, lors des premiers efforts expulsifs, avait provoqué l'expulsion immédiate du fœtus dans la cavité abdominale et l'anoxo-ischémie sévère d'emblée, en précisant que jusqu'à la bradycardie, les anomalies du RCF n'étaient pas caractéristiques d'une rupture utérine. Alors qu'aucun risque d'acidose fœtale n'avait été mis en évidence par les examens de deuxième ligne, un monitorage par STAN(r), appareil permettant l'analyse de l'électrocardiogramme fœtal capté par une électrode au scalp, et des mesures du pH au scalp réalisées à 22 h et 22 h 50, les premiers juges n'ont pas retenu de retard de réalisation de la césarienne.
10. M. H et Mme I produisent en appel un rapport de la docteure E postérieur au jugement, comportant une description détaillée de l'enregistrement du RCF et des citations des recommandations du collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) de 2007 alors applicables. Ce rapport expose que les ralentissements variables du RCF, atypiques à partir de 20 h 15, ont augmenté en durée et en amplitude à partir de 21 h 20, devenant sévères avec un risque important d'acidose, puis qu'à partir de 21 h 45, le RCF, associant des ralentissements atypiques, variables, tardifs, sévères, itératifs, puis à variabilité absente, correspondait à un risque majeur d'acidose. La docteure E, qui relève par ailleurs que la présentation était restée haute jusqu'à la césarienne alors que la dilatation était complète à 22 h, conclut que la césarienne était justifiée à 22 h 30, au plus tard à 23 h, ce qui aurait permis " la naissance vivante de F, plausiblement avec des séquelles ".
11. En outre, il résulte du rapport de la docteure E que le liquide amniotique méconial était en faveur d'une hypoxémie fœtale, et que la grossesse prolongée de quatre jours fragilisait le fœtus en perturbant les échanges fœto-placentaires. Le professeur C relève également ce dernier point en expliquant que l'involution physiologique du placenta en fin de terme et la baisse de quantité de liquide amniotique sont susceptibles d'induire un défaut répété d'oxygénation du fœtus lors des contractions. Les rapports des professeurs C et J produits devant le tribunal par le CHU de Poitiers concordent avec celui de la docteure E sur l'existence d'anomalies du RCF à risque important d'acidose à tout le moins à partir de 22 h, mais se fondent sur les moyens de surveillance de deuxième ligne pour affirmer qu'il n'y avait pas d'acidose avant 23 h 45. Toutefois, cette affirmation ne repose sur aucune référence, alors que la docteure E, qui en cite, relève qu'il existe en matière de pH des faux positifs et négatifs, et que l'efficacité de la surveillance par STAN(r) pour la réduction des acidoses métaboliques néonatales n'est pas démontrée. Dès lors que les moyens de surveillance de deuxième ligne ne permettaient pas d'écarter avec certitude le risque d'acidose, d'abord important puis majeur, révélé par l'enregistrement du RCF, lequel était qualifié de " bonne méthode de dépistage de l'asphyxie fœtale pendant l'accouchement " par les recommandations du CNGOF de 2007, l'absence de réalisation d'une césarienne au plus tard à 23 h doit être regardée comme fautive.
12. Il résulte de l'instruction que les lésions cérébrales à l'origine du handicap de F étaient en lien avec sa naissance en état de mort apparente du fait de la bradycardie profonde survenue à partir de 23 h 45. Toutefois, comme le relève la docteure E, l'enfant aurait pu conserver des séquelles de l'hypoxie antérieure à la bradycardie si une césarienne avait été réalisée à 23 h. Il y a donc lieu d'évaluer à 80 % la perte de chance en lien avec le retard de réalisation de la césarienne.
En ce qui concerne le défaut d'information :
13. Par la décision n° 386165 du 27 juin 2016 mentionnée au point 2, le Conseil d'Etat a jugé que Mme I devait être informée du risque de rupture utérine auquel elle était exposée en cas d'accouchement par voie basse. Le CHU de Poitiers ne peut donc utilement faire valoir qu'il n'aurait été soumis à aucune obligation d'information. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise judiciaire, que même informées du risque de rupture utérine après une première césarienne, évalué à environ 0,8 %, les femmes choisissent en très grande majorité l'accouchement par voie basse s'il leur est expliqué qu'une césarienne sera réalisée au moindre doute, car une deuxième césarienne augmente le risque de complications graves lors d'une grossesse ultérieure. Dans ces circonstances, contrairement à ce que soutiennent M. H et Mme I, les premiers juges n'ont pas fait une insuffisante appréciation du taux de perte de chance en lien avec le défaut d'information en le fixant à 10 %.
En ce qui concerne l'étendue de la responsabilité du CHU de Poitiers :
14. Pour fixer le taux de la perte de chance d'un patient résultant de la combinaison d'un défaut d'information et d'une faute médicale, il incombe au juge d'additionner, d'une part le taux de sa perte de chance de se soustraire à l'opération, c'est-à-dire la probabilité qu'il ait refusé l'opération s'il avait été informé du risque qu'elle comportait et, d'autre part, le taux de sa perte de chance résultant de la faute médicale commise lors de l'opération, ce taux étant multiplié par la probabilité qu'il ait accepté l'opération s'il avait été informé du risque qu'elle comportait. Le taux de perte de chance s'élève ainsi à 82 % (10 % + [90 x 80 %]).
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de F entrés dans sa succession :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux frais divers :
15. M. H et Mme I justifient avoir exposé 1 266,60 euros de frais de déplacement, d'hébergement et de formation pour deux sessions d'éducation conductive de F avec le port d'une combinaison Mollii, et 70,60 euros de frais de déplacement pour se rendre à la réunion d'expertise du 10 janvier 2019. Les frais divers s'élèvent ainsi à 1 337,20 euros.
Quant aux dépenses de santé restées à charge :
16. Il résulte des pièces produites que M. H et Mme I ont conservé à leur charge des frais d'ostéopathie, de pharmacie, d'optique et de radiologie pour un montant total de 1 774,89 euros.
Quant au matériel en lien avec le handicap :
17. Il résulte des factures produites que M. H et Mme I ont exposé 2 696,83 euros de frais de protections, 962,95 euros de matériels divers et 203,96 euros de produits de toilette en lien avec le handicap, ainsi que 5 852,22 euros de matériel (siège " Bob " et brancard avec base roulante) pour la douche et le bain, soit au total 9 715,96 euros. Les protections ont été prises en charge à hauteur de 2 390,38 euros au titre de la prestation de compensation du handicap (PCH) " charges spécifiques ", et la PCH " aide technique " versée en 2017 et 2018 doit être regardée comme ayant contribué à l'acquisition de matériel à hauteur de 2 745,53 euros. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'assurance maladie aurait contribué à ces dépenses. La somme restée à la charge de la victime s'élève ainsi à 4 580,05 euros.
Quant à l'aménagement du véhicule :
18. Il résulte de l'instruction que le handicap de F a nécessité l'acquisition en juin 2012 d'un véhicule d'occasion Citroën Berlingo permettant l'installation d'un fauteuil roulant, dont le surcoût s'est élevé, après déduction de la reprise de l'ancien véhicule et de l'attelage sans lien démontré avec le handicap, à 11 100 euros. Un véhicule neuf a ensuite été acquis en 2019, et le coût de son aménagement, auquel la PCH a contribué à hauteur de 5 000 euros, s'élevait à 11 456 euros. L'existence de frais supplémentaires d'assurance n'est pas démontrée. Par suite, les frais d'aménagement du véhicule restés à la charge de la victime s'élèvent à 17 556 euros.
Quant à l'aménagement du logement :
19. M. H et Mme I justifient avoir exposé 8 440 euros en 2012 pour l'installation d'une plateforme élévatrice et 156,40 euros en 2018 pour l'acquisition d'une porte coulissante. S'ils sollicitent en outre la prise en compte de 480 euros de frais d'architecte, cette somme correspond à un acompte payé le 13 février 2020 pour la réalisation d'un dossier relatif à l'extension de leur habitation, à la modification de la salle de bains et à l'aménagement d'une terrasse, sans qu'il soit possible d'identifier les frais rendus nécessaires par le handicap de F. Il y a donc seulement lieu d'admettre une somme de 8 596,40 euros au titre de l'aménagement du logement.
Quant à l'assistance par une tierce personne :
20. L'expert missionné pour l'évaluation des préjudices a retenu un besoin d'assistance par une tierce personne de 3 heures par jour entre la sortie de l'hôpital le 24 février 2010 et le 3 septembre 2012 (922 jours), veille de l'entrée de F dans un institut d'éducation motrice (IEM). Cette durée quotidienne, non contestée par les requérants, se rapporte à des difficultés d'alimentation très importantes imposant une multiplication des repas, puis à la mise en place d'une gastrostomie le 30 mai 2012, aux besoins de stimulation de l'enfant, et à son accompagnement aux soins. En se bornant à affirmer que les frais d'assistance par une tierce personne ne sauraient être pris en charge avant l'âge de trois ans, le CHU ne critique pas utilement la prise en compte par le tribunal de ces besoins en lien avec le handicap. Il y a lieu d'évaluer le préjudice sur la base du coût horaire moyen du salaire minimum au cours de la période en cause, assorti des charges sociales, et sur la base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des majorations de rémunération dues les dimanches et jours fériés et des congés payés, soit 14,40 euros. Après déduction de 13 jours d'hospitalisation, le préjudice doit être fixé à 39 268,80 euros.
21. A compter du 4 septembre 2012, l'expert a retenu un besoin d'assistance de 4 heures par jour lorsque F était scolarisé à l'IEM en demi-pension, et de 8 heures par jour lorsqu'il était au domicile, pour la substitution, la stimulation, la gestion de la gastrostomie, la surveillance et l'accompagnement médical. Selon les principes exposés au point précédent, il y a lieu de retenir un coût horaire moyen de 15,30 euros. Les justificatifs produits font apparaître que F a passé, hors périodes d'hospitalisation, 1 352 jours à l'IEM et 1 516 jours à domicile jusqu'à son décès le 21 août 2020. Le coût de l'assistance doit ainsi être évalué à 82 742,40 euros pour les périodes passées en IEM et à 185 558,40 euros pour celles passées intégralement au domicile, soit au total 268 300,80 euros.
22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 20 et 21 que le préjudice relatif à l'assistance par une tierce personne s'élève à 307 569,60 euros, dont il convient de déduire les prestations perçues ayant le même objet. Une PCH au titre de l'aide humaine a été versée pour un montant total de 22 489,69 euros du 1er novembre 2015 au 31 juillet 2020, et l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé a été allouée pour un total de 15 688,58 euros entre août 2010 et août 2020. En l'absence de recours à du personnel rémunéré, M. H et Mme I ne sont pas susceptibles d'avoir bénéficié d'un avantage fiscal à déduire du montant du préjudice, lequel s'élève à 269 391,33 euros.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
23. L'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire de 85 % depuis la période périnatale, hors périodes d'hospitalisation durant lesquels le déficit doit être fixé à 100 %. Sur la base de 500 euros par mois de déficit total, de 76 jours d'hospitalisation et de 3 796 jours hors hospitalisation, le préjudice peut être fixé, comme il est demandé, à 53 275 euros.
24. Les souffrances endurées ont été cotées à 6 sur 7 pour les soins de réanimation à la naissance, la gravité et l'inconfort du handicap et les contraintes de la rééducation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 27 000 euros.
25. Le préjudice esthétique a été coté à 6 sur 7 pour une incapacité à se mobiliser et à parler et des mouvements parasites permanents. Il y a lieu de l'évaluer à 20 000 euros.
26. Il résulte de ce qui précède que les préjudices de F entrés dans sa succession s'élèvent à 403 510,93 euros, soit 330 878,96 euros après application du taux de perte de chance de 82 %. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7, la demande n'est recevable qu'à hauteur de la somme de 40 583,65 euros sollicitée en première instance et accordée par le tribunal. Aucun rehaussement ne peut donc être alloué par la cour.
En ce qui concerne les préjudices de M. H et Mme I :
S'agissant des frais d'obsèques :
27. Le décès étant en lien avec le traitement neuroleptique destiné à réduire les dystonies, séquelles de l'asphyxie per-partum, il y a lieu d'admettre les frais d'obsèques à hauteur de 4 725,10 euros en excluant les frais de marbrerie, de concession familiale au cimetière et d'une seconde place dans le caveau, soit 3 874,58 euros après application du taux de 82 %. La somme de 580 euros allouée par le tribunal ne peut cependant être portée qu'à 1 116,20 euros correspondant à la demande de première instance.
S'agissant des préjudices personnels :
28. Il sera fait une juste appréciation des préjudices personnels des parents de F en les évaluant pour chacun d'eux aux sommes de 20 000 euros au titre du préjudice moral subi du fait du handicap de leur fils, et de 20 000 euros au titre du préjudice d'affection causé par le décès de leur enfant à l'âge de dix ans, en lien avec les conditions de sa naissance, soit au total 40 000 euros chacun et 32 800 euros après application du taux de 82 %. Toutefois, la somme de 5 000 euros allouée à chacun des parents par les premiers juges ne peut être portée qu'aux montants sollicités en première instance, soit 8 500 euros pour M. H et 10 000 euros pour Mme I.
En ce qui concerne les préjudices de M. D H :
29. Il y a lieu d'évaluer les préjudices de M. D H, désormais majeur,
à 8 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence du fait du handicap de son jeune frère et à 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection, soit au total 22 000 euros et 18 040 euros après application du taux de 82 %, mais la demande n'est recevable qu'à hauteur de la somme de 4 500 euros sollicitée en première instance, de sorte que la somme allouée par le tribunal ne peut être portée que de 3 000 euros à 4 500 euros.
Sur les droits de la CPAM de la Charente-Maritime :
30. La CPAM de la Charente-Maritime se borne à demander la confirmation du jugement en ce qu'il lui a alloué une somme de 35 835,58 euros correspondant à 10 % de ses débours, lesquels ne sont pas contestés par le CHU de Poitiers, et en ce qu'il a mis les frais d'expertise à la charge du CHU. N'ayant demandé, ni par suite obtenu, aucun relèvement de ses débours, elle n'est pas fondée à solliciter que le montant de l'indemnité forfaitaire de gestion qui lui a été allouée pour 1 114 euros soit relevé à la somme de 1162 euros.
31. Il résulte de tout ce qui précède que l'article 1er du jugement du 26 juin 2018 qui a retenu une responsabilité de 10 % du CHU de Poitiers doit être annulé, que les sommes que le CHU de Poitiers a été condamné à verser à M. H et Mme I doivent être portées au titre des frais d'obsèques de 580 euros à 1 116,20 euros et au titre de leurs préjudices personnels de 5 000 euros à 8 500 euros pour M. H et de 5 000 euros à 10 000 euros pour Mme I, que la somme que le CHU a été condamné à verser au titre des préjudices de M. D H doit être portée de 3 000 euros à 4 500 euros, et que le surplus des demandes et l'appel incident du CHU de Poitiers doivent être rejetés.
Sur les frais exposés par les parties à l'occasion du litige :
32. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. H et Mme I à l'occasion du présent litige, et de rejeter les conclusions présentées par la CPAM de la Charente-Maritime au même titre.
DÉCIDE :
Article 1er : L'article 1er du jugement du tribunal administratif de Poitiers n° 1601279
du 10 juillet 2018 est annulé.
Article 2 : Les sommes que le CHU de Poitiers a été condamné à verser à M. H et Mme I sont portées au titre des frais d'obsèques de 580 euros à 1 116,20 euros, et au titre de leurs préjudices personnels de 5 000 euros à 8 500 euros pour M. H et de 5 000 euros à 10 000 euros pour Mme I.
Article 3 : La somme que le CHU de Poitiers a été condamné à verser au titre des préjudices de M. D H est portée de 3 000 euros à 4 500 euros.
Article 4 : Le jugement du tribunal administratif de Poitiers n° 1601279 du 18 mars 2022 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 5 : Le CHU de Poitiers versera à M. H et Mme I une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : L'appel incident du CHU de Poitiers et le surplus des conclusions des parties sont rejetés.
Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à M. G H et Mme A I, à M. D H, au centre hospitalier universitaire de Poitiers et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Catherine Girault, présidente,
Mme Anne Meyer, présidente-assesseure,
Mme Kolia Gallier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
Anne B
La présidente,
Catherine GiraultLe greffier,
Fabrice Benoit
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026