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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01880

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01880

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01880
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantBOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SELARL Hirou, en qualité de liquidateur judiciaire de la société SYRTP, a demandé au tribunal administratif de La Réunion de condamner la commune de Saint-Leu à lui verser la somme totale de 163 569,37 euros au titre de l'exécution du lot n° 1 du marché public de travaux de modernisation du chemin Dompy Moïse.

Par un jugement n° 2001325 du 15 avril 2022, le tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, la SELARL Hirou, en qualité de liquidateur judiciaire de la société SYRTP, représentée par la SELARL Betty Vaillant agissant par Me Vaillant, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de La Réunion n° 2001325 du 15 avril 2022 ;

2°) de condamner la commune de Saint-Leu à lui verser la somme totale de 163 569,37 euros ;

3°) de condamner la commune à lui verser une indemnité complémentaire de 5 000 euros en application de l'article L. 3133-13 du code de la commande publique ;

4°) d'assortir le versement de ces sommes d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'arrêt à intervenir jusqu'à leur règlement complet;

5°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité de sa demande de première instance :

- c'est à tort que le tribunal a rejeté sa demande comme irrecevable en l'absence de demande préalable dès lors qu'elle a adressé une telle demande à la commune le 3 décembre 2020 ;

- sa demande n'était pas tardive dès lors que la décision prononçant la résiliation du marché ne comportait pas la mention des voies et délais de recours et qu'en outre, le délai raisonnable d'un an ne s'applique pas au plein contentieux indemnitaire ;

Au fond :

- si le maître de l'ouvrage peut résilier un marché pour un motif d'intérêt général, le titulaire conserve le droit à être indemnisé des préjudices que lui cause cette résiliation ; l'indemnité de résiliation est prévue par l'article 46.4 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux ;

- le montant de son préjudice est justifié par les factures produites au dossier et que la commune n'a jamais payées, manifestant ainsi son mauvais vouloir et son comportement fautif ;

- la société a droit à être indemnisée de l'ensemble de ses préjudices ainsi qu'au versement des intérêts moratoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, la commune de Saint-Leu, représentée par la SARL Boissy Avocats Associés, agissant par Me Boissy et par Me Herlin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Hirou une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité de la requête d'appel :

- elle ne comporte aucune critique des motifs du jugement attaqué et ne satisfait pas aux conditions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

En ce qui concerne la recevabilité de la demande de première instance :

- la société n'a pas adressé de demande préalable d'indemnisation ; celle du 3 décembre 2020 qu'elle produit en appel, à supposer qu'elle soit regardée comme un mémoire en réclamation, n'a pas été adressée au maître d'œuvre ; sa demande devant les premiers juges serait également prématurée dès lors qu'elle a été présentée avant le délai de 45 jours prévu à l'article 50.1.2 du CCAG travaux dont dispose le maître de l'ouvrage pour répondre au mémoire en réclamation.

Au fond :

- Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.

Par ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 ;

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Faïck,

- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public,

- et les observations de Me Herlin pour la commune de Saint-Leu.

Considérant ce qui suit :

1. En mars 2014, la commune de Saint-Leu a attribué à la société SYRTP le lot n°1 " VRD " du marché de travaux publics portant sur la modernisation du chemin Dompy Moïse. Les travaux concernés n'ont toutefois jamais débuté et, par une délibération du 22 août 2016, le conseil municipal de Saint-Leu a résilié le marché pour motif d'intérêt général. Le 12 décembre 2016, la société SYRP a demandé à la commune de lui verser l'indemnité de résiliation prévue par l'article 46.4 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux. La commune n'a pas donné suite à cette demande de la société SYRTP qui a été ensuite placée en liquidation judiciaire par une décision du tribunal de commerce de Saint-Pierre du 4 juillet 2017 désignant la SELARL Hirou en qualité de mandataire liquidateur. Celle-ci a, le 17 décembre 2020, saisi le tribunal administratif de La Réunion d'une demande tendant à la condamnation de la commune de Saint-Leu à lui verser la somme de 48 581,54 euros au titre de l'indemnité de résiliation, la somme de 100 000 euros en réparation de son préjudice financier ainsi qu'une indemnité complémentaire de 5 000 euros. La SELARL Hirou relève appel du jugement rendu le 15 avril 2022 par lequel le tribunal a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article 2 " pièces constitutives du marchés " du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en litige : " Les pièces contractuelles constitutives du présent marché sont les suivantes : () cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009. " Aux termes de l'article 46.4 du CCAG / travaux : " Résiliation pour motif d'intérêt général : Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur résilie le marché pour motif d'intérêt général, le titulaire a droit à une indemnité de résiliation, obtenue en appliquant au montant initial hors taxes du marché, diminué du montant hors taxes non révisé des prestations reçues, un pourcentage fixé par les documents particuliers du marché ou, à défaut, de 5 %. Le titulaire a droit, en outre, à être indemnisé de la part des frais et investissements, éventuellement engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution, qui n'aurait pas été prise en compte dans le montant des prestations payées. Il lui incombe d'apporter toutes les justifications nécessaires à la fixation de cette partie de l'indemnité. Le titulaire doit, à cet effet, présenter une demande écrite, dûment justifiée, dans le délai de deux mois, compté à partir de la notification de la décision de résiliation. ".

3. Il résulte des stipulations précitées que le délai de deux mois, à compter de la notification de la décision de résiliation, imparti au titulaire pour présenter sa demande de versement d'une indemnité de résiliation, revêt le caractère d'un délai de réclamation dont le respect s'impose à peine de forclusion.

4. Par ailleurs, la procédure de réclamation préalable décrite ci-dessus résulte des clauses contractuelles auxquelles ont souscrit les parties en signant le marché, qui organisent ainsi des règles particulières de saisine du juge du contrat. Dès lors, si en vertu des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, les délais de recours contre les décisions administratives ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision, ces dispositions n'étaient pas applicables à la décision du maître de l'ouvrage prononçant la résiliation du marché sur le fondement de l'article 46.4 du CCAG applicable aux marchés de travaux.

5. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que la délibération du conseil municipal de Saint-Leu du 22 août 2016, résiliant le marché en litige pour motif d'intérêt général, a été notifiée à la société SYRTP le 16 septembre 2016. Il résulte de l'instruction que la demande de la société SYRTP tendant au versement d'une indemnité de résiliation a été adressée à la commune au plus tôt le 12 décembre 2016, soit au-delà du délai de deux mois prévu au dernier alinéa de l'article 46.4 du CCAG applicable aux marchés de travaux. Les circonstances invoquées par la société Hirou, selon lesquelles le délai raisonnable d'un an pour saisir le tribunal administratif ne s'applique pas aux recours de plein contentieux indemnitaire et sa demande a été présentée avant l'expiration du délai de prescription quadriennale, sont sans incidence sur l'application des stipulations précitées du CCAG qu'il incombait à la société SYRTP de mettre en œuvre préalablement à la saisine du juge. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges, après avoir relevé que la société n'avait pas respecté le délai précité, ont rejeté la demande de la SELARL Hirou tendant à la condamnation de la commune de Saint-Leu à lui verser la somme de 48 581,54 euros au titre de l'indemnité de résiliation.

6. Par ailleurs, l'indemnisation du manque à gagner, que la société appelante évalue à 100 000 euros sans d'ailleurs le justifier, doit être regardée comme incluse dans l'indemnité de résiliation prévue à l'article 46.4 du CCAG applicable aux marchés de travaux. Ainsi qu'il a été dit, la demande de versement de l'indemnité a été présentée au-delà du délai de deux mois suivant la notification de la résiliation. Il s'ensuit que les conclusions de la société appelante tendant au versement de cette somme de 100 000 euros ne peuvent qu'être rejetées.

7. Enfin, si le liquidateur sollicite l'indemnité complémentaire de 5 000 euros prévue par l'article L. 3133-13 du code de la commande publique, les dispositions de cet article s'appliquent aux contrats de concession et non au contrat en litige qui est un marché public. Par suite, une telle demande doit être rejetée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée à la requête d'appel, que la SELARL Hirou n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions présentées par la société Hirou tendant à ce que la commune de Saint-Leu, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, lui verse une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions en mettant à la charge de la société Hirou une somme de 700 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : La requête de la société Hirou est rejetée.

Article 2 : La société Hirou versera à la commune de Saint-Leu une somme de 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Hirou et à la commune de Saint-Leu.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

M. Julien Dufour, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024. Le rapporteur,

Frédéric Faïck

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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