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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01402

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01402

jeudi 27 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01402
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler la délibération du 15 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours préalable dirigé contre le retrait de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée par la commission locale d'agrément et de contrôle de l'Océan Indien le 12 juin 2020.

Par un jugement n° 2001081 du 21 mars 2022, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, M. B, représenté par Me Antoine, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 21 mars 2022 ;

2°) d'annuler la délibération de la CNAC du 15 octobre 2020 ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la CNAC ni le tribunal n'ont caractérisé en quoi les infractions routières reprochées seraient contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou incompatibles avec l'exercice de ses fonctions ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, les faits ayant donné lieu à une simple condamnation à quatre mois d'emprisonnement avec sursis, sans inscription au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ; un acte isolé commis dans des circonstances particulières, qu'il a reconnu et assumé, ne présente pas de caractère de gravité justifiant le retrait de sa carte ; ses collègues attestent de ses qualités professionnelles ;

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, le CNAPS, représenté par

la SELARL Centaure avocats (Me Claisse), conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B d'une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Catherine Girault,

- les conclusions de Mme Charlotte Isoard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Houppe, substituant le cabinet Centaure, représentant

le CNAPS.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était détenteur d'une carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité, pour exercer des activités de surveillance humaine et de gardiennage et d'agent cynophile, délivrée pour cinq ans le 20 avril 2018. Par une délibération du 12 juin 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle Océan Indien du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a décidé de lui retirer cette carte. Par lettre reçue par le CNAPS le 29 juillet 2020, M. B a présenté le recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) alors prévu par les dispositions de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, lequel a été rejeté d'abord par une décision implicite, puis par une délibération du 15 octobre 2020. M. B relève appel du jugement du 21 mars 2022 en tant que le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande d'annulation de cette dernière délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / ()." Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / ()La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2° et 3°(.). "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Il ressort des termes de la délibération du 15 octobre 2020 que pour rejeter le recours préalable obligatoire présenté par M. B, la CNAC a relevé que l'intéressé a été mis en cause, le 27 mars 2019, en qualité d'auteur de faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, commis à Saint-Pierre (974), qu'en l'espèce, il a été reproché à l'intéressé d'avoir, alors qu'il présentait un taux d'alcoolémie de 0,39 mg par litre d'air expiré, conduit son véhicule, franchi une ligne continue axiale ou séparative de voie de circulation et sciemment refusé d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, et qu'il a été condamné pour ces faits,

le 13 septembre 2019, par le président du tribunal de grande instance de Saint-Pierre, à une peine d'emprisonnement délictuel de quatre mois avec sursis simple total, à une suspension de permis de conduire d'une durée de trois mois et à deux amendes contraventionnelles d'un montant de 200 euros.

5. M. B fait valoir que ce jugement l'a dispensé d'inscription de la peine au bulletin n°2 du casier judiciaire, pour lui permettre de poursuivre ses activités professionnelles, et que les faits reprochés, qu'il a assumés dans le cadre d'une procédure de comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité, ne présentent pas un caractère de gravité suffisant pour justifier le retrait de sa carte.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des observations présentées

par M. B sur l'intention manifestée par la commission locale de lui retirer sa carte professionnelle, que celle-ci entendait se fonder également sur d'autres faits, dont l'intéressé a dénié la réalité et qui n'ont par la suite pas été retenus. Au regard du caractère isolé des faits commis dans la nuit du 27 mars 2019, quand bien même ils étaient récents à la date de la décision initiale, à l'absence de conséquences dommageables et à la modération de la sanction pénale prononcée, M. B, qui est par ailleurs apprécié par ses pairs comme un bon professionnel, est fondé à soutenir qu'en lui retirant sa carte professionnelle, la CNAC a commis une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande d'annulation de la délibération de la CNAC du 15 octobre 2020.

Sur les frais liés au litige :

8. Le CNAPS, qui est la partie perdante, n'est pas fondé à demander l'allocation d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B à l'occasion du présent litige.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement du 21 mars 2022 et la délibération de la CNAC du 15 octobre 2020 sont annulés.

Article 2 : Le CNAPS versera à M. B une somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du CNAPS présentées sur le fondement des dispositions de

l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Catherine Girault, présidente,

Mme Anne Meyer, présidente assesseure,

Mme Kolia Gallier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 juin 2024.

La présidente assesseure

Anne Meyer

La présidente, rapporteure,

Catherine Girault

Le greffier,

Fabrice Benoit

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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