lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01473 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | BONNAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Bordeaux Métropole a demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner in solidum M. C, Mme D, la société Egis Bâtiments Sud-Ouest et M. A à lui verser une somme 7 145 879,65 euros toutes taxes comprises au titre des désordres thermiques affectant le groupe scolaire Nuyens à Bordeaux assortie des intérêts au taux légal, ainsi que la somme de 43 205,48 euros au titre des frais d'expertise.
Par un jugement n° 2000709 du 30 mars 2022, le tribunal a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mai 2022 et 27 octobre 2023, Bordeaux Métropole représentée par la SELARL Cabinet Cabanes-Cabanes Neveu E, agissant par Me Cabanes, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2000709 du 30 mars 2022 ;
2°) de condamner in solidum la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, M. A en qualité de liquidateur de la société A ou, à défaut, la SELARL Ajilink Vigeux en sa qualité de mandataire ad hoc de la société A, ainsi que M. C et Mme D, à lui verser une somme de 7 145 879,64 euros toutes taxes comprises, assortie des intérêts moratoires contractuels à compter du 13 février 2020, et des intérêts capitalisés ;
3°) de condamner in solidum la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, M. A en qualité de liquidateur de la société A ou, à défaut, la SELARL Ajilink Vigeux, M. C et Mme D à lui verser la somme de 43 205,48 euros toutes taxes comprises au titre des frais d'expertise ;
4°) de mettre à la charge in solidum de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, de M. A en qualité de liquidateur de la société A ou, à défaut, de la SELARL Ajilink Vigreux, et de M. C et de Mme D une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande est bien recevable en tant qu'elle est dirigée contre M. A dès lors que la responsabilité d'une société mise en liquidation judiciaire peut toujours être recherchée dans le cadre d'une action mettant en cause son mandataire liquidateur ;
- c'est à tort que le tribunal a jugé que l'action de Bordeaux Métropole était prescrite en application du délai de dix ans prévu par l'article 2270 du code civil ; le tribunal n'a pas tenu compte du fait que les désordres en litige avaient fait l'objet d'une nouvelle demande d'expertise présentée devant lui en mai 2011 ; cette demande était présentée comme sollicitant une expertise complémentaire de celle ordonnée par le tribunal le 19 mars 2008 ; il y était précisé qu'elle permettrait le cas échéant une action au fond tendant à rechercher la garantie décennale des constructeurs ; l'ordonnance rendue à la suite de cette demande le 21 juillet 2011 prescrit ainsi un complément d'expertise pour des désordres qui sont identiques à ceux ayant motivé la première ordonnance du 19 mars 2008 ; le délai de prescription a donc nécessairement été interrompu ;
- c'est à tort également que le tribunal a jugé que les désordres en litige ne rendaient pas l'ouvrage impropre à sa destination ; il s'agit de désordres thermiques résultant de défauts d'isolation qui rendent l'ouvrage, destiné à recevoir du public, non-conforme aux normes en vigueur ; c'est la conclusion à laquelle l'expert est parvenu dans son rapport remis au tribunal ; cette impropriété à sa destination de l'ouvrage doit d'autant plus être retenue qu'il est destiné à accueillir de jeunes enfants sensibles, compte tenu de leur âge, aux températures qu'un défaut d'isolation thermique peut entraîner dans un bâtiment ;
- ces désordres engagent la garantie décennale de la société A, titulaire du lot n° 7 " chauffage, plomberie, ventilation ", et de son sous-traitant, la société B.D.I. ; elle engage également la garantie décennale des maîtres d'œuvre C et D et de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest venant aux droits de la société Séchaud ;
- ces désordres engagent la responsabilité de ces mêmes intervenants sur le terrain contractuel ; ainsi, quand les conditions de mise en œuvre de la responsabilité décennale des constructeurs ne sont pas réunies, le maître de l'ouvrage conserve la possibilité de rechercher la responsabilité contractuelle de ces derniers en application de la théorie dite des dommages intermédiaires ; à ce titre, les désordres thermiques ont pour origine un défaut de conception imputable au bureau d'études Séchaud (Egis), à la société B.D.I., sous-traitante de la société A ; ces désordres ont aussi pour origine un défaut de surveillance de la part du bureau d'études Séchaud (Egis) qui n'a pas repéré les erreurs de calcul commises par la société B.D.I. ;
- le coût des travaux de remplacement de l'ensemble des menuiseries s'élève à 842 185,64 euros hors taxes ; il faut y ajouter les travaux d'installation de dispositifs de ventilation et de chauffage, de travaux de plâtrerie et d'électricité, soit au total 2 027 534,23 euros hors taxes selon le rapport d'expertise ; en outre, il est nécessaire de réaliser des travaux de peinture, de réfection des sols, des plafonds, l'installation de bâtiments préfabriqués pendant le temps des travaux de reprise et le nettoyage du chantier à la fin des travaux ; Bordeaux Métropole devra également payer des honoraires de maîtrise d'œuvre, des frais de contrôle technique pour un montant total de 7 145 879,64 euros toutes taxes comprises ;
- Bordeaux Métropole est en droit de demander une condamnation toutes taxes comprises dès lors que toute demande formulée par une personne publique correspondant au paiement de prestations doit inclure la taxe sur la valeur ajoutée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre et 30 novembre 2023, M. B C et Mme F D, représentés par la société d'avocats LMCM, agissant par Me Milon, concluent :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, de la société Segonzac, de la société A, représentée par son mandataire liquidateur, et de la société AF Metal, représentée par son mandataire liquidateur, à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que la somme demandée par Bordeaux Métropole soit limitée à 687 479,72 euros et à ce que le montant de l'indemnisation fasse l'objet d'un abattement pour vétusté qui ne saurait être inférieur à 30 % du coût des travaux ;
4°) à ce qu'il soit mis à la charge des parties perdantes une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, la société Egis Bâtiments Sud, représentée par la SELARL Racine Bordeaux, agissant par Me Hounieu, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum de M. C, de Mme D, de la société A, de la société Segonzac et de la société AF Metal à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à défaut, d'ordonner une expertise complémentaire sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative afin de chiffer le montant des préjudices indemnisables ;
4°) à ce qu'il soit mis à la charge de Bordeaux Métropole et ou des parties perdantes une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, M. G A, représenté par le cabinet Lexia, agissant par Me Ruffié, conclut :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) à ce qu'il soit mis à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la demande de Bordeaux Métropole est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre sa société qui a été placée en liquidation judiciaire et dont le représentant désigné par le tribunal de commerce est la SELARL Ajilink Vigreux ; sa responsabilité ne peut plus être recherchée ; le jugement attaqué sera confirmé en ce qui concerne la prescription de l'action décennale et en ce qu'il regardé la requête comme infondée sur les autres moyens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2023, la société Segonzac, représentée par Me Bonnan, conclut :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) au rejet des appels en garantie formés à son encontre ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge des parties perdantes une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par une ordonnance du 5 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Faïck,
- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public,
- et les observations de Me Couette, substituant Me Cabanes, pour Bordeaux Métropole, de Me Ghassemezadeh, substituant Me Milon, pour M. C et Mme D, de Me Hubert, substituant Me Hounieu, pour la société Egis Bâtiments Sud, de Me Ruffié pour M. A et de Me Bonnan pour la société Segonzac.
Vu la note en délibéré produite par la société Egis Bâtiments Sud le 11 avril 2024.
Vu la note en délibéré produite par M. A le 6 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement signé le 14 mars 2002, la communauté urbaine de Bordeaux, devenue Bordeaux Métropole, a confié à un groupement composé de M. C et Mme D, architectes, et du bureau d'études Séchaud Bâtiments, aux droits et obligations duquel est venu la société Egis Bâtiment Sud-Ouest, devenue Egis Bâtiments Sud, la maîtrise d'œuvre des opérations de restructuration et d'extension du groupe scolaire Nuyens situé à Bordeaux. M. C a été désigné comme mandataire de ce groupement qui présentait un caractère solidaire. Le lot n° 4 " menuiseries métalliques " des travaux a été attribué à la société AF Metal, le lot n° 5 " faux plafonds, plâtrerie, isolation " à la société Segonzac, et le lot n° 7 " chauffage, ventilation, plomberie " à la société A. La réception des travaux a été prononcée le 24 janvier 2007.
2. A la demande de Bordeaux Métropole, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a, par une ordonnance du 22 mai 2007, désigné un expert chargé d'examiner les infiltrations, les chutes de plafonds et autres bris de vitrages observés au sein du groupe scolaire. Alors que les opérations d'expertise étaient en cours, Bordeaux Métropole a, le 14 décembre 2007, demandé au juge des référés une extension des missions de l'expert en vue d'examiner des désordres de nature thermique signalés par les utilisateurs qui s'étaient plaints des insuffisances de températures ressenties dans les bâtiments du groupe scolaire. Il a été fait droit à cette demande par une ordonnance du 19 mars 2008, et l'expert désigné a remis son rapport le 26 novembre 2009. Puis, le 4 mai 2011, Bordeaux Métropole a de nouveau saisi le juge des référés-expertise du tribunal administratif de Bordeaux d'une demande tendant à ce que soit examinée la conformité des bâtiments du groupe scolaire aux objectifs issus de la " RT 2000 ". L'expert, désigné par ordonnance du 21 juillet 2011, a remis son rapport le 14 avril 2017.
3. Le 13 février 2020, Bordeaux Métropole a saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'une demande tendant à la condamnation in solidum, sur le terrain de la garantie décennale ou sur celui de la responsabilité contractuelle, de M. C et Mme D, de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, venant aux droits et obligations du bureau d'études Séchaud, et de M. A, ou à défaut la SELARL Ajilink Vigreux en qualité de mandataire ad hoc de la société A désigné par le tribunal de commerce, à lui verser la somme de 7 145 879,64 euros toutes taxes comprises en réparation des désordres thermiques affectant le groupe scolaire Nuyens. Bordeaux Métropole relève appel du jugement rendu le 30 mars 2022 par lequel le tribunal a rejeté sa demande d'indemnisation.
Sur la garantie décennale :
4. Il résulte des principes dont s'inspirent les articles 1792 et 1792-4-1 du code civil, relatifs à la garantie décennale, que tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître de l'ouvrage, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination, et que toute personne dont la responsabilité peut être engagée à ce titre est déchargée de la garantie pesant sur elle au terme d'un délai de dix ans à compter de la réception des travaux.
5. D'une part, aux termes de l'article 2244 du code civil, dans sa version antérieure à la loi du 17 juin 2008 : " Une citation en justice, même en référé, un commandement ou une saisie, signifiés à celui qu'on veut empêcher de prescrire, interrompent la prescription ainsi que les délais pour agir ". Il résulte de ces dispositions que la demande adressée à un juge de diligenter une expertise n'interrompt le délai de prescription que pendant la durée de l'instance à laquelle il est mis fin par l'ordonnance désignant l'expert, et pour les seuls désordres qui y sont expressément visés.
6. D'autre part, aux termes de l'article 2239 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 : " La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès. / Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée ". D'autre part, aux termes de l'article 26 de la loi du 17 juin 2008 : " I. - Les dispositions de la présente loi qui allongent la durée d'une prescription s'appliquent lorsque le délai de prescription n'était pas expiré à la date de son entrée en vigueur. Il est alors tenu compte du délai déjà écoulé. / II. - Les dispositions de la présente loi qui réduisent la durée de la prescription s'appliquent aux prescriptions à compter du jour de l'entrée en vigueur de la présente loi, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure. / III. - Lorsqu'une instance a été introduite avant l'entrée en vigueur de la présente loi, l'action est poursuivie et jugée conformément à la loi ancienne. Cette loi s'applique également en appel et en cassation. / () ".
7. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal de réception des travaux relatifs au groupe scolaire Nuyens a été dressé le 24 janvier 2007 avec des réserves sans rapport avec les désordres de nature thermique en litige dont Bordeaux Métropole a demandé réparation devant le tribunal administratif de Bordeaux. Ainsi, le délai de dix ans expirait le 24 janvier 2017 à 24 heures.
8. En décembre 2007, Bordeaux Métropole a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux de compléter la mission confiée à l'expert chargé notamment de se prononcer sur les désordres thermiques observés dans les bâtiments du groupe scolaire. En application de la règle rappelée au point 5, et dès lors que les dispositions de l'article 2239 du code civil citées au point 6 n'étaient pas applicables, cette saisine a eu pour effet d'interrompre le délai de garantie décennale jusqu'au 19 mars 2008, date à laquelle le juge des référés a ordonné l'expertise. Il s'ensuit que l'action en garantie décennale était prescrite, en principe, à compter du 19 mars 2018.
9. Par son ordonnance du 19 mars 2008, le juge des référés a notamment imparti à l'expert la mission d'émettre " un avis sur la conformité aux normes en vigueur du niveau de confort thermique dans l'ensemble des locaux du groupe scolaire ". Dans son rapport remis le 26 novembre 2009, l'expert a relevé que la production thermique du bâtiment, réglée convenablement, n'appelait pas d'observations, que les valeurs de température permettant d'assurer le chauffage de l'école maternelle ont été réglées en " léger excès ", ce qui entraîne une " courbe de régulation qui, associée au positionnement ou à l'ouverture aléatoire des robinets thermostatiques, justifient les variations de température constatées ", mais qu'il " n'a pas été constaté d'anomalies de dimensionnement et d'insuffisance performancielle de l'installation de chauffage réalisée à l'école maternelle ", l'expert ajoutant que " la puissance produite et distribuée peut compenser, en l'état, avec une loi de régulation adaptée, les aléas constructifs d'insuffisances d'étanchéité constatées. ". S'agissant du chauffage de l'école élémentaire, l'expert a estimé que les valeurs de réglage ne respectent pas les préconisations du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du marché de travaux, ce qui explique les variations de températures constatées " par rapport aux points de consigne ambiants attendus ", mais que " comme pour l'école maternelle, suivant les notes de calcul établies conformément à la NF EN 12 831, et en tenant compte des conditions de réglage, il n'a pas été mis en évidence d'anomalies ou d'insuffisances portant sur les performances ou le dimensionnement de l'installation de chauffage de l'école élémentaire. ". Ainsi, l'expert a, dans son rapport remis le 26 novembre 2009, estimé que les situations d'inconfort consécutives aux températures observées dans le groupe scolaire résultaient de simples problèmes de réglage du système de chauffage, et non d'une conception défaillante de celui-ci.
10. Pour justifier sa nouvelle demande d'expertise présentée devant le juge des référés du tribunal le 4 mai 2011, Bordeaux Métropole estimait que l'avis de l'expert ne satisfaisait pas totalement au chef de mission qui lui avait été confié dès lors qu'il ne s'était pas exprimé sur la conformité du groupe scolaire aux objectifs de la " RT 2000 " et indiquait qu'il était essentiel pour la collectivité, qui est confrontée à la gestion de l'immeuble et supporte des coûts de fonctionnement, y compris de chauffage, de pouvoir apprécier si l'enveloppe du bâtiment bénéficie de l'inertie thermique prévue à travers la note RT 2000 et sa demande tendait à ce que soit confiée à l'expert une " mission complémentaire " en vue de confirmer ou non la conformité du groupe scolaire aux objectifs issus de la réglementation thermique RT 2000. La demande du 4 mai 2011 poursuit ainsi un objet propre consistant à vérifier la conformité du bâtiment à une réglementation thermique générale dans le but d'une réduction de la consommation énergétique et ne tendait pas par suite aux mêmes fins que la première expertise. Cette demande du 4 mai 2011, comme l'ordonnance du juge des référés qui y a fait droit, ne font état d'aucun désordre, Bordeaux Métropole n'ayant d'ailleurs pas dans sa requête en référé mis en cause la société A.
11. Dans ces conditions, la saisine du juge des référés effectuée par Bordeaux Métropole le 4 mai 2011 n'a pas interrompu une nouvelle fois le délai de prescription de la garantie décennale qui avait recommencé à courir le 19 mars 2008 pour expirer, ainsi qu'il a été dit au point 8, le 19 mars 2018. Par suite, l'action que Bordeaux Métropole a engagée le 13 février 2020 contre les constructeurs à raison des désordres relatif au confort thermique de bâtiments était prescrite. Dès lors, Bordeaux Métropole n'est pas fondée à rechercher la responsabilité décennale des constructeurs sur le terrain de la garantie décennale.
Sur la responsabilité contractuelle :
12. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage et met fin aux rapports contractuels entre ce dernier et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Lorsque la réception est prononcée sans réserve, les rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs prennent fin, et la responsabilité de ces derniers ne peut plus être recherchée au titre d'un manquement à leurs obligations nées de leur contrat relatives à la réalisation de l'ouvrage.
13. Ainsi qu'il a été dit, le procès-verbal de réception des travaux relatifs au groupe scolaire Nuyens a été dressé le 24 janvier 2007 avec des réserves sans rapport avec les désordres de nature thermique dont Bordeaux Métropole a demandé réparation devant le tribunal administratif de Bordeaux. Par suite, les responsabilités des maîtres d'œuvre et de la société A, titulaire du lot n°7, ne peuvent être recherchées par Bordeaux Métropole sur le terrain contractuel.
Sur la responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil du maître de l'ouvrage lors des opérations de réception :
14. Il appartient au maître de l'ouvrage, lorsqu'il lui apparaît que la responsabilité de l'un des participants à l'opération de construction est susceptible d'être engagée à raison de fautes commises dans l'exécution du contrat conclu avec celui-ci, soit de surseoir à l'établissement du décompte jusqu'à ce que sa créance puisse y être intégrée, soit d'assortir le décompte de réserves. A défaut, si le maître d'ouvrage notifie le décompte général du marché, le caractère définitif de ce décompte fait obstacle à ce qu'il puisse obtenir l'indemnisation de son préjudice éventuel sur le fondement de la responsabilité contractuelle du constructeur, y compris lorsque ce préjudice résulte de désordres apparus postérieurement à l'établissement du décompte.
15. Il résulte de l'instruction que le décompte du marché de maîtrise d'œuvre conclu le 14 mars 2002 entre Bordeaux Métropole et le groupement solidaire composé de M. C et Mme D, et du bureau d'études Séchaud Bâtiments, aux droits et obligations duquel est venu la société Egis Bâtiment Sud-Ouest, a été signé par le maître de l'ouvrage le 10 juin 2009 et notifié le 16 juin suivant à M. C, mandataire du groupement. Ce décompte, qui ne contenait aucune réserve relative à la façon dont les maîtres d'œuvre s'étaient acquittés de leur obligation de conseil du maître de l'ouvrage lors de la réception des travaux, était par conséquent devenu définitif. Dans ces conditions, Bordeaux Métropole n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont rejeté ses conclusions après lui avoir opposé le caractère définitif du décompte général du marché de maîtrise d'œuvre.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Bordeaux Métropole n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté ses demandes.
Sur les frais d'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions présentées par Bordeaux Métropole qui n'est pas la partie perdante à l'instance. En revanche, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions en mettant à la charge de Bordeaux Métropole, au titre des frais non compris dans les dépens, une somme de 800 euros à verser à M. C et Mme D, à M. A, à à la société Egis Bâtiment Sud et à la société Segonzac.
DECIDE
Article 1er : La requête de Bordeaux Métropole est rejetée.
Article 2 : Bordeaux Métropole versera à M. C et Mme D, à M. A, à la société Egis Bâtiment Sud et à la société Segonzac chacun une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Bordeaux Métropole, à la société Egis Bâtiments Sud, à M. B C et Mme F D, à la société Segonzac, à M. G A, à la Selarl Ekip, mandataire judiciaire de la société AF Métal et à la Selarl Ajilink Vigreux, administrateur judiciaire de la société A.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
Le rapporteur,
Frédéric Faïck
La présidente,
Ghislaine Markarian
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026