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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01804

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01804

mardi 25 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01804
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantZOUNGRANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C E a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2200230 du 12 mai 2022, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022, M. E, représenté par Me Zoungrana, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 12 mai 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 14 décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Corrèze de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé lorsqu'il écarte comme non probantes des attestations concordantes émanant de plusieurs personnes ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entré régulièrement sur le territoire le 8 février 2020, s'est maintenu sur le territoire et remplit la condition de communauté de vie avec son épouse depuis plus de six mois ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète de la Corrèze qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 30 octobre 1980, est entré en France avec un passeport revêtu d'un visa de type C, valable du 27 janvier 2020 au 21 février 2020. Le 30 août 2021, il a sollicité son admission au séjour après son mariage, le 7 août précédent, avec Mme B, ressortissante française. Par un arrêté du 14 décembre 2021, la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. E relève appel du jugement du 12 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté préfectoral.

Sur la légalité de la décision du 12 mai 2022 :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Pour rejeter la demande d'admission au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, la préfète de la Corrèze s'est fondée, d'une part, sur l'entrée irrégulière en France de M. E et, d'autre part, sur la durée de la communauté de vie avec son épouse, qui n'excédait pas six mois.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. E est arrivé en Espagne, à Barcelone, le 8 février 2020, et est entré en France le même jour pour rejoindre en voiture, avec un proche, le domicile de sa tante à Concèze, en Corrèze. Il est ainsi entré sur le territoire national pendant la durée de validité de son visa. Il ressort en outre des pièces produites, et notamment des documents du fournisseur de gaz et d'électricité, qu'il a emménagé avec Mme B, sa future épouse, dans un logement à Brive-la-Gaillarde le 10 novembre 2020. A la date de l'arrêté du 14 décembre 2021, le couple vivait ensemble depuis plus d'un an. Dans ces conditions, en refusant d'admettre M. E au séjour, la préfète de la Corrèze a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté du 14 décembre 2021 doit être annulé.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la régularité du jugement attaqué, que M. E est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté préfectoral du 15 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent arrêt implique, sous réserve d'un changement de la situation en droit ou en fait, que soit délivrée à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de la Corrèze de procéder à cette délivrance, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.

Sur les frais liés au litige :

7. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative

et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Zoungrana de la somme de 1 200 euros.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Limoges du 12 mai 2022 et la décision de la préfète de la Corrèze du 14 décembre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Corrèze de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 : L'Etat versera à Me Zoungrana la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de

l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. C E, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la préfète de la Corrèze et à Me Zoungrana.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Catherine Girault, présidente,

Mme Anne Meyer, présidente assesseure,

M. Olivier Cotte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

Olivier A

La présidente,

Catherine Girault

La greffière,

Virginie Guillout

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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