lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01474 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SELARL GVB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Bordeaux Métropole a demandé au tribunal administratif de Bordeaux, d'une part, de condamner in solidum M. B, Mme C, la société Egis Bâtiments Sud-Ouest et la société Segonzac à lui verser une somme 20 290 euros hors taxes au titre des désordres acoustiques affectant le groupe scolaire Nuyens à Bordeaux, et, d'autre part, de condamner in solidum M. B, Mme C, la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, la société Ceten Apave et la société Mas BTP à lui verser la somme de 24 020 euros hors taxes au titre des travaux destinés à remédier au caractère glissant des sols extérieurs du groupe scolaire.
Par un jugement n° 2000532 du 30 mars 2022, le tribunal a condamné in solidum M. B, Mme C, la société Egis Bâtiments et la société Segonzac à verser à Bordeaux Métropole la somme de 13 410 euros hors taxes au titre des désordres acoustiques et a rejeté le surplus de la demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2022, Bordeaux Métropole représentée par la SELARL Cabinet Cabanes - Cabanes Neveu D agissant par Me Cabanes, demande à la Cour :
1°) d'annuler les articles 5 et 6 du jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2000532 du 30 mars 2022 ;
2°) de condamner in solidum M. B, Mme C, la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, la société Ceten Apave et la société Mas BTP à lui verser une somme de 24 020 euros hors taxes en réparation des désordres causés par la glissance excessive des sols extérieurs du groupe scolaire ;
3°) de condamner in solidum M. B, Mme C, la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, la société Ceten Apave et la société Mas BTP à lui verser une somme de 9 946,07 euros au titre des frais d'expertise ;
4°) d'assortir ces sommes des intérêts moratoires contractuels à compter du 29 janvier 2020, et des intérêts capitalisés ;
5°) de mettre à la charge in solidum de M. B, de Mme C, de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, de la société Ceten Apave et de la société Mas BTP une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que les premiers juges ont estimé que les désordres consistant en une glissance excessive du revêtement des sols en béton lissé étaient aisément décelables lors de la réception pour en déduire que la garantie décennale des constructeurs ne pouvait être retenue ;
- ce ne sont pas les manifestations des désordres qui doivent être apparentes mais le vice qui en est à l'origine ; de plus, pour qu'un désordre soit regardé comme apparent, il doit être décelable par le maître de l'ouvrage par un simple contrôle visuel ; enfin, les désordres doivent s'être manifestés dans toute leur ampleur dès le stade de la réception des travaux ;
- en l'espèce, l'aspect lisse du béton apparent à la réception ne constitue pas en soi un désordre ni même un vice ; les premiers juges se sont fondés sur un rapport d'expertise qui retenait que le produit de revêtement utilisé conférait au sol un aspect très lisse, n'absorbant pas l'eau, ce qui le rendait glissant ; pour autant, l'expert a reconnu que cette finition était bien celle souhaitée par les maîtres d'œuvre ; le simple aspect lisse d'un revêtement ne suffit pas à retenir que les désordres étaient apparents ;
- ces désordres engagent la garantie décennale des constructeurs ; le caractère glissant d'un sol destiné à recevoir du public rend celui-ci impropre à sa destination ; la circonstance qu'aucun accident ne se soit produit dans les lieux concernés ne suffit pour estimer que l'ouvrage n'est pas impropre à sa destination ;
- à titre subsidiaire, ces désordres engagent la responsabilité de ces mêmes intervenants sur le terrain contractuel ; ainsi, quand les conditions de mise en œuvre de la responsabilité décennale des constructeurs ne sont pas réunies, le maître de l'ouvrage conserve la possibilité de rechercher la responsabilité contractuelle de ces derniers en application de la théorie dite des dommages intermédiaires ;
- ces désordres engagent la responsabilité de la société Mas BTP, du bureau d'études Séchaud (Egis) et des architectes B et C au titre d'un défaut de conception et d'une défaillance dans la direction et le contrôle des travaux ; ces désordres engagent aussi la responsabilité du contrôleur technique qui était tenu de vérifier que les ouvrages construits ne portaient pas atteinte à la sécurité des personnes ;
- aucune faute du maître de l'ouvrage, exonératoire de la responsabilité des constructeurs, ne peut être retenue ;
- le montant total du préjudice subi par Bordeaux Métropole doit être évalué à 24 020 euros hors taxes au titre des travaux de reprise des surfaces extérieurs glissantes.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars, 8 septembre et 11 octobre 2023, la société Ceten Apave International, représentée par la SELARL GVB, conclut :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, de la société Segonzac, de la société Mas BTP, de M. B et de Mme C à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 août et 8 septembre 2023, la société Mas BTP, représentée par la SCP Avocagir agissant par Me Coronati, conclut :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 10 % et à ce que Bordeaux Métropole, M. B et Mme C, la société Egis Bâtiments Sud-Ouest et la société Ceten Apave International la garantissent des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge des parties perdantes une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, M. A B et Mme E C, représentés par la société d'avocats LMCM, agissant par Me Milon, concluent :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Egis Bâtiments Sud-Ouest, de la société Mas BTP et de la société Ceten Apave International à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de Bordeaux Métropole et ou des parties perdantes une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre et 1er décembre 2023, la société Egis Bâtiments Sud, représentée par la SELARL Racine Bordeaux, agissant par Me Hounieu, conclut :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que sa part de responsabilité n'excède pas 5 % du montant du préjudice et à l'application d'un abattement pour vétusté de 70 % sur les sommes dues ;
3°) à la condamnation in solidum de M. B, de Mme C, de la société Mas BTP et de la société Ceten Apave à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;
4°) à ce qu'il soit mis à la charge de Bordeaux Métropole ou de toute autre partie perdante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire enregistré le 29 octobre 2023, la société Segonzac, représentée par Me Bonnan, conclut :
1°) au rejet de la requête de Bordeaux Métropole ;
2°) au rejet des conclusions formées à son encontre par la société Ceten Apave International ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Faïck,
- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public,
- et les observations de Me Couette, substituant Me Cabanes, pour Bordeaux Métropole, de Me Ghassemezadeh, substituant Me Milon, pour M. B et Mme C, de Me Hubert, substituant Me Hounieu, pour la société Egis Bâtiments Sud, de Me Coronat, substituant Me Coronati, pour la société Mas BTP, de Me Deniau, substituant la SELARL GVB , pour la société Ceten Apave et de Me Bonnan pour la société Segonzac.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement signé le 14 mars 2002, la communauté urbaine de Bordeaux, devenue Bordeaux Métropole, a confié à un groupement composé de M. B et Mme C, architectes, et du bureau d'études Séchaud Bâtiments, aux droits et obligations duquel est venu la société Egis Bâtiment Sud Ouest, devenue Egis Bâtiment Sud, la maîtrise d'œuvre des opérations de restructuration et d'extension du groupe scolaire Nuyens situé à Bordeaux. M. B a été désigné comme mandataire de ce groupement qui présentait un caractère solidaire. Le lot n° 1 " démolitions, fondations spéciales, gros œuvre, VRD, plantations " des travaux a été attribué à la société Mas BTP, qui a sous-traité les travaux de réalisation des sols extérieurs à la société Rénovation Construction Aquitaine (RCA). Quant au contrôle technique des opérations, il a été confié à la société Ceten Apave. La réception des travaux a été prononcée le 24 janvier 2007.
2. Après la mise en service des bâtiments, Bordeaux Métropole a estimé que certaines salles de classe ainsi que les espaces communs étaient affectés d'un défaut d'isolation acoustique et qu'en outre, les sols extérieurs présentaient un caractère dangereusement glissant. A la demande de Bordeaux Métropole, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a, par une ordonnance du 16 juin 2010, désigné un expert chargé d'examiner les désordres invoqués, de se prononcer sur leur nature, leur origine et sur le coût des travaux permettant d'y mettre fin. L'expert ayant déposé son rapport le 12 avril 2012, Bordeaux Métropole a, le 29 janvier 2020, saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'une première demande tendant à la condamnation in solidum, sur le terrain de la garantie décennale à titre principal ou sur celui de la responsabilité contractuelle à titre subsidiaire, de M. B et Mme C, des sociétés Egis Bâtiments Sud,venant aux droits et obligations du bureau d'études Séchaud, et Segonzac à lui verser la somme de 20 290 euros hors taxes en réparation des désordres acoustiques affectant le groupe scolaire Nuyens. Bordeaux Métropole a saisi le tribunal administratif d'une seconde demande, fondée sur la garantie décennale ou à défaut sur la responsabilité contractuelle, tendant à la condamnation de M. B et Mme C, des sociétés Egis Bâtiments Sud, Ceten Apave et Mas BTP à lui verser la somme de 24 020 euros hors taxes au titre des travaux de reprise des surfaces extérieures glissantes. Par un jugement rendu le 30 mars 2022, le tribunal a condamné in solidum M. B, Mme C, les sociétés Egis Bâtiment Sud et Segonzac à verser à Bordeaux Métropole la somme de 13 410 euros hors taxes au titre de la réparation des désordres acoustiques. En revanche, le tribunal a rejeté les conclusions de Bordeaux Métropole tendant à être indemnisée des désordres constitués par la glissance des sols extérieurs. Bordeaux Métropole relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté cette dernière demande et demande l'annulation des articles 5 et 6 de ce jugement. M. B et Mme C, les sociétés Egis Bâtiments Sud, Ceten Apave et Mas BTP concluent au rejet des conclusions de Bordeaux Métropole et demandent, à titre subsidiaire, à être garanties par les autres constructeurs des condamnations éventuellement prononcées à leur encontre. La société Segonzac conclut au rejet de la demande de Bordeaux Métropole.
Sur la recevabilité de la demande de première instance :
3. Il résulte de l'instruction que par une délibération du 21 juin 2019, le conseil de Bordeaux Métropole a délégué à son président le pouvoir d'ester en justice et de représenter la collectivité devant toute juridiction, tant en défense qu'en action. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir du président au nom de Bordeaux Métropole doit être écartée.
Sur la garantie décennale :
4. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal de réception des travaux du lot n°1 a été dressé le 24 janvier 2007 sans réserve. Cette réception a donc mis fin aux relations contractuelles entre les constructeurs intervenus au titre du lot n°1. Bordeaux Métropole peut cependant rechercher la responsabilité des constructeurs sur le terrain de la garantie décennale, pour autant que les conditions propres à cette garantie soient remplies.
5. Il résulte des principes dont s'inspirent les articles 1792 et 1792-4-1 du code civil, relatifs à la garantie décennale, que tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître de l'ouvrage, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Cette garantie peut être engagée dans le délai de dix ans à compter de la réception sans réserve des travaux, à la condition que les désordres dont il est demandé réparation ne soient ni apparents ni prévisibles lors de la réception de l'ouvrage.
En ce qui concerne le caractère apparent des désordres lors de la réception :
6. Le programme de restructuration du groupe scolaire Nuyens élaboré par le maître de l'ouvrage prévoyait que les aires d'accueil extérieures et les abris non fermés seraient composés de revêtements non glissants, souples et non rugueux. Les tests auxquels il a été procédé au cours des opérations d'expertise ont montré " clairement des portions de sol glissantes " au niveau du " passage abrité côté cour ", " devant l'entrée sur pan légèrement abrité " et " l'entrée sur sol ". Quant au " passage non abrité côté cour ", son caractère non-dérapant est considéré comme " limite " par l'expert " certainement en raison de son exposition aux intempéries et à l'altération qui en résulte ". Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le caractère glissant des sols extérieurs du groupe scolaire trouve son origine dans le traitement des surfaces au moyen d'un produit non prévu au cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n°1 " démolitions, fondations spéciales, gros œuvre, VRD, plantations " dès lors que, adapté aux revêtements intérieurs, il ne permettait pas une absorption satisfaisante de l'eau.
7. La circonstance qu'au jour de la réception, les sols extérieurs du groupe scolaire aient présenté un caractère lisse, aisément repérable au plan visuel, n'est pas suffisante pour retenir que ces sols auraient présenté un caractère glissant qui aurait dû alerter un maître de l'ouvrage normalement diligent. D'autant que le paragraphe 1.11.3 " dallage extérieur " du CCTP du lot n°1 prévoyait que la surface des sols extérieurs devrait présenter un caractère lissé, comme le souhaitait le maître de l'ouvrage à titre de choix architectural, et qu'il résulte à cet égard de l'instruction que la finition des sols était bien celle souhaitée des architectes qui ont ainsi proposé à Bordeaux Métropole de réceptionner l'ouvrage sans réserve. Dans ces conditions, Bordeaux Métropole est fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Bordeaux a jugé que la garantie décennale des constructeurs n'était pas engagée au motif que les désordres en litige devaient être considérés comme apparents lors de la réception des travaux.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
8. Il résulte de l'instruction et notamment de l'attestation rédigée par la directrice de l'établissement, que les sols extérieurs du groupe scolaire présentent une glissance excessive entraînant des chutes d'élèves, et que les règles d'usage définies afin d'éviter les accidents rendent parfois inutilisable la cour par temps humide. La circonstance qu'aucun accident grave ne se soit produit depuis la réception de l'ouvrage ne permet pas, à elle seule, d'estimer que celui-ci ne serait pas impropre à sa destination dès lors que les règles définies sous la responsabilité du chef d'établissement ont été précisément de nature à éviter de tels accidents. Eu égard à la nature du groupe scolaire concerné, qui appartient à la catégorie des établissements recevant du public, et du public accueilli, composé essentiellement de jeunes enfants, les désordres en litige sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination, et partant engagent la garantie décennale des constructeurs.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
9. Il résulte du rapport d'expertise que le CCTP du lot n° 1 " démolitions, fondations spéciales, gros œuvre, VRD, plantations ", rédigé par le bureau d'études Séchaud (Egis Bâtiment) prévoyait que les sols extérieurs devraient présenter un aspect lissé avec incorporation superficielle d'un durcisseur de surface de type " Sika Chadpur ou équivalent " connu pour convenir aux sols soumis à des sollicitations importantes, telles que les circulations. Cependant, il résulte de l'instruction que les sols extérieurs ont été traités avec un autre produit " Clersol Clerquartz, destiné aux revêtements intérieurs, et qui n'offrait pas des garanties équivalentes en termes d'absorption d'eau à celui prévu dans les documents techniques du marché. Les désordres en litige trouvent ainsi leur origine dans l'utilisation d'un produit de traitement des sols inadapté aux surfaces extérieures.
10. Il résulte de l'instruction que les désordres dont Bordeaux Métropole demande réparation sont imputables à la société Mas BTP, titulaire du lot n° 1 et responsable envers le maître de l'ouvrage du fait de son sous-traitant, à savoir la société RCA qui a apposé sur les dallages extérieurs un produit destiné aux revêtements intérieurs. Ces désordres sont aussi imputables au bureau d'études Séchaud (Egis Bâtiment Sud) ainsi qu'aux architectes B et C, tous les trois chargés par le marché de maîtrise d'œuvre d'une mission de surveillance de l'exécution des travaux pendant le chantier.
11. Il résulte de l'instruction que le contrôleur technique Ceten Apave était chargé, en vertu de son marché, d'une mission " S : condition de sécurité des personnes dans les constructions ". Toutefois, selon l'annexe A de la norme NFP 03-100 réglementant l'intervention des contrôleurs techniques, la vérification du caractère anormalement glissant des sols extérieurs n'est pas au nombre des prestations qu'un contrôleur technique doit accomplir au titre de sa mission " S ". Et une mission spécifique n'a pas non plus été incluse dans le marché conclu entre Ceten Apave et Bordeaux Métropole. Dans ces conditions, les désordres en litige ne sont pas imputables à la société Ceten Apave dès lors qu'ils sont étrangers au périmètre de sa mission.
En ce qui concerne la faute du maître de l'ouvrage :
12. Ainsi qu'il a été dit, les désordres en litige, qui n'ont pas été relevés par les maîtres d'œuvre chargés d'assister le maître de l'ouvrage lors des opérations de réception, ne pouvaient être considérés comme apparents du seul fait que les sols présentaient un caractère lisse. A cet égard, le choix en faveur de sols extérieurs lisses effectué par Bordeaux Métropole pour des raisons esthétiques n'est pas, en lui-même, à l'origine des désordres en litige. Dans ces conditions, les constructeurs ne sont pas fondés à soutenir que Bordeaux Métropole aurait commis une faute de nature à les exonérer, même partiellement, de leur responsabilité.
13. Bordeaux Métropole est dès lors fondée à demander la condamnation in solidum des architectes B et C, de la société Egis Bâtiment Sud et de la société Mas BTP à réparer, sur le terrain de la garantie décennale, les désordres en litige.
14. Il résulte de ce qui précède que Bordeaux Métropole est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à ce que soit engagée la garantie décennale des constructeurs à raison du caractère glissant des sols extérieurs du groupe scolaire Nuyens. Dès lors, l'article 6 du jugement du tribunal, qui rejette le surplus de la demande de Bordeaux Métropole, doit être annulé.
En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :
15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la reprise des désordres nécessite l'application d'un produit antidérapant pour l'ensemble des sols extérieurs. Afin d'obtenir une surface " mouillée " proche de l'aspect lisse et brillant existant, lequel correspond au choix architectural d'origine, l'expert recommande l'usage d'un produit " metal " à base de résine Epoxy. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise des sols, dont le coût est de 21 euros/m2, s'élèvent à la somme de 24 020 euros hors taxes.
16. L'éventuelle vétusté des sols doit s'apprécier à la date d'apparition des désordres. Or, il résulte de l'instruction que le caractère glissant des sols extérieurs du groupe scolaire s'est révélé peu de temps après la réception des travaux, de sorte que Bordeaux Métropole n'a jamais bénéficié d'un ouvrage exempt de désordres qui aurait ultérieurement été atteint de vétusté du fait de son utilisation. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'appliquer au coût des travaux de reprise un abattement pour vétusté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les architectes B et C ainsi que la société Egis Bâtiments Sud (Séchaud) et la société Mas BTP doivent être condamnés in solidum à verser à Bordeaux Métropole, au titre de la réparation des désordres en litige, la somme de 24 020 euros hors taxes.
En ce qui concerne les intérêts :
18. La condamnation précitée étant prononcée sur le fondement de la responsabilité décennale, la somme précitée de 24 020 euros hors taxes sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 janvier 2020, date de saisine du tribunal administratif par Bordeaux Métropole.
19. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 29 janvier 2020 date d'enregistrement de la demande devant le tribunal administratif. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande mais au 29 janvier 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, et à chaque date d'anniversaire.
En ce qui concerne les appels en garantie :
20. Ainsi qu'il a été dit, la glissance des sols du groupe scolaire trouve son origine dans l'apposition d'un produit de traitement de surface non prévu au CCTP du lot n°1, et qui s'est avéré inadapté aux surfaces extérieures. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que ces désordres sont dus à un défaut dans l'exécution et la surveillance des travaux. Ils engagent, sur le terrain de la faute, la responsabilité du bureau d'études Séchaud (Egis Bâtiments Sud) ainsi que celle des architectes B et C, chargés d'une mission DET par leur marché de maîtrise d'œuvre, et la responsabilité de la société Mas BTP titulaire du lot n° 1 " démolitions, fondations spéciales, gros œuvre, VRD, plantations ".
21. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité de chacun de ces intervenants en fixant à 50 % celle du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre composé de M. B, de Mme C et de la société Egis Bâtiments Sud (Séchaud) et à 50 % celle de la société Mas BTP.
22. La société Mas BTP doit ainsi être garantie par le groupement de maîtres d'œuvre composé de C, de Mme B et de la société Egis Bâtiments Sud (Séchaud) à hauteur de 50 % du montant de la condamnation prononcée au point 15 du présent arrêt. Il s'ensuit que le groupement de maîtres d'œuvre sera garanti par la société Mas BTP à hauteur de 50 % du même montant.
23. M. B et Mme C et le bureau d'études Séchaud ont constitué un groupement de maîtrise d'œuvre solidaire. Dans ce cadre, M. B et Mme C doivent être garantis par la société Egis Bâtiments Sud (Séchaud) à hauteur de 25 % du montant de la condamnation prononcée au point 15 du présent arrêt. La société Egis Bâtiments Sud (Séchaud) doit être garantie par M. B et Mme C à hauteur de 25 % du montant de cette condamnation.
Sur les frais d'expertise :
24. Il résulte de ce qui précède que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a laissé à la charge de Bordeaux Métropole 50 % du montant des frais d'expertise, lesquels s'élèvent à la somme de 9 946,07 euros, toutes taxes comprises, taxés et liquidés par ordonnance du président du tribunal du 20 avril 2012. Par suite, l'article 5 du jugement attaqué doit être annulé.
25. Dans les circonstances de l'espèce, les frais d'expertise doivent être mis à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre composé de M. B, de Mme C et de la société Egis Bâtiments Sud (Séchaud) à hauteur de 50 % de leur montant, et à la charge de la société Mas BTP et de la société Segonzac, responsable par ailleurs des désordres acoustiques que l'expert a également analysés dans son rapport, à hauteur, respectivement, de 40 % et de 10 % de ce montant.
Sur les frais d'instance :
26. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : Les articles 5 et 6 du jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2000532 du 30 mars 2022 sont annulés.
Article 2 : Le groupement de maîtrise d'œuvre composé de M. B, de Mme C et de la société Egis Bâtiments Sud ainsi que la société Mas BTP sont condamnés in solidum à verser à Bordeaux Métropole la somme de 24 020 euros hors taxes, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 janvier 2020. Les intérêts seront capitalisés au 29 janvier 2021 et à chaque échéance ultérieure.
Article 3 : La société Mas BTP sera garantie par le groupement de maîtrise d'œuvre composé de M. C, de Mme B et de la société Egis Bâtiments Sud à hauteur de 50 % du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.
Article 4 : Le groupement de maîtrise d'œuvre composé de M. C, de Mme B et de la société Egis Bâtiments Sud sera garanti par la société Mas BTP à hauteur de 50 % du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.
Article 5 : M. B et Mme C seront garantis par la société Egis Bâtiments Sud à hauteur de 25 % du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.
Article 6 : La société Egis Bâtiments Sud sera garantie par M. B et Mme C à hauteur de 25 % du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.
Article 7 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 9 946,07 euros toutes taxes comprises sont mis à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre composé de M. B, de Mme C et de la société Egis Bâtiments Sud à hauteur de 50 % de leur montant, et à la charge de la société Mas BTP et de la société Segonzac à hauteur, respectivement, de 40 % et de 10 % de ce montant.
Article 8 : Les conclusions des parties présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 9 : Le présent arrêt sera notifié à Bordeaux Métropole, à la société Egis Bâtiments, à M. B, à Mme C, à la société Segonzac, à la société Ceten Apave International et à la société Mas BTP.Copie en sera délivrée à M. F, expert.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024. Le rapporteur,
Frédéric Faïck
La présidente,
Ghislaine Markarian
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026