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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01590

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01590

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01590
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation6ème chambre (formation à 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme B ont demandé au tribunal administratif de Pau de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2015, et des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 1901953 du 14 avril 2022, le tribunal administratif de Pau a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 juin 2022 et 16 janvier 2023, M. et Mme B, représentés par Me Bouclier, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Pau du 14 avril 2022 et de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

M. et Mme B soutiennent que :

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ; ils n'ont jamais été informés qu'ils pouvaient demander une copie des documents que l'administration a obtenus dans le cadre de son droit de communication ;

- s'agissant des revenus de l'année 2013, les sommes figurant au crédit du compte courant d'associé de M. B dans les écritures de la société Wheig SAS, pour un montant total de 19 000 euros, correspondent à un prêt consenti par M. C ;

- s'agissant des revenus de l'année 2015, les deux virements de la société Wheig Chile, filiale de Wheig SAS, d'un montant global de 123 000 euros, ne relèvent pas de la catégorie des revenus imposables en France, en vertu de l'article 3 de la convention fiscale franco-chilienne, puisqu'il s'agit du solde du prix de vente d'un appartement situé à Santiago du Chili.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er décembre 2022 et le 31 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Gueguein,

- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, qui malgré des mises en demeure en ce sens, n'ont pas déposé de déclarations de revenus au titre des années 2013, 2014 et 2015, ont fait l'objet en 2016 d'un examen fiscal de leur situation personnelle portant sur les périodes du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 et du 1er janvier au 31 décembre 2015. Par deux propositions de rectification du 13 décembre 2016 et du 15 juin 2017, ils ont été informés de l'intention du service de les considérer comme fiscalement domiciliés en France et des rehaussements de revenus imposables envisagés sur toutes les années concernées dans la catégorie des bénéfices non commerciaux et des revenus non dénommés. En l'absence de dépôt de déclarations de revenus, malgré de nouvelles mises en demeure, M. et Mme B ont fait l'objet d'une taxation d'office au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux des années 2013, 2014 et 2015. Les impositions en résultant, partiellement confirmées, ont été mises en recouvrement le 30 avril 2018. La réclamation du 7 juin 2018 par laquelle les intéressés ont contesté, pour partie, les impositions mises à leur charge au titre des années 2013 et 2015, a été rejetée par une décision du 28 juin 2019. M. et Mme B relèvent appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté leur demande de réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2015.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L.76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

3. Ainsi que le reconnaissent les appelants, l'administration a indiqué dans les propositions de rectification du 13 décembre 2016 et du 15 juin 2017 la teneur et l'origine des renseignements obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir les impositions contestées. Il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'ailleurs d'aucune autre disposition législative ou règlementaire d'obligation pour l'administration de citer dans la proposition de rectification le texte de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, ou d'obligation d'informer le contribuable de la possibilité offerte par ces dispositions de demander une copie des documents ainsi obtenus auprès de tiers. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. A titre liminaire, après avoir retenu que les requérants résidaient fiscalement en France, l'agent vérificateur a procédé à la reconstitution des revenus perçus sur les années vérifiées et, après les avoir invités, sur le fondement de l'article L.10 du livre des procédures fiscales, à produire toutes explications permettant d'établir l'origine de certains encaissements sur leurs comptes bancaires, a notamment procédé à des rehaussements au titre de revenus non dénommés. Les appelants réitèrent en appel leur critique du caractère imposable des sommes de 19 640 euros au titre de l'année 2013 et de 123 000 euros au titre de l'année 2015.

5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Selon l'article R. 193-1 du même code : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Il n'est pas contesté que la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales a été régulièrement mise en œuvre, en raison de l'absence de dépôt de déclaration de leurs revenus par M. et Mme B au titre des années 2013 et 2015, malgré les mises en demeure qui leur ont été adressées par l'administration. Par suite, il appartient aux requérants de rapporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition.

En ce qui concerne les revenus de l'année 2013 :

6. Ainsi que l'ont relevé les premiers juges, il résulte de l'instruction que M. et Mme B, qui résidaient auparavant au Chili, dans un appartement acquis par la société chilienne Altamira Inversiones, dont M. B est associé, et cédé en avril 2015, sont désormais domiciliés à Biarritz dans une villa qu'ils ont achetée en 2001 et qu'ils ont apportée au capital de la société civile immobilière Altamira lors de sa constitution, société dont le capital social est réparti entre les requérants et leurs filles majeures. Lors des opérations de contrôle, M. B a déclaré, d'une part, être le président de la SAS Wheig, créée en juillet 2013, d'autre part, assurer les fonctions de président ou de directeur général de plusieurs sociétés situées au Chili, dont notamment la société Altamira Inversiones et la société Basa Leyda, cette dernière ayant été renommée Wheig Chile à la suite de l'achat de ses parts par la SAS Wheig et, enfin, être l'unique associé et le représentant légal de la société patrimoniale LFG Services LLC, implantée aux Etats-Unis, qui détient notamment 59% du capital social de la SAS Wheig.

7. Après avoir estimé, ce que les appelants ne contestent pas, que M. B était le bénéficiaire effectif des montants encaissés par la société LFG Services LLC, l'agent vérificateur a invité les contribuables à produire toutes justifications permettant d'établir la cause juridique du virement sur le compte de cette société d'une somme cumulée de 102 140 euros, par M. ou Mme C au cours de l'année 2013, les requérants ayant indiqué que cette somme correspondait à l'encaissement d'un prêt consenti par M. C, cousin de M. B.

8. A la suite de la présentation d'une convention de prêt signée le 30 août 2013 entre M. C et la société LFG Services LLC, représentée par M. B, portant sur la somme totale de 102 140 euros pour le lancement de l'activité de la société Wheig, l'administration a accepté de regarder les sommes en litige comme des revenus non imposables à concurrence de 82 500 euros, montant cumulé des versements effectués par les contribuables au bénéfice de M. C les 28 octobre 2014 et 28 avril 2015, soit avant les opérations de contrôle.

9. Les contribuables n'apportent aucun élément de nature établir l'existence d'une convention de prêt, qui ne peut bénéficier de la présomption de prêt familial au regard des relations d'affaires existant entre M. C et M. B au sein de la société Wheig, par la production d'une convention qui n'a été ni enregistrée ni inscrite au compte courant d'associé de la société LFG Services au sein de la société Wheig. Ils ne justifient pas plus de la nature de prêt de la somme de 19 640 euros en soutenant que cette somme aurait été remboursée à M. C par le biais du déséquilibre de 19 000 euros qui affecterait les stipulations du protocole d'accord du 30 novembre 2015 par lesquelles les associés de la société Wheig ont consenti à renoncer à leur compte courant d'associé et par l'encaissement d'un chèque de 640 euros émis le 31 décembre 2016, soit postérieurement aux opérations de contrôle, au bénéfice de M. C. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que la somme de 19 640 euros a été imposée entre leurs mains au titre de revenus non dénommés de l'année 2013.

En ce qui concerne les revenus de l'année 2015 :

10. Ainsi que l'ont retenu les premiers juges, si les documents produits confirment que les virements des 8 et 16 avril 2015, d'un montant respectif de 29 000 et 94 000 euros, sur un compte bancaire ouvert au nom de la société LFG Services LLC, ont été effectués par la société Wheig Chile SA, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir que ces versements trouveraient leur origine dans le reliquat du prix de cession de l'appartement acquis par la société chilienne Altamira Inversiones selon le montage juridique décrit au point 6 du présent arrêt. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que la somme de 123 000 euros a été imposée entre leurs mains, au titre de revenus non dénommés de l'année 2015.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté leur demande de réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.

Copie sera adressée à la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Karine Butéri, présidente,

M. Stéphane Gueguein, président-assesseur,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane Gueguein La présidente,

Karine Butéri

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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