mardi 7 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01577 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | DUMAZ ZAMORA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle la préfète de la Corrèze lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.
Par un jugement n° 2100389 du 9 mars 2022, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour:
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. C, représenté par Me Dumaz Zamora, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2100389 du tribunal administratif de Pau du 9 mars 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 18 février 2021 de la préfète de la Corrèze ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé autorisant le séjour et le travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, si sa demande d'aide juridictionnelle était rejetée, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la régularité du jugement :
- le tribunal a omis de répondre aux moyens tirés de l'erreur de droit résultant de l'absence d'examen réel et sérieux de sa demande et de sa situation ainsi que de la violation des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait et méconnaît ainsi les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle ne vise pas l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 et ne mentionne pas l'adaptation de son profil professionnel à l'emploi qu'il occupe ; elle ne vise pas les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en se fondant, pour rejeter sa demande, sur les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a entaché sa décision d'erreur de droit dès lors que ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens ;
- en s'abstenant d'exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation et d'apprécier notamment sa qualification, son expérience et ses diplômes, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la circonstance qu'il n'a pas respecté la procédure d'introduction de la main d'œuvre étrangère ne justifie pas un refus d'admission exceptionnelle au séjour ;
- en s'abstenant d'examiner sa demande au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il ne ressort pas des termes de la décision que la préfète aurait apprécié l'atteinte portée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- eu égard à sa situation personnelle et familiale, la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel, au titre de la vie privée et familiale ou au titre du travail, la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Corrèze qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2022 à 12h00.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 22 mai 1987, a déclaré être entré en France le 4 mars 2019 et a sollicité, le 15 janvier 2021, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 18 février 2021, la préfète de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour. M. C relève appel du jugement du 9 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée en France ait été régulière, que la communauté de vie n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
3. Il ressort des termes du formulaire de demande de titre de séjour déposé le 15 janvier 2021 par M. C, que ce dernier a indiqué, comme motif de la demande, " titre de séjour vie privée et familiale " et a également complété la phrase " Je sollicite un titre de séjour en qualité de : " par la mention " vie privée et familiale ", sans préciser de fondement textuel en particulier. L'intéressé a également renseigné la date de son entrée sur le territoire, ainsi que les éléments relatifs à sa situation familiale, tenant à la présence en France de sa conjointe, de nationalité française, et de l'enfant de cette dernière. Eu égard aux termes de cette demande, le requérant devait être regardé comme ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour tant sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de conjoint d'une ressortissante de nationalité française, que sur le fondement du 7° de ce même article, au titre de la vie privée et familiale. Dès lors, M. C est fondé à soutenir qu'en examinant sa situation uniquement au regard des dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'article L. 313-14 du même code, sans procéder à l'examen de sa demande sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du même code, la préfète de la Corrèze a entaché sa décision d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la régularité du jugement attaqué ni d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau rejeté sa demande. Il est dès lors fondé à demander l'annulation de ce jugement ainsi que celle de la décision du 18 février 2021 de la préfète de la Corrèze.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 3 et dès lors qu'aucun autre moyen opérant et fondé n'est, par ailleurs, susceptible d'être accueilli et d'avoir une influence sur la portée de l'injonction à prononcer, l'exécution du présent arrêt implique seulement le réexamen de la situation de M. C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dumaz Zamora, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dumaz Zamora de la somme de 1 200 euros.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2100389 du 9 mars 2022 du tribunal administratif de Pau est annulé.
Article 2 : La décision du 18 février 2021 par laquelle la préfète de la Corrèze a refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera à Me Dumaz Zamora une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dumaz Zamora renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
M. Michaël Kauffmann, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
Le rapporteur,
Michaël B La présidente,
Evelyne BalzamoLe greffier,
Christophe Pelletier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026